‹ Œuvres de CrébillonChapitre 215 sur 502 · ACTE V, SCENE VI. Ci · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VI. Ci

Est si touché du sort dcm cruel ravisseur? Le Romain dout ce fer vient de trancher la vie, Si j eu crois ses discours, fat l'époux d'Isménie; Et cependant mon fils, charmé de ses appas, Quand son rival périt, ^tm'it de son trépas ! Qui pt-ut lui rendre encor cette perte si chère? Des larmes de mon fils quel est donc le mvstere? Mais , moi-même , d'où vient qu'après tant de fureur Je me sens, malgré moi, partager sa douleur? Par quel charme, malgré le courroux qui m'enflamme , La pitié s'ouvre-t-elle un chemin dans mon ame? Quelle plaintive voix trouble en secret mes sens , Et peut former en moi de si tristes accents? D'où vieut que je frissonne? et quel est donc mon

erime ?

Me serois-je mépris au choix de la victime? Ou le saug des Romains est-il si précieux Qu'on n'en puisse verser sans offenser les dieux? Par mon ambition, d'illustres destinées, Sans pitié, sans regrets, ont été terminées; Et lorsque je punis qui m'avoit outragé. Mon foible cœur craint-ii de s'être trop ven^é? D'où peut naitre le trouble où son trépas me jette? Je ne sais; mais sa mort raalarme et m'inquiète. Quand j'ai versé le sang de ce fier ennemi , Tout le mien s'est ému, j'ai tremblé, j'ai frémi: Il m'a même paru que ce Romain terrible, Devenu tout-à-coup à sa perte insensible. Avare de mon sang quand je versois 1? sien, Aux dépens de ses jours s'est abstenu dn mien. Je rappelle en tremblant ce que m'a dit Arsame. Eclaircissez le trouble où vous jetez mon ame ; - Ecoutez-moi , mon fils , et reprenez vos sens. :^-

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