ACTE III, s CE ^E III. Al
HÉLÉES US, seul.
O devoir! ta rigueur est-cUe satisfaite? Vois ce qui m'est offert, et ce que je rejette. Quels bienfaits de ta part me feront oublier Ce que lu m'as forcé de te sacrifier?
Ah , Pyrrhus ! que le soin de défendre ta vie Sera dunprix cruel, s'il m'en coûte Ericie!
ILLYRUS, HÉLL^'US, gardks.
]Mais on vient : c'est lui-même. Hélas ! pour mat-
tendrir.
Que d'objets à la fois viennent ici s'offrir!
Seigneur, car je ne sais si je parle à mon frère, Tant le sort entre nous a jeté de mystère I Quoi qu'il en soit, avant que de quitter ce lieu,'' J'ai cru devoir vous dire un éternel adieu. Après avoir reçu ceux du roi d lllyrie, Dont je suis plus touché que de sa barbarie. Quel autre nom donner ;'i sa rigueur pour moi , Quaud je n'y trouve plus mon père ni mon roi? Par quel malheur son fils a-t-il cessé de l'être? Ai -je déshonoré celui qui m'a fait uaitre? Quel est donc ce Pyrrhus , pour lui d'un si haut prix ? Encor si c'étoit vous, j'en serois moins surpris. Seigneur, vous soupirez; je vois couler vos larmes: Ces pleurs me causeroient de mortelles alarmes, Si mon cœur étoil fait pour sentir da l'effroi.
45Î PYRRIÎIS.
Il s'émeut cependant de tout ce que je voi ; l'ne douleur si n(il)le a de quoi me surprendre : Ce n'est pas d'un rival que j'eusse osé l'attendre , IVi me flatter qu'il dût être si généreux^ Lorsque tout abandonne un prince malheureux. TSon qu'à votre vertu j'eusse fait l'injustice De croire votre amour de ma perte complice ; Mais si je n"ai rien craint de votre inimitié , Je n'eu atteudois pas non plus tant de pitié.
Seigneur, quelques transports qu'une maîtresse
inspire , La gloire et le devoir ont aussi leur empire. Entre ce qui me plaît, et ce quv" je me dois. L'honneur seul a toujours déterminé mou choix. Je n'ai pas, dans les soins d'une ardeur qui mest
chei^ , Perdu le souvenir de mon malheureux frère ; Et, dùt-il fue hair, même sans m'esfimer, Ses malheurs suffiroient pour me le faire aimer, .le vois avec douleur le sort qu'on vous prépare, Sans oser cependant immoler un barbare.
Ce palais est rempli de chefs et de soldats, Qu'un ordre redoutable attache sur mes pas. Le lier Lysimachus , jaloux de sa puissance , Ne laisse à mon courroux nul espoir de vengeance ; Et si je n'en cralgnois un funeste succès, Jaurois bientôt troublé l'asile de la paix : Mais la peur d'exposer la tête de mon père Me fait, en frémissant, étouffer ma colère; Et l'horreur de vous voir en des fers odieux La porte à des accès quelquefois furieux. José tout, je crains tout, sans savoir qu'entreprendre.
.Te plains même Pvrrhus, et voudrois le défendre: Heureux si son secret fût resté dans l'oubli !