‹ Œuvres de CrébillonChapitre 340 sur 502 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

HÉLÉNUS, GLAUCIAS.

GLAUCIAS.

Approchez , Hélénns ; venez, fils magnanime, Unique espoir d'un roi que le destin opprime. Voici le jour cruel marqué par sa iureur Pour éclairer ma honte , ou me percer le cœur : Il faut livrer Pyrrhns , ou perdre votre frère , Et je ne puis livrer qu'une tète bien chère.

Je ne dois point parler en faveur fle Pyrrhus, Tii prononcer, seigneur, sur le sort d'iUyrus : Je vois que tous les deux vous tiennent en balance, Et je dois sur tous deux observer le silence. L'un ne m'est pas connu, mais il a votre foi ; L'autre doit m'ètre cher , mais doit être mon roi \

i6 PYRRHUS.

Et je ne puis servir ni perdre Tuu ou l'autre

Sans trahir mon honneur, ou sans blesser le TOtre,

Sans me rendre, seigneur, suspect d'ambition,

Ou sans vous conseiller une indigne action.

Un roi né généreux, un père né sensible

Peut lui seul prononcer sur un choix si terrible,

Où l'honugur et le sang doivent seuls vous guider,

Où le père et l'ami doivent seuls décider.

D.-iignez me dispenser d'en dire davantage

Sur ces combats affreux où votre cœur s'engage.

Seigneur, dès qu'il s'agit de si grands intérêts,

Hélénus craint sur-tout les reproches secrets.

.l'avouerai cependant que ce Pyrrhus m'étonne:

Est-il digne des soins qu'un si grand roi se donne?

Vousfaites tout pour lui, que fait-il donc pour vous?

Et quel déguisement le cache parmi nous ?

Peut-il être, en ces lieux, si voisin d'un perfide.

Sans le sacrifier aux mânes d'Aeacide,

Sans faire pour mon frère un généreux effort?

Un descendant d'Achille a-t-il peur de la mort?

Mon fils,n'insultez point au malheur qui l'opprime : Pyrrhus n'en est pas moins digne de notre estime. Dans l'état où je suis pourroit-il me veugcr Sans mettre mon honneur et mes jours en danger.* Le fier Lysimachus nous tient tous pour otages ; Mais ma foi suffisoit sans ces précieux gages ; Mon ennemi lui-même ose s'y confier , Sûr qu'à sa foi mon cœur sait tout sacrifier. Adieu : je vais revoir ce tyran que j'abhorre , Le fléchir, s'il se peut, ou le tenter encore. Que n'offrirai-je point pour Pyrrhus et mon fils ! Mon cœur pour les sauver ne counoît point de prix.

Page 1