IDOMÉNÉE, SOPHRONYME
SOPHRONYME
Quel orgueil I Mais quel est ce dessein qui m'étonne ? Par vos ordres exprès quand son départ s'ordonne. Pourquoi l'arrêtez -vous sur l'espoir d'un trépas....^
Pourquoi le lui cacher et ne l'en flatter pas , P aisqae j e rais mouri r ?
SOPHRONYME
Tous mourir I dieux I qu'entends-je ?
IDOMÉXÉE.
Pour t'étonner si fort qu'a ce dessein d'étrange? Plût au sort que mes mains eussent moins différé A rendre au ciel un sang dont il est altère .' Pour conserver celui que sa rigueur demande
72 IDO MENÉE.
C'est le mien aujourd'hui qu'il faut que je répande.
SOPHRONYME
Que dites-vous, seigneur? quel affreux désespoir!
idoménée.
D'un nom plus glorieux honore mon devoir: Quand j'aurai vu mon fils, je cours y satisfaire. .le n'attends plus de vous qu'une paix sanguinaire^ Dieux justes; cependant d'un peuple infortuné Détournez le courroux qui m'étoit destiné; Cessez à mes sujets de déclarer la guerre. Et jusqu'à mon trépas suspendez le tonnerre; Tout mon sang va couler.
SOPHRONYME
D'un si cruel transport Qu'espérez- vous ?
IDOMÉNÉE
Du moins la douceur de la mort.
Je n'obéirai point ; le ciel impitoyable M'offre en vain en ces lieux un spectacle effroyable. Les mortels peuvent-ils vous offenser assez Pour s'attirer les maux dont vous les punissez, Dieux puissants? Qu'ai-je vu! quel funeste ravage! J'ai cru me retrouver dans le même carnage Ou mon bras se plongeoit sur les bords phrygiens, Pour venger Ménélas des malheureux ïroyens. Les maux des miens , hélas ! sont-ils moins mon ou»
vrage?
Une seconde Troie a signalé ma rage :
.T'ai revu mes sujets, si tendres pour leur roi, Pâles et languissants se traîner après moi ; Tu les as vus , tout prêts à perdre la lumière. S'empresser pour revoir l'auteur de leur misère. IN on, j'ai le cœur encor tout percé de leurs cris; .T'ai cru dans chacun d'eux voir expirer mon fils. De leur salut enfin cruel dépositaire.
Essayons si ma mort leur sera salutaire.