V. >2t L'EINKIDE, LIVRE IV
Ascagnc cependant , qu'enchante ce beau jour,
Et les seigneurs troyens , viennent grossir sa cour.
Seul plus brillant qu'eux tous , leur roi marche à leur tète,
Et semble seul l'objet et le dieu de la fête.
Tel , quand des Lyciens quittant le long hiver,
Et le Xanthe lui-même à son amour si cher,
Apollon vient revoir son île maternelle ;
Lorsque, renouvelant sa fête solennelle,
Maures , Scythes , Cretois , célèbrent l'immortel ,
Et sautent en cadence autour de son autel :
Lui, dans tout l'appareil de sa dignité sainte.
D'un pas tranquille et fier, sur les hauteurs du Cynthe,
Au milieu des parfums, et des chants , et des vœux ,
Il marche ; au gré des vents flottent ses longs cheveux ;
Le laurier immortel , serpentant avec grâce ,
De son feuillage vert mollement les embrasse ,
Et l'or d'un nœud brillant en captive les flots :
Il vient , un arc en main , un carquois sur le dos ;
Sur l'épaule du dieu ses flèches retentissent ,
Et tous les cœurs émus d'un saint respect frémissent.
Tel paraît le héros ; tel cet enfant des dieux
A charmé tous les cœurs , et fixé tous les yeux.
Mais déjà l'on s'éloigne : on brave avec audace Et des monts escarpés , et des routes sans trace. Des taillis ténébreux , des antres enfoncés , Les peureux habitans en foule sont chassés; Surprises dans la nuit de leurs profonds ombrages , Du chevreuil , du chamois les compagnes sauvages Hâtent de roc en roc leurs sauts impétueux ; Le daim cherche des bois les sentiers tortueux ; Et des cerfs , élancés du sommet des montagnes , Les bataillons poudreux franchissent les campagnes. 3. 2