ACTE V, SCENE IV
De ses fausses vertus un vain peuple abusé, Malgré le crime affreux dont il est accusé , Non seulement , seigneur, le plaint et lui pardonne y Mais va jusqu'à vouloir le placer sur le trône. Si jamais Darius échappe de vos mains, Pour vous le conserver nos efforts seront vains ; Les soldats éblouis, plus touchés de sa gloire Qu'indignés d'un forfait si difficile à croire, Ardents à le sei-vir , viendront de toutes part& A flots impétueux grossir ses étendards : Jugez alors, jugez si, bourreau de son père. Sa main balancera pour immoler un frère. Qui retient, en faveur d'un lâche meurtrier, Ce bras qui l'auroit dû déjà sacrifier. Signalez par les soins d'une prompte^vengeance Votre justice ainsi que votre prévoyance 5 Songez que vous avez plus à le prévenir. Que vous n'avez encor, seigneur, à le punir.
ARTAXERCE
Vous ignorez, héLis ! combien je suis à plaindre, Non point par les périls que vous me faites craindre. Mais par le souvenir d'un frère trop chéri. Que je ne puis frapper sans en être attendri. On l'a jugé coupable , et c'est fait de sa vie : Mais, avant qu'à Xerxès mon cœur le sacrifie, Je veux le voir encor dans ses derniers moments \ Je n'en saurois vouloir trop d'éclaircissements.
Sur quoi prétendez-vous que l'on vous éclaircisse ? Pourriez-vous de ma part craindre quelque artifice?
Non; mais je veux enfin, quoiqu'il soit condamné. Voir encore un moment ce prince infortuné. Qu'on se garde sur-tout de hâter son supplice.
i3o XERXÈS.
ARTAXERCE,jtf«/.
Toi, qui de ma douleur attends ce sacrifice, Ombre du plus grand roi qui fut dans l'uniTers, Qu'une barbare main lit descendre aux enî"ers, ^ Dissipe les borreurs d'un doute qui m'accable : Le vengeur est tout prêt, montre-moi le coupable. N'expose point un cœur qu'irrite ton trépas A des crimes certains, pour un qui ne l'est pas : Prends pilie de ton sang ; fais que ma main funeste, En croyant le venger, n'en verse pas le reste. Je ne sais quelle voix me parle en sa faveur ; Mais jamais la pitié n'attendrit tant un cœur. Dieux vengeurs des forfaits, appuis de l'innocence. Vous sur qui nous osons usurper la vengeance , Grands dieux , épargner-moi le reproche fatal De n'avoir immolé peut-être qu'un rival !