‹ Œuvres de CrébillonChapitre 349 sur 502 · ACTE II, SCENE T. a · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE T. a

Il est né généreux, et sa reconnoissance

Ne m'enviera jamais la suprême puissance.

Voilà le successeur que je me suis choisi ,

Et c'est pour l'en presser que je l'attends ici,

D ailleurs , qui mieux que lui peut engager son père

A sacrifier tout à ma juste colère ?

Chéri de Glaucias, c'est le seul Hélénus

Qui pourra le forcer à me livrer Pyrrhus.

Seigneur, sursesprojets, qu'un grand roi lui confie,

Daignera-t-il entendre un moment Éricie.^

Je n'examine point quel sera mon époux ;

Son choix, vous le savez, ne dépend que de vous.

Ainsi j'obéirai. Ce qui me reste à dire.

C'est votre gloire ici qui seule me l'inspire.

D'un cœur rempli pour vous d'amour et de respect

Quel sentiment, seigneur, pourroit être suspect.**

Souffrez que, m'élevant jusqu'à Néoptolème ,

.T'aille, sans l'of/enser, le ch'-rcher dans lui-même;

C'est l'univers entier qui parle par ma voix;

.T'ose l'interpréter pour la première fois.

Tous vous êtes vengé ; le meurtre d'Aeacide

Pour tout autre qu'un roi seroit un parricide :

Mais si vous répandez le reste infortuné

De ce sang que les dieux vous ont abandonné,

Les intérêts d'état, le trône, et ses maximes,

La politique enfin, voile de tant de crimes,

T^"e seront désormais que defoibles garants

Pour vous sauver des noms qu'on pfodigue aux

tyrans.

Quand même à vos désirs son fils pourroit souscrire^ Glaucias voudra-t-il qu'il règne sur l'Épire ; Que du sang de Pyrrhus il acheté ma main , D un sang que deux grands rois redemandent eii

vain; Lui qui, pour conserver une tête si cheré^

CREBItLOIT. 3. 3

Semble a\oir étouffé les sentiments d'an père? Si vous vous atiachez le grand cœur d'Hélénus, Que peut vous importer le trépas de Pyrrhus? Laissez vivre , seigneur, un prince dont la vie D'aucun malheur pour vous ne peut être suivie. Aeacide , ennemi des princes de son sang , Vous força, malgré vous, de lui percer le flanc. Si sa mort fut pour vous un crime involontaire, Que son inimitié vous rendit nécessaire, Le salut de son fils, qui peut seul l'expier. Plus nécessaire eucor, doit vous justifier. Et vous vous attachez à la seule victime Qui pouvoit expier, ou consommer le crime !

PfÉOPTOLÈME.

Tant que Pyrrhus vivra, mes sujets ennemis,

A ce funeste nom, se croiront tout permis ;

Et le fier Hélénus, fût-il plus grand encore ,

Ne me sauveroit point d'un peuple qui m'abhorre.

Les dieux, en me livrant le superbe Illyrus,

Ont prononcé l'arrêt du malheureux Pyrrhus :

Il m'a trop lait trembler; il est temps qu'il périsse.

Glaucias m'en refuse en vain le sacrifice ;

Je ne peux qu'à ce prix arrêter ses projtts ,

Et fixer entre nous une constante paix.

Son cœur en gémira ; mais votre hymen , ma fî]le ,

Unissant pour jamais l'une et l'autre famille,

Calmera la douleur d'un roi trop généreux.

Qui peut, par cet hymen, rendre Hélénus heureux,

Que Glaucias y soit favorable ou contraire.

Du trépas de Pyrr) us rien ne peut me distraire.

Que l'univers alors éclate contre moi ;

Un crime nécessaire est pour nous une loi.

Voulez-vous qu'écoutant un discours téméraire

J'asservisse le sceptre aux erreurs du vulgaire?

Heureux qu'à notre égard son imbécillité;

Zf Qa« assure du moins d« sa docilité !

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