SCENE XI
A M E S T R I S , seule.
Juste ciel! quel est donc ce terrible secret? Quel orage nouveau contre moi se prépare? Quelle horreur tout-à-coup de mon ame s'empare! •Te me sens accabler de trouble et de douleurs ; Et, malgré ma fierté , je sens couler mes pleurs. Quoi ! ce héros , l'objet d'une flamme si belle , Ce Darius si cher seroit un infidèle .' Malheureuse Amestris ! voilà donc ce retour Pour qui de tant de vœux j'importunois l'amour! Quoi ! taadls que pour lui ma folle ardeur éclate, Une autre à ses attraits soumet son ame ingrate î Lui que j'ai toujours cru si grand, si généreux. Que i'amour me peignoit au-dessus de mes vœux , Que j'égalois aux dieux dans mon ame insensée, Trahit donc tant d'amour ! ahl mortelle pensée! Mais que dis-je? où mon cœur va-t-il s'abandonner? Et sur la foi de qui l'osé-je soupçonner? Sur la foi d'un cruel qui cherche à me surprendre;
8a XERXÉS.
Qu'à des détours plus bas ou vit cent fois descendre.
Darius uie trahir ! je ne le puis penser ;
Le croire un seul moment , ce seroit l'offenser.
ISon, le ciel ne fit pas un cœur si magnanime
Pour le laisser souiller de parjure et de crime.
Cependant Mérodate a paru dans ces lieux
Sans nul empressement de s'offrir à mes yeux.
Tout parle du héros où mon cœur s'intéresse,
Mais rien ne m'entretient ici de sa tendresse.
D'où peut naître l'effroi dont je me sens saisir?
Ahl d'un mortel soupçon courons : s éclaircir.
Mourir pour Darius si ma gloire l'ordonne,
On punir «ans regret l'ingrat, s'il m'abandonne,
Et, quelque affreux tourment qu'il en coûte à mon
coeur.
Mesurer ma vengeance au poids de ma douleur.