‹ Œuvres de Delille (volume 3)Chapitre 38 sur 89 · SUR LE PORTRAIT DE MADEMOISELLE LA FAULOTTE · texte numérisé non relu

SUR LE PORTRAIT DE MADEMOISELLE LA FAULOTTE

La douce rêverie et la vivacité,

La gaité jointe à la décence,

La finesse avec l'innocence, Et la pudeur avec la volupté ;

Voilà quel heureux assemblage

A dû composer votre image.

D'où vient qu'avec plaisir l'œil saisit chaque irait

De cette peinture fidèle ?

C'est qu'on trouve dans le portrait

Ce qu'on chérit dans le modèle.

Que dis-je? Le pinceau ne parle ici qu'aux yeux : Où sont ces chants délicieux, Ces harmonieuses merveilles Qui ravissent le cœur et flattent les oreilles? J'écoute, et n'entends point les accens enchanteurs De cette voix si légère et si tendre.

Heureusement pour la paix de nos cœurs. L'art de Zeuxis ne peut les rendre.

Son image sur nous aurait trop de pouvoir, Si le pinceau joignait le bonheur de l'entendre

Au plaisir si doux de la voir.

Et si je pénétrais dans cette ame si pure. Que dans un corps charmant enferma la nature, Que de sentimens délicats !

Je voudrais bien les peindre ; mais, hélas ! La vertueuse Annette à sa gloire s'oppose ;

D'un vain renom évitant les éclats, La modeste pudeur qui dans son cœur repose, Voile à nos yeux ses innocens appas :

C'est le calice de la rose Dont le parfum s'exhale et ne se montre pas.

VERS

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