LB PARADIS. CHANT XIU
» Mais son troupeau est derenu si avide d'une nourriture nouvelle^ qu'il ne peut pas ne se point répandre dans divers pâturages;
» Et plus ses brebis vagabondes s'écartent et vont loin de loi^ plus elles retournent au bercail vides de lait.
» Il en est bien qui craignent le danger et se serrent autour du pasteur; mais elles sont si peu^ que peu de drap suffit pour les enfroquer.
» A cette heure, si mes paroles ne sont pas obscures^ si ton attention est restée soutenue^ si ton esprit se rappelle ce que j'ai dit,
» Ton désir doit être en partie satisfait ; puisque tu auras vu où la plante peut s'ébrancher, et que tu auras compris la restriction inclu^ dans mon précédent raisonnement^ quand je disais :
» Oà Von se fortifie, si Von ne s'égare pas» »
CHANT Xn.
' Stiat Thonat tyast 6ni de parier, la oonronne dea Ames laminenses se remet k toomer, et bientôt apparaît une seconde coaronne, plas grande, composée de Bienbenrenx. — Parmi eux est saint Bonaventore. — > Il raconte au poëte la vie ds niot Doaiiniqne, et lai nomme lea Ames qui habitent le Bolttl. — Tout ce àuoA est eoÊMtté à la giorilication de la Tie religieuse.
Dès que la flamme bienheureuse^ eut dit ces dernières paroles^ la sainte meule conunença à tourner^
Et elle n'avait pas tourné une fois sur elle-même^ qu'une iWtre sphère^ l'enfermant dans un cercle^ unit et accorda mouvement à mouvement^ et chant à chant.
Or ces chants surpassaient autant ceux de nos muses et de nos sirènes, dans ces douces mélodies, qu'une lumière directe surpasse une lumière réfléchie.
Gonrnie on voit deux arcs parallèles et de même couleur
I Saint Thomas d'Aauia.
se courber sur un nuage délicat^ quand Junon dépèche sa messagère^
De sorte que celui du dehon naît de celui du dedans (pareil en ceci à la voix de cette nymphe errante que Tamour consuma ainsi que le soleil consume les vapeurs*),
Ck)nune on voit, dis-je, se courber ces deux arcs qui sont un présage pour les hommes, à cause de Talliance que Dieu fit avec Noé^ que jamais plus ils n'auront de déluge^
De même les deux guirlandes de ces roses étemelles tournaient autour de nous , et la guirlande extérieure répondait à celle du dedans.
Lorsque la danse et toute cette grande fête de chants et de flammes, échangées entre elles par ces lumières joyeuses et caressantes,
Se furent arrêtées ensemble et unanimement (semblables aux yeux qui s'ouvrent et se ferment ensemble^ dociles à la volonté qui les meut),
Du cœur de Tune des nouvelles lumières sortit une voix* qui, en me tournant vers le lieu d'où elle venait, me rendit tel que l'aiguille se tournant vers le pôle.
Et elle commença ainsi ; « L'amour qui me fait belle m'entraîne à discourir de l'autre chef, à l'occasion duquel on a parlé dli mien si favorablement.
» Il est juste que là où est Tun d'eux, l'autre paraisse aussi; puisqu'ils ont milité pour la même cause, il faut que leur gloire brille en même temps.
» L'armée du Christ, qu'il coûta si cher de réarmer, suivait son enseigne, lente, craintive et peu nombreuse,
» Lorsque l'Empereur qui règne toujours s'alarma âes dangers de cette milice; non qu'elle en fût digne, mais par un effet de sa grâce ;
» Et, comme il a été dit, il envoya au secoui*s de son Épouse deux champions, aux gestes et paroles desquels se rallia le peuple égaré.
• Écho.
* Saint Bonavcnturc, le doctcrr seraphiquci ne en 1331.
LE VARADlt. ClAlfT XII. 497
)» Dam cette partie du globe ^ où se lève le doux zéphyr pour ouvrir les feuilles nouyelles dont se revêt TEurope;
» Non très-loin du battenient de ces ondes denière lcs« quelles^ pendant sa longue Mtc, le soleil se cache quelquefins à tous les hommes^
» Est située la fortunée Gallai^oga^^ sous la protection du grand écu sur lequel le lion soumet et est soumis*.
» Dans ce lieu naquit Tamant passionné de la foi chrétienne^ le saint athlète^ doux aux siens^ dur aux ennemis;
» Et dès qu'elle fut créée ^ son âme fut remplie d'une Tertu si vive^ que^ dans le sein de sa mère^ il la rendait prophète.
» Après que les épousailles furent accomplies , sur les fonts sacrés ; entre lui et la foi, épousailles où ils se dotèrent d'un salut mutuel,
» La Dame qui donna pour lui l'assentiment vit en songe le fruit admirable qui devait sortir de lui et de ses héritiers;
» Et pom* qu'il fût visiblement ce qu'il était, un esprit descendit pour lui donner le nom de celui qui le possédait tout entier :
» Dominique il fut appelé * ; et j'en paile comme de Fagriculteur que le Christ choisit pour l'aider dans sou Jardin.
» n parut bien pour l'envoyé et le familier du Christ, car le premier amoiu* qu'il manifesta fut pour le premier conseil que le Christ a donné.
» Plusieurs fois sa nourrice le trouva éveillé et agenouillé à terre, comme s'il eût dit dans son silence : « Je suis venu pour cela. »
» 0 toi, son père, justement nommé Félix! ô toi, sa
* En Espagne.
* Où naquit saint Dominique, année 1170, aojonrd'hui Calaborra.
* Les armes de Castille : € In cho soggiacc il Iconc c soggioga. » — Voir l'Armoriai de Castille.
* Pominictu.
mère Justement nommée Jeanne! si rinterpr^ation de m noms est celle qu'on leur donne ^.
» Lui^ ce ne fut pas pour ce monde , pour lequel on se fatigue à suivre les leçons d'Ostie et de Taddeo^ mais pour l'amour de la vraie manne*,
» Qu'en peu de temps il devint un grand doctem*; alors il se mit à cultiver la vigne, qui perd vite sa verdure si le vigneron ne fait pas son devoir.
» Et étant venus vers ce siège, autrefois plus seoouraUe aux pauvres (faute dont je n'accuse pas le aaint-siége, mais celui qui l'occupe et qui forligne'),
» 11 ne demanda pas des dispenses, afin de ne rendre que deux ou trois pour six; il ne demanda pas le premier bé* néfîce vacant; non décimas quœ sunt pauperum Dei;
» Mais la permission de combattre contre les hérésies du monde, pour la semence d'où sont nées les vingt-quatre plantes qui s'élèvent autour de toi*.
)) Puis, avec sa doctrine et sa volonté tout ensemble, il entra dans son office apostolique comme un torrent qu'une source élevée précipite.
j) Et son impétuosité attaqua plus vivement les rejetons de l'hérésie, là où les résistances étaient plus fortes.
» De lui sortirent ensuite divers ruisseaux qui arrosent le jardin catholique , si bien que ses arbrisseaux en sont plus vivants.
» Si telle fut l'une des roues du char sur lequel l'Église se défendit, et vainquit les adversaires sortis de sa profu^ cité,
» Tu devrais connaître sans peine Texcellence de l'autre roue^^, dont Thomas, avant ma venue, t'a parlé avec tant d'éloges.
» Mais l'ornière que creusa la partie élevée de sa oirpoo-
' Félix, c'est-à-dire Heureux ; Jeanne, en hébreu, favorisée de la Grâce. ' Le cardinal Ostiense, c'est-à-dire d'Ostie, qui a fait uo livre sur les dccré* talcs ; Taddco, médecin de Florence.
^ Boniface VIII.
* Les vingt-quatre BicnhnurcuXt
* Saint François d'Assise,
UB rAIIAmS. CH4NT XII. 4M
ërence est aÎMihdonnée, de sorte qu'où ëtait le bien mainenant est le mal.
» Sa famille, qui posait fidèlement les pieds sur les traces le François, a tellement changé sa marche^ qu'elle met la lointe du pied oii il mettait les talons.
» Mais on verrA vite la mcHsson née de la mauvaise culure, quand l'ivraie se plaindra qu'on ne la poiie pas au [renier.
» Je convins qu'en cherchant feuille à feuille dans noCi-e olume, on trouverait encore une page où on lirait : « le uis tel «pie j'ai été. »
» Mais ce ne serait ni à Casale , ni à Aquasparta^ d'oh ont venus deux hommes dont l'un relâche trop et l'autre esserre trop la règle.
» Pour moi, je suis la vie de Bonaventure, de Bagnoreio; dans les grands offices où l'on m'éleva j'ai toujom^ égU^ àes 8mns temporeift.
» lUuminato et Augustin sont ici ' ; ils furent les preliers des pauvres déchaussés qui, portant le cordon, deifirent les amis de Dieu.
«> Hugues de Saint-Victor est ici avec eux*, et Pierre [angiadore*, et Pierre FEspagnol, lequel brille sur terre «us ses douze livres;
» Le prophète Nathan est ici, et le métropolitain Chryostôme^, et ce Donatus* qui daigna mettre la main au preoier des arts;
» Puis Raban; et à mon côté brille Joachim, abbé de lalabre, doué de l'esprit prophétique.
» J'ai dû louer ce grand paladin de l^glise, tant j'étais om par l'ardente sympathie et le doux parler de frère liomas,
X) Dont s'émeut avec moi toute cette compagnie. »
< Deox relifieax de Saint-François.
* Prieur de SaiBlrVielor4ei-Varts, mort en 1143.
* Ou Comestor. Historien ecclësiaslique, né en Lombardie.
* Archevêque de Constantinople.
* Ub grammairien, maître de saint Jérôme.
500 LA DIVINE COMÈDlCb
CHANT XIII
Le poë'te fait ane nouTelle description des brillantes conronnes, de le«rs duuei et de leurs concerts. — Après quoi il demande à saint Thomas d*Aqnin ds lai expliquer quelques paroles renfermées an dixi^e chant.
Qu'il s'imagine celoi-là qui veut bien comprendre ce que je vis alors, et, pendant que je parle, qu'il conserve cette image aussi ferme qu'un rocher;
Qu'il se représente, dis-je, quinze étoiles illuminant d'uae telle clkrté diverses parties du ciel, qu'elles pénètrent l'air le plus dense et le plus épais;
Qu'il s'imagine ce char auquel l'espace de notre del est assez étendu pour que de jour et de nuit son timon tourne et ne disparaisse pas;
Qu'il s'imagine la bouche de cette corne, coDunençaot à la pointe de Taxe autour duquel tourne la première sphère;
Qu'il simagine que ces étoiles, en se réunissant, ont formé dans le. ciel deux signes pareils à celui que forma la fille de Mines, lorsqu'elle sentit le froid de la mort * ;
Puis, que l'un de ces signes a ses rayons confondus dans les rayons de l'autre , et que tous deux tournent de telle manière qu'ils vont en sens contraire ;
Alors il aura comme l'ombre de la vraie consteUation et de la double danse qui se mouvait autour du point où j'étais placé;
Car ce que je vis l'emporte autant sur ce que nous voyons d'ordinaire, que le mouvement du ciel, qui dépasse en rapidité tous les autres, l'emporte sm* le mouvement de la Chiana*.
Là on chantait , non Bacchus et Péan , mais trois personnes dans une nature divine, et dans une seule personne l'union de la nature divine à la nature humaine.
' La couronne d'Ariane, mise par Bacchus parmi les oonslellatious. (Oviik*) ' BiTîèrc de Toscane.
IX l'ARADlS. CUAM XIII. oOl
Le chant et les danses prirent un, et vers nous se tour* nèrent les saintes lumières^ se félicitant de passer d'un soin à un autre.
Puis rompant le silence au milieu de Faccord de ces dieux, la lumière par qui me fut racontée l'admirable vie du pauvre de Dieu^
Me dit : « Puisqu'une partie du blé est battue* et que déjà son grain est serré, le doux amoui* m'invite à en battre Tautre partie.
» Tu crois que dans cette poitrine d'où une côte fut tirée pour former la belle bouche dont le palais coûta si cher au monde %
» Et que dans cette poitrine^ qui, percée d'un coup de lance, satisfit tellement à la justice de Dieu, qu*elle fit pencher la balance du côté de ses mérites, malgré le poids de nos fautes,
» Fut versée autant de lumière qu'il en est accordé à la nature humaine, par cette grande vertu qui les fit Tune et l'autre :
» Ainsi tu t'étonnes de ce que j'ai dit ci-dessus, en racontant que le bienheureux enfermé dans la cinquième sphère n'eut jamais son second.
» Maintenant ouvre les yeux à ce que je te réponds, et tu verras que ta croyance et mon dire seront à la vérité eomme est le centre à tous les points du cercle.
» Ce qui ne meurt pas et ce qui peut mourir n'est qu'une splendeur de cette idée qu'enfante, en aimant, Notrc-Seigneur.
» Car cette vive lumière* qui sori de la Puissance radieuse^ mais ne s'en détache pas non plus que l'Amom*^ dont le rapport forme leur trinité,
» Réunit^ par un elTct de sa bonté, ses rayons sur neuf
■ Saiot Thomas d'Àqnin, ]>ar qui fut racontée la vie de saint François.
« Puisque ton premier doute est cclairci.
•Ère.
* La poitrine du Christ.
' Le Veibc.
802 LA DIYIKE COMÉDIE.
sphères^ comme dans un miroir^ mais en restant «éternellement une.
y> De là elle descend jusqu'aux dernières puissances, diminuant tellement de force, d'acte en acte, qu'elle ne crée plus que des êtres éphémères.
1» Et par ces êtres j'entends les choses engendrées, que le ciel par son mouvement produit avec ou sans germe.
1» La matière de ces êtres et la cause qui les produit n'ont pas un seul mode d'agir , et partant sous leur empreinte particulière l'idée divine parait plus ou moins;
» D*oii il advient que le même arhre donne , selon l'es^ pèce, des fruits bons ou mauvais, et que vous naissez avec des inclinations diverses.
Y> Si la matière était conduite à point, et si le ciel était dans sa vertu suprême, la beauté idéale paraîtrait tout entière;
» Mais la nature donne toujours me empreinte imparfaite, semblable dans ses œuvres à Tartiste qui a Um la pratique de Fart, mais dont la main tremble.
» Donc , si l'ardent amour dispose et (ait descendre les vifs rayons de la première vertu, toute perfection sur ce point est atteinte.
)) Ainsi fut faite autrefois la terre , vraiment digne de toute perfection animale, ainsi la Vierge conçut sans souillure.
» Partant, j'approuve ton opinion, car jamais l'humaine nature ne fut ni ne sera ce qu'elle fut dans ces deux personnes.
» A présent, si je n'allais pas plus avant, tu commencerais par t'écrier : « Comment donc celui-ci fut-il sans égal 1 ? »
» Mais, pour faire bien apparaître ce qui ne parait pas, songe quel il était, et quelle cause l'excita à demander, lorsqu'il lui fut dit : « Demande ! »
» Je n'ai point parlé de façon que tu ne puisses voir dai-
' galomou.
LE PARADIS. CHA!ST XIII. oD3
rement que cet homme fut mi roi qui demanda la sagesse^ afin d'ôtrê un véritable roi.
» Il ne désira point savoir quel est le nombre des natures célestes^ ou si le nécessaire avec le contingent produisent le nécessaire; • * On bien si tii dare primwm wuUum eue; ou si dans un demi-cerde on peut placer un triangle qui n'ait pas un angle droit :
» Donc^ si tu as bien saisi ce qoe j'ai dit et ceci même, la sagesse royale, telle est la science sans pareille sur laquelle tombait la flèche de mon intention.
» Et si tu diriges une vue nette sur ces mots : s'éleva, tu verras qu'il n'a de rapport qu'aux rois; or les rois sont numbi'eu.v, mais les bons sont rares.
» Prends mes paroles avec cette distinction, et tu pourras ainsi garder ta croyance sur le premier père et notre bien-aimé^;
» Et que ceci te mette du plomb aux pieds, afin de te faire mouvoir lentement, comme un homme fatigué, vers le oui et le non que tu ne vois pas.
» Car ii est bien bas parmi les sots celui qui, sans distinction, affirme ou nie, soit dans un cas, soit dans rautre.
. » C'est pourquoi il advient souvent que l'opinion courante prend une fausse route, et ([ue la passion lie notre intelligence.
9 Cest plus qu'en vain qu'il s'éloigne de la rive, car il n'y revient jamais tel qu'il l'a quittée, celui qui va à la pêche de la vérité et qui ne sait pas son art.
. » £t de ceci sont des preuves évidentes pour le monde Parménide, Mélissus, Brissus et plusieui's auti-es qui allaient et ne savaient où.
» Ainsi firent Sabellius et Arîus, et ces insensés qui furent pour les Écritures comme des épées, où, en se mirant, les visages droits semblent tortueux.
I Le OiriiU
» Que les hommes encore ne soient pas ti*op hardis à juger, comme fait celui qui estime le blc dans le champi avant qu'il soit mûr.
Y> Car j'ai vu tout Thiver le buisson rester âpre et sauvage^ puis porter des roses sur sa cime ;
» Et j'ai vu le vaisseau courir droit et agile pendant toat son voyage, et përir en arrivant à l'entrée du port.
» Que Monna Bcrthe et Ser Martino S pour avoir tu, Tim voler, l'autre faii*e des offrandes, ne croient pas les voir tels ^'on les voit au conseil divin,
» Car celui-là peut se relever, celui-ci peut tomber. »
CHANT XIV
Le ttge roi Salomon révèle à Dante une vrrité. — Toi^joors pini fort, It monte arec Béatrice au cinquième ciel, le ciel de llan. — Croix •ante au milieu de laquelle se tenait Jcsus-Chrisl avec les Ames des reux qui avaient conobattu pour la foi. — Harmonie céleste.
Du centre à la circonférence , et de la circonférence au centre, se porte l'eau dans un vase arrondi, selon qu'elle est poussée du dedans ou du dehors.
Ce que je dis là advint à mon esprit aussitôt que se tut Tâmc glorieuse de Thomas,
Par la ressemblance * qui naissait de ses paroles et de celles de Béatrice, à laquelle, après Thomas, il plut de commencer ainsi :
« Celui-ci a besoin, bien qu'il ne vous l'indique ni par la voix ni môme encore par la pensée, d'arriver à la racine d'une autre vérité.
» Dites -lui si la lumière dont se pare votre substance
I « Dame Berihc et sire Martin. Ce sont noms qu'il a choisys entre le meut |)Ciii>lc, par lesquels il faut entendre toute personne Idiote et simple, etc. » (Grangior.)
« A Ir^anl (!<• Thomas, qui lui parle, Danlo semble placé au ceutrc d'un wtt (l'oau qu'on agilorail : ù l'égard de Bi-'alrico, à in riiconféreiice do ce rerdf.
LE Paradis, chant xîv. 50Î5
demeurera éteraellement avec vous comme elle est k cette hem'e.
» Et si elle demeure^ dites comment il adviendra, après que vous serez redevenus visibles S qu'elle ne nuise pas à votre vue. »
Gomme parfois, dans un élan de joie plus grande, ceux qui dansent en rond, poussés et entraînés, éièyeut la voir et ragaillardissent leurs gestes.
Ainsi, à cette prière pieuse et instante, les cercles saints montrèrent une nouvelle joie dans leurs rondes et leurs hymnes merveilleuses.
Celui qui se lamente de ce qu'on meurt ici-bas pour vivre là-haut n'a pas vu d'ici-has les divins rafraîchissements de réteiTielle pluie.
Cet un et deux et trois qui vit toujoure et règne toujours en trois et deux et un, non circonscrit et qui circonscrit toute chose <,
Trois fois était chanté par chacun des esprits avec une telle mélodie, que de l'entendre serait pour tout mérite une suffisante récompense.
Et moi j'entendis, dans la lumière la plus divine du moindre cercle, une voix modeste ', peut-être telle que fut celle de l'Ange à Marie ;
Elle répondait : « Aussi longue que sera la fête du Paradis, aussi longtemps notre amour rayonnera autour de ce vêtement.
» Sa clarté suit l'ardeur de notre amour*; l'ardeur dépend de nos célestes visions, lesquelles seront d'autant plus élevées, que l'âme, au delà de son pit)pre mérite, aura luie part à la grâce.
» Quand nous aurons revêtu la chaii* glorieuse et sainte.
' Apres la résnrrectioD.
* La Trinité : « Queirano e due e trc che senipre \ive. >
' Cette voix modeste est» suiTant Landino, celle de Pierre Lonibanl ; suivant d'autres, celle de SulomoD.
* Plus nous savons, plus nous aimftn&; ot phi? noub aimons, plu» nous sommrg lexiètus de lumière.
notre pèrsonue sera plus reconnaissante^ parce qu'elle sera entière.
9 De là s'accroîtra ce que de sa lumière gratuite nous donne le souverain bien; lumière qui nous permet de le voir.
» De là doit s'accroître notre sainte vision^ s'accroître raideur qui à la vision s'allume^ s'accroître le rayon qui de Tardeur descend.
y> Mais connue le charbon^ qui donne la flamme, la dépasse tellement en vive blancheur qu'il apparaît au milieu d'elle,
» Ainsi cet édat, qui déjà nous entoure^ sera vainca par celui de la chair que la terre recouvre cependant.
» Et une si grande splendeur ne pom^ra nous iatigoer, car les organes du corps seront assez torts pour tout ce qui pourra faire nos délices. »
L'un et l'autre chœur me parurent si prompts et si uoanimes à dire amen, qu'ils montrèrent bien leur désir de revêtir leurs corps morts;
Non pour eux peut-être, mais pour leurs mères^ pour leurs pères et pour les autres qui leur furent chers avant qu'ils fussent des flammes éternelles.
Et voilà qu'autour de ces clartés naît et s'ajoute mie clarté pareille et telle qu'un hoiizon lumineux.
Et comme, au premier tomber du soir, on conuBence à entrevoir dans le ciel des lueurs nouvelles qui semblent être et ne pas être;
Ainsi il me sembla commencer à voir de nouvelles substances, qui formaient un cercle en dehors des deux autres circonférences.
0 véritable reflet du Saint-Esprit ! comme tout à coup il devint si éclatant à mes yeux, que, vaincus, ils ne purent le soutenir !
Mais Béatrice se montra à moi si belle et si riante^ que cette vision doit se laisser parmi celles que n'a pu garder ma mémoire.
Cependant mes yeux rcpiirent la force de se relever, et