ACTE I, SCEiSE II
Mais parmi tant d'objets cités pour m' émouvoir Vous en oubliez un.
Quel est-il ?
^ CATILIÎTA.
Mon devoir.
A combien de désirs il faut que l'on s'arrache t Si l'on veut conserver une vertu sans tache ! L'outrage n'est suivi d'aucun ressentiment Dès que le bien public s'oppose au châtiment ; Ses intérêts sacrés sont notre loi suprême, Et s'immoler pour eux c'est vivre pour soi-même. Considérez ce temple orné de mes aïeux, Que Rome a cru devoir placer parmi vos dieux ; Le sang qu'ils prodiguoient pour cette auguste mère N'a laissé dans son sein quun fils qui la révère ; Et, tout muets qu'ils sont, ces marbres généreux !P^e m'en disent pas moins qu'il faut l'être autant
qu'eux.
Rome ne nie doit rien, et je lui dois la vie.
pao B u s.
Ainsi vous souffrirez qu'elle soit asservie; Qu'un peuple qui vous a nommé son protecteur Soit réduit à chercher un autre défenseur. En vain, fondant sur vous sa plus chère espéranc», Rome vous élevoit à la toute-puissance:
.T'entrevois dans le cœur dun fier patricien Les foiblesses de cœur d'un obscur plébéien ; Et c'est Catilina qui seul ici protège Vn reste de sénat impur et sacrilège.
Lu tas dhommes nouveaux proscrits par cent décrets.
Que l'orgueilleux Sylla dédaigna pour sujets î Disparu dans labyme où son orgueil le plonge, Les grandeurs du sénat ont passé comme un songe : ISon , ce n'est plus ce corps digne de nos autels ,
CRÉEILLOX, 3. 8
Où les lîicux opinoient à côté des mortels;
De ce corps a-vili Minerve s'est bannie
A l'aspect de leur luxe et de leur tyrannie;
On ne voit que l'or seul présider au sénat,
Et de profanes voix fixer le consulat.
Enfin Rome n'est plus , sans le secours d'un maître ;
Et qui d'eux plus que vous seroit digne de l'être?
César seiuLle promettre un heureux avenir.
Que peiit-L'tre moins jeune il osera ternir:
Lucullus n'est plus rien, et sou rival Pompée
N'a pour lui qu'un bonheur où Rome s'est trompée.
Crassus, plein de désirs indignes d'un grand cœur,
Borne à de vils trésors les soins de sa grandeur ;
Cicéron, ébloui du feu de son génie...
Mais je veux respecter le père de Tullie.
Pour Catou, je n'y vois qu'un courage insensé.
Un faste de vertu qu'on a trop encensé.
Le reste n'est point fait pour prétendre à l'empire;
C est à vous seul, seigneur, que j'ose le prédire.
Quelle gloir'.. pour vous, en domtant les Romains,
De pouvoir vous vanter au reste des humains
Que, sans avoir des dieux emprunté le tonnerre,
Un seul homme a changé la face de la terre .'
c ATI LI N A.
Ministre des autels, que me proposez-vous .-'
La gloire de bien faire , et le salut de tous ; Ce qu'un grand cœur, Hatté de cet honneur suprême, Auroit du dès long-temps se proposer lui-même.
Ah I Probus , je l'avoue , une si noble ardeur Porte des traits de feu jusqu'au fond de mon cœflr ; Je sens que malgré moi me» scrupules vous cèdent,