‹ Œuvres de d'Alembert (volume 2)Chapitre 11 sur 74 · DU DUC DE VILLARS · texte numérisé non relu

DU DUC DE VILLARS

jbs deox ministres et des deux rois proteeteurs de rAcadëmie Française, et celai de la teint Christine, qui avait autrefois honoré de sa présence une de nos séances particulières. L'offre du nouveau portrait fut reçue avec une espèce d'acclamation par le plus grand nombre des académiciens présens, qui, se tenant honorés, avec raison , de la confraternité du duc de Villars , ne voyaient peut-être pas Thonneur qu'à son tour il en recevait luimême. Le seul M. de Yalincourt, qui, ayant fréquenté la cour et les grands, connaissait par expérience les replis les plus cachés de leur amour-propre , s'imagina , à force de finesse et de malice , que la proposition du maréchal de Yillars n'était pas assez pure dans ses moti^ pour mériter une si grande profusion de remerctmens. Cet académicien , qui , élevé k l'école de Despréaux, était zélé pour l'honneur des lettres, et sentait toute la dignité de cet état , se montrait , par cette raison , l'ennemi déclaré de la plus légère usurpation académique; il soupçonna que le maréchal de Yillars , en offrant son portrait à l'Académie comme un témoignage des sentimens dont il était pénétré pour elle, s'était proposé, au moins confusément, la gloire secrète d'être le seul académicien que la postérité vît parmi nous à côté de Richelieu et de Louis XIY ; en conséquence de cette réflexion , trop subtile peut-être , M. de Yalincourt crut devoir donner au portrait du maréchal de Yillars quelques pendans qui en étaient bien dignes ; et dès le jour même ou ce portrait Ait envoyé à la compagnie , il lui présenta de son côté ceux de Despréaux et de Racine , qu'il ne jugeait pas moins propres à décorer la salle de l'Académie, que celui d'un grand capitaine. A cet exemple, plusieurs académiciens s'empressèrent d'apporter, dans les assemblées suivantes, les portraits de Corneille, de La Fontaine, de Bossuet, de Fénélon, et de leurs semblables. L'Académie désira bientôt d'en avoir un plus grand nombre , et de pouvoir conserver à la postérité les traits de ses membres les plus célèbres. Cest ainsi que s'est formée peu à pen cette collection dffportraits académiques ^ déjà si précieuse aujourd'hui , et qui le sera tous les jours davantage; collection à laquelle le public parait prendre le plus grand intérêt , par l'empressement et l'espèce d'avidité avec laquelle il se plaît à la parcourir les jÀurs de séance publique. Si dans ces occasions il s'attache plus long^ temps à contempler nos grands écrivains que le maréchal de Yillars, digne néanmoins , à tant d'égards, de la reconnaissance de la nation , c'est sans doute parce que dans notre salle d'assemblée, les Despréaux et les La Fontaine, les Corneille et les Racine, les Fénélon et les Bossuet, sont, pour ainsi dire, sur leur terrain , tandis que k maréchal de Yillars se trouve comme

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transplanté au milieu d'une nation étrangère y n\'iyant guère cl*autre mérite pour elle qne celui è^ Tatoir aimée, cl d'avoir connu le prix de ceux qui la composent. Il serait vu avec plus d'intérêt parmi les héros de la nation , à côté de Luxembourg son maître, et de Vend6meson riyah

Le maréchal de Yillars, qui a tant honoré les lettres, a pour ceux qui les cultivent un autre mérite qui doit être de quelque valeur à leurs yeux ; c'est d'avoir connu et senti de bonne heure les sublimes talens de l'auteur de la Henriade, de les avoir accueillie, d'avoir donné i Voltaire, encore tres-jeune, des marques d'estime et d'amitié que la reconnaissance de ce grand écrivain a immortalisées dans ses ouvrages. L'ilhistre Mécène n'eut cependant pas la satisfaction qu'il désirait, de voir cet homme rare assis auprès de lui dans l'Académie Française , oh ses ouvrages Pavaient appelé de si bonne heure, mais d'oii ane cabale odieuse l'éloigna si long-temps ; les étrangers ne le pouvaient croire. Un académicien français, qui voyageait il y a près de cinquante années en Allemagne, disait à un prince de celle nation, que Voltaire n'était pas de l'Académie : Qui en est donc , répondit le prince ' ? La compagnie a fait enfin ceeser ce scandale , dont le maréchal de Villars gémissait en vain , et dont il emporta le regret au tombeau»

Lorsque l'Académie eut le malheur de le perdre, elle cml ne pouvoir témoigner d'une manière plus éclatante les sentîmens qu'il lui avait inspirés, qu'en Ini choisissant pour successeur son propre fils le duc de Villars , malgré l'espèce de loi qu'elle s'est imposée, et qu'elle a violée très-rarement, de ne point donner aux fils la place des pères; loi très-sage , qui a pour but, comme nous l'avons déjà dit ailleurs ' , de conserver notre liberté et nos droits, en nous affranchissant de tout ce qui pourrait avoir l'apparence de succession héréditaire. Mais la compagnie ne crut pas devoir refuser le titre d'académicien aux démarches que faisait, pour l'obtenir, le fils unique d'un homme illustre, qui avait donné à la compagnie tant de marques d'attacltement et d'eslime. Le duc de Villars s'est montré digne de cet honneur par son amour pour les lettres , et par le goût éclairé avec lequel il les a cultivées jusqu'à la fin de sa vie. Il possédait surtout, dans un degré éminent, un talent très-rare , mais dont il ne pouvait faire usage que dans la société d'un petit nombre d'amis,

» On ponTait appliquer h cet écrivain immortel , pendant toni le temps que )n compagnie en a éié si malheoren^emeot privée , le mot d'un citoyen ronain iior Otpn, h qui la voix publique doonaic la prétorc, et qui ne Tcut pas ^ Jnuic de Tavoir dcmandcc : Ce nesl pas la préture qu'on a refusée à ^alon , t V«£ Cato'n qu'on a refiist^ a In prMufe,

> roYfT Tarticlc de M. de Coislin , cl celai de M. Pabb^ d'Esirécs.

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celui de la déclamation théâtrale; taleut que le préjugé et la sottise ont avili parmi nous dans ceux qui en fout .profession , conome s*il pouvait y avoir de la honte à réciter avec sentiment , avec force et avec grâce , ces chefs-d'œuvre de la scène française , qui distinguent si avantageusement notre littérature de celle des autres nations ; et comme si les Périclès et les César, les Cicéron et les Dëmosthcnes, qui, pour le goût et les lumières, valaient bien nos bourgeois et nos dévots^ avaient niéprisé Ésope etRosduSf en admirant Sophocle, Euripide et Térence.

En finissant cet article , nous reviendrons encore un monient snr ces portraits dont nous sommes redevables au zèle académique on a l'amour-propre,' adroit du maréchal de \iUars. La compagnie, en réduisant tous ces portraits à la même forme et a la même grandeur , a mis entre eux l'égalité qu'elle aime à voir entre tous les académiciens ; par là elle avertit le public de cette égalité, et rappelle sans cesse à tous nos confrères une institution dont elle est si jalouse. Mais la satisfaction que nous éprouvons en regardant tous les jours plusieurs de ces portraits , nous fait regretter de n'y pas voir tous ceux qui doivent être chers à la compagnie; celui, par exemple, d'un abbé de Dan*geau , à qui nous sommes redevables de nous avoir conservé celle constitution académique , dont nous éprouvons chaque jour les avantages ' ; celui du vertueux abbé de Saint-Pierre, à qui nous devrions cette réparation solennelle de l'outrage que lui ont fait noi prédécesseurs ; celui du docte Huet,.qui joignit à Tavantage d'an savoir immense, le mérite d'avoir connu, sur la fui de sa vie, le néant de toutes les connaissances humaines '; enfin celui de quelques académiciens morts ou vivans, qui ayant, par leur naîss^ce ou par leurs places , l'avantage d'approcher de la personne du prince , n'ont fait usage de leur crédit que pour servir à leurs confrères, nous ne dirons pas ûe protecteurs , ils rejetleraient eux-mêmes ce titre comme ridicule, mais d'interprètes de leurs sentimens pour notre auguste monarque , el quelquefois de défenseurs contre les traits envenimés du mensonge et tic l'envie.

• f^ojre* ton vloge.

* Nous «fOBS toiig-Ciempt été prWi» da porb^it (k Tabbé Fleury , aatcur de VHistoire ecclésiastique , et de uni d'antres cxcellens ouvrages. Ce n'est que «tepnis tr^pcu d'anocea quo noua poasedoos enGn l'image respectable de ce cifgoe acad<^icien , doot les vertus , la sagesse , les lumières et la moilestic l'taicot bien plus propres, comme noos l'avona dit dans son c'Ioge, à faiic aimer cl honorer la religion , que tant d'injures, de calomnies, de persécutions si vioierament et si maladroitement prodiguées contre les vrais ou prétendus incrédules.

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