‹ Œuvres de CrébillonChapitre 47 sur 502 · É RIX E X E · texte numérisé non relu

É RIX E X E

Moi, je pourrois l'aimer! et dans le fond de l'ame

J'aurois sacrifié mon devoir à sa flamme 1

Dieux ! qu'est-ce que j'entends i Seigneur, osez-vons

bien Reprocher à mon cœur l'égarement du sien? Après ce qu'a produit sa cruauté funeste, Qui? moi ! japprouverois des feux que je déteste, Un amour par le sang , par mes pleurs condamné, Et devenu forfait des l'instant qu'il est né ! Ouvrez vos yeux, cruel I et voyez quel spectacle A mis à son amour un invincible obstacle: Son crime dans ces lieux est par-tout retracé; Le sang qui les a teints n'en est point effacé ; Là mon père sanglant vint s'offrir à ma vue Et tomber dans les bras de sa fille éperdue ; Vos yeux comme les miens l'ont vu sacrifier : Faut-il d'autres témoins pour me justifier? Tout ce que j'ai tenté pour m'immoler sa tète , L'oracle révélé, mon départ qui s'apprête. Ma fierté, ma vertu, cent outrages récents, Vpilà pour mon devoir des titres suffisants. Ne croyez pas, seigneur, que mon cœur les oublie... Mais que dis-je?... et d'où vient que je me justifie? Gardez tous vos soupçons; bien loin de les bannir,

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Je dois aider moi-même à les entretenir.

Eh bien ! pour m'en punir, désormais moins sévère, Kegardez sans courroux la flamme de mon père : Il vous aime, madame, il est digne de vous. Si j'ai fait éclater des sentiments jaloux, Pardonnez aux transports de mon ame éperdue: Je ne connoissois point le poison qui me tue ; ]Mais,quel que soit l'amour dont je brûle aujourd'hui, Ma vertu contre vous deviendra mon appui ; Je verrai sans regret parer du diadème Un front que mon amour n'en peut orner lui-même. Remontez dès ce jour au rang de vos aïeux ; Votre vertu, madame, appaisera les dieux: Que ne pourra sur eux une reine si belle ! Pour moi, jusqu'à la mort toujours tendre et ildcle, J'irai saus murmurer, loin de lui, loin de vous. Sacrifier au roi mon bonheur le plus doux... Mais on vient... C'est lui-même... il vous cherche,

madame.

Dieux! quel trouble cruel s'élève dans mon ame ! Vous ne partirez point, puisqu'il veut vous revoir; Vous régnerez : ô ciel ! quel est mou désespoir !

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