‹ Œuvres de CrébillonChapitre 152 sur 502 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

Est-ce ainsi qu'à inc voir sou amitié s'empresse?

Vous le savez, Oreste a va les sombres bords ; Et l'on ne revient point de l'empire des morts.

ELECTRE

Et n'avez-vous pas cru, seig^neur, qu'avec Oreste

Palaïuede avoit vu cet empire funeste ?

Il revoit cependant la clarté qui uons luit :

!Mon frère est-il le seul que le destin poursuit.'

Vous-même, sans espoir de revoir le rivage,

Ne trouvâtes-vous pas un port dans le naufrage.*

Oreste, comme vous, peut en être échappé.

Il n'est point mort, seigueur; vous vous êtes trompé :

J'ai vu dans ce palais une marque assurée

Que ces lieux out revu le petit-fils dAtrée,

Le tombeau de mon père encor mouillé de pleurs ;

Qui les auroit versés? qui reùt couvert de tleurs?

Qui l'eût orné d'uu fer? quel autre que mon frère

L'eût osé consacrer aux mânes de mon père?

Mais quoi! vous vous troublez! Ah I mon frère estici.

Hélas ! qui mieux que vous en doit être écl£|irci?

Ne me le cachez point, Oreste vit encore.

Pourquoi me fuir? pourquoi vouloir que je l'ignore?

.l'aime Oreste, seigneur ; un malheureux amour

N'a pu de mon esprit le bannir un seul jour ;

Rien n'égale lardeur qui pour lui m'intéresse.

Si vous saviez pour lui jusqu'où va ma tendresse,

Votre cœur frémiroit de l'état où je suis,

Et vous termineriez mon trouble et mes ennuis.

Hélas I depuis vingt ans que j'ai perdu mon père,

N'ai-je donc pas assez éprouve de misère?

Esclave dans les lieux d'où le plus grand des roi»

A l'univers entier sembloit donner des lois,

Qu'a fait aux dieux cruels sa malheureuse fille?

Quel crime contre Electre arme enlin sa famille?

Vue mère en fureur la hait et la poursuit;

ftoS ELECTRE.

Ou son frère n'est plus , ou le cruel la fuit. Ali ! donnez-moi la mort, ou me rendez Oreste ; lleudez-moi par pitié le seul bien qui me reste.

ORESTE

Eh bien ! il vit encore , il est même en ces lieux ; Gardez-vous cependant...

ELECTRE

Qu'il paroisse à mes yeux.

Oreste, se peut-il qu'Electre te revoie? ]Moutrez-le moi, dussé-je en expirer de joie. Mais , hélas! n est-ce point lui-même que je vol.' C'est Oreste , c'est lui , c'est mon frère et mon roi. Aux transports qu'en mon cœur son aspecUa fait

naître.

Eh ! comment si long-temps l'ai-je pu méconnoître? Je vous revois euliri , cher objet de mes vœux ! Moments tant souhaités ! 6 jour trois fois heureux ! Vous vous attendrissez, je vois couler vos larmes. Ah! seigneur, que ces pleurs pour Electre ont de

charmes !

Que ces traits, ces regards, pour elle ont de douceur î C est donc vous que j 'embrasse , à mon frère ! o R E s 1' E .

Ah , mfi sœur!

3Ion amitié trahit un important mystère ; Mais, hélas! que ne peut Electre sur son frère?

Est-ce de moi, cruel, qu'il faut vous défier. D'une sœur qui vondroit tout vous sacrifier? Et quelle autre amitié fut jamais si parfaite?

ORESTE

.Te n'ai craint que l'ardeur d'une joie indiscrète. Dissimulez des soins, quoique pour moi si doux; Ma sœur , à me cacher j'ai plus souffert que vous : D'ailleurs, jusqu'à ce jour je m'iguorois moi-même. Palamede, pour moi rempli d'un zèle extrême ,

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