‹ Œuvres de CrébillonChapitre 269 sur 502 · A RT A B A N · texte numérisé non relu

A RT A B A N

Traltre,onn'estpas toujours tout ce que l'onparoît. Mais d'un crime si noir il est plus dun complice ; Le cruel n'a pas seul mérite le supplice. Seigneur, apprenez tout : c'est moi qui cette nuit L'ai dans ces lieux sacres en secret introduit. Comme il ue demandoit qu'à revoir la princesse, Touché de ses malheurs , j'ai cru qu'à sa tendresse Je pouvois accorder ce généreux secours ; Mais , tandis qu'à servir ses funestes amours Loin de ces tristes lieux m'occupoit le perfide. Sa main les a souillés du plus noir parricide. De mes soins pour l'ingrat j'allois voir le succès. Quand , pjassaut près des lieux retraite de Xerxès, Dont une lueur foible écartoit les ténèbres , Votre nom, prononcé parmi des cris funèbres.

X20 XERXÉS.

M'a rempli toat-à-coup et d'horreur et d'effroi. .7'entre: jugez, seigneur, quel spectacle pour moi, Quand ce prince , autrefois si grand , si redoutable , Des pères malhcureujt exemple déplorable. S'est offert à mes yeux sur sou lit étendu , Tout baigné daus son sang lâchement répandu , Qui de ce même sang , mais d'une main tremblante , Nous tracoit de sa mort uue histoire sauglante. Puisant dans les ruisseaux qui couloieut de sou flanc Le sacg accusateur des crimes de son sang. Monument effroyable à la race future !

Caractères affreux dont frémit la nature ! Ce priuce , à mou aspect rappelant ses esprits , S'est fait voir dans l'état où ce traître l'a mis : « Tu frémis, m'a-t-il dit, à cet objet fuutste; « Tu frémiras bien plus quand tu sauras le reste, a Quelle barbare main a commis tant d'horreurs! « Cher Artaban , approche , et lis par quï je meurs : ■' Le lils cruel, que j'ai dépouillé de l'empire, « Daus le sein paternel »-... A ces mots il expire. Traître , d'aucun remords si ton cœur n'est pressé. Viens voir ces traits de sang où ton crime est tracé,

DARIUS

Où tend de ce trépas la funeste peinture? Crois-tu par ce récit prouver ton imposture? Ne crois pas ébranler un cœur comme le mien: Je confondrai bientôt l'artifice du tien. Dis-moi ,■ traître, dis-moi, puisque mon innocence Est contré un tel témoin réduite à la défense. Qui peut m'avoir conduit jusqu'à ce lit sacré, Du reste des mortels, hors toi seul , ignoré. Dont n'auroit pu m'instruire une foible lumière?

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