ACTE ÎII, SCENE III
OÙ sont mes ennemis? Ciel! «jue viens-je d'entendre? 1 hveste est dans ces li«ux,et l'on peut s'y méprendre! ^ ous deviez l'immoler à mon ressentiment : Voilà mon ennemi, voilà votre serment.
PLISTHENE.
(Inelle que soit la foi que je vous ai jnrée, .Taurois cru que la vôtre eût été plus sacrée ; Qu'un frère, dans vos bras, à la face des dieux, M'eût assez acquitté d'un serment odieux. D'un pareil souvenir ma vertu me dispense ; .le ne me souviens plus que de votre clémence. ]Mon devoir a ses droits , mais ma gloire a les siens , Et vos derniers serments m'ont dégagé des miens.
Sans vouloir dégager un serment par un autre , Veux-tu que tous les deux nous remplissions le nôtre? Et tu verras bientôt , si j'explique le mien , Que ce dernier serment ajoute encore au tien. J'ai juré par les dieux, j'ai juré par Plisthece, Que ce jour qui nous luit mettroit lin à ma haine. Fais couler toat le sang qne j'exige de toi , Ta main de mes serments aura rempli la foi. E^egarde qui de nous !ait au ciel une injure , (^ni de nous deux eulin est ici le parjure.
PLISTHENE.
Ah! seigneur, pnis-je voir votre cœur'aujourd'hui
Descendre à des détours si peu dignes de lui.**
Non, par de feints serments j e ne crois point qu' Atrée
Ait pu braver des dieux la majesté sacrée,
Se jouer de la foi des crédules humains.
Violer en un jour tous les droits les plus saints.
Enchanté d'une paix si lojig-temps attendue,
.le vous louois déjà de nous l'avoir rendue ;
Et je m'applaudissois, dans des moments si doux.
D'avoir pu d'un héros désarmer le courrouî.
.l'admlrois un grand cœur au milieu de l'offense, Qui, maître de puuir, niéprisoit la vengeance. Ihyeste est criminel, voulez-vous l'être aussi? Sont-ce-là vos serments? pardonnez-vous ainsi ?
ATRÉE
Qui! moi, lui pardonner! les fieres Euménides Du sang des malheureux sont cent fois moins avides, Et leur farouclie aspect inspire moins d'horreur, Que Thyeste aujourd'hui n'en inspire à mon cœur. Quels que soient mes serments , trop de fureur
m'anime.
Perfide, il te sied bien d'oser jn'en faire un crime ! Laisse là ces serments; si j'ai pu les trahir, C/est au ciel d'en juger, à toi de m'obéir. Dans un iîls qui faisoit ma plus chère espérance, •le ne voiS qu'un ingrat qui trahit ma vengeance. Plisthene est un héros, son père est outragé ; Il a de la valeur, je ne suis pas vengé ! Ah ! ne me force point , dans ma fureur extrême , (Que sais-je ? hélas ! ) peut-être à t'immoler toi-mênje ! Car enfin, puisqu'il faut du sang à ma fureur. Malheur à qui trahit les transports de mon cœur !
rLISTHEWE.
Versez le sang d'un iîls, s'il peut vous satisfaire; Mais n'en attendez rien à sa vertu contraire. S'il faut voir votre affront par uu crime effacé, Je ne me souviens plus qu'on vous ait offensé ; Oui, seigneur; et ma main, loin d'être meurtrière, Défendra contre vous les jours de votre frère. Seconder vos fureurs , ce seroit vous trahir: Totre gloire m'engage à vous désobéir.
ATK i E.
Enfin j'ouvre les yeux; ta lâcheté, perfide, Ne me fait que trop voir l'intérêt qui te guide. Tu trahis pour Thyeste et les dieux et ta foi ; Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il est connu de toi.