I.ETTKE
da ciel vistbLe des espaces infinis ^ fit sî elle n'est accompagnée de votre matière indéfinie , adim ¥os tourbillons ; mais afin que ceci se fasse mieux admettre à Tesprit, essayons ce raisonnemeiit; sur kl durée successive de Dieu.
Dieu est éternel, c'est-à-dire la vie divine emr brasse les révolutions de to<is les siècles , et Tordre des cbosep passées , futures et présentes ; cependâiM: cette vie éternelle est présente à tous les instants du t^mps et les suit pas. à pas , en sorte qu'on peut 4ire avec justice et vérité que Dieu jouit de son éternité depuis tant de jours , de mois et d'heures. Par exemple, si nous supposons que le monde a été créé depuis cent ans, cette éternité de Dieu entière, et qui embrasse tout, n'aura- 1- elle pas duré jusqu'à ce jour par des heures, des jours» des mois et des années , c'est-à-'dire cent ans qtû 9e seront succédé jusqu'à ce jour : or Dieu n'est point autre depuis la création du monde qu'il a été auparavant.
Il est donc manifeste qu'outre l'éternité infinie, la succession de durée convient encore à Dieu. Cela supposé, pourquoi fer6n&-nous difficulté de lui attribuer une extension qui remplisse des e»-f pacés infinis , aussi bien qu'une succession infinie de durée.
Bien pins, toutes les fois que je reprends de plus haat et plus ori^nairement ces choses, je suis
dans ce sentiment , que l'une et Fautre extension , tant de l'espace que du temps , conviennent également aux non-êtres et aux êtres ; et je me doute qu'on peut également se former un préjugé , que toutes les choses étendues sont corporelles , sur ce que tout ce que nous manions et ce que nous sentons , qui est solide et corporel , est étendu , que cet autre préjugé , qu'il y a des choses non corporelles étendues.
Et ce qui me fait conjecturer que l'étendue tombe aussi sur le non-être , c'est qu'être étendu ne dénote autre chose que des parties qui existent hors d'autres parties ; or la partie et le tout , le sujet et C adjoint y la came et l'effet y les contraires et les relatifs , les contradictoires et les privatifs y et autres semblables , ne sont que termes de logique, et nous les appliquons également aux non-êtres comme aux autres; d'où il ne suit pas que tout ce que nous concevons avoir des parties existantes les unes hors des autres doive être conçu comme un être réel.
Mais combien de fois l'esprit humain lutte ici avec son ombre , semblable à ces petite chiens qui courent après leur queue: car notre esprit se forge de tek combats ou de tels jeux , lorsque considérant les raisons et les modes de logique sur le pied des choses extérieures j il ne fait pas réflexion que ce sont seulement des manières de penser; mai&
croyant que c'est quelque chose de distinct dans les choses mêmes , il se joue jusqu'à se Êitiguer ea tachant d'attraper ^ pour ainsi dire ^ sa propre queue , et se trouve comme pris dans des filets* Mais j'ai discouru ici imprudemment plus que je ne voulois; je passe à ce qui reste.
4. « Car quelque part où l'on conçoive ce lieu- »là, il y a, selon moi , quelque matière. »
Vous êtes ici un homme de grande précaution , et d'une retenue bien fine; mais avec tous ces raisonnements vous admettez lé monde infini avec Aristote. Si ce philosophe a donné une bonne définition de l'infini , qu'il appelle dans son troisième livre de physique c£ dont quelque partie est toujours par-delà , nous voilà parfaitement d'accorci
5. « Cependant je crois qu'il y a une grande « différence entre l'immensité ou la grandeur de. • cette étendue corporelle, etc. »
J!admets aussi une différence infinie entre la grandeur ou l'immensité divine et la corporelle t j® eh jçe quecelle-làue peut tomber sous les sens^ à 4a différence de celte-ci ; a** en ce que celleilà est iïicréée et indépendante <» et celle-ci dépendante et créée; la première, pé^étrable et pénétrant tout ^ la seconde^ solide; et impénétrable; enfin ^ en ce que celle-là nait de la reproduction continuelle dé* l'essence divine en tous lieux , et celle-ci de l'ap^
aa^ lettres;
plication extérieure et immédiate de» parties les unes aux autres^ de sorte qu'à moins d'être stupide et souverainement béte , on ne sauroil seulement soupçonner :
Que ces raUonnements oons oondaiMiit an crime , En nous insmaant quelque horrible maxime.
Comme dit Lucrèce , surtout puisqu'il y a des théologiens, et des plus scrupuleux, qui recoanoissent que si Dieu eût voulu , il auroit pu créer le monde dès l'éternité; et cependant il paroit aussi absurde de donner au monde une durée infinie qu'une étendue infinie.
6. i Car , selon moi , c'est là un des principaux » fondements de ma physique. »
Je n'ai pas de peine à comprendre que ce ne soit le fondement de votre physique, de dire que la matière est au moins indéfiniment étendue , qu'il n'y a point de vide dans la nature. Te ne doute poîitt même que ce principe ne soit vrai; mais je ne sais pas trop bien si vous avez trouvé la vraie manière de le montrer , puisque le principe de votre démonstration est que tout ce qui e$t étendu est réel et corporel : ce dont je ne suis pas encore pleinement convaincu , pour les raisons que j'ai dites cidessus ; au contraire , pour vous- avouer ingénu* ment ce qui me vient présentement dans la pen-
$ée y ai ni l'espacé privé de tout corps , tel qu'est celui de votre démoQstration , ni Dien ne sont point du tout étendus , votre philosophie n'aura pas besoin de cette matière indéfinie , il vous suffira d'avoir un nombre certain et défini de stades , car les côtés de ce monde fini ne trouveront point de lieu oit se retirer , et les tourbillons qui seront au rniU^iu ne pourront s'entrouvrir , pour donner une éttndue à l'espace du milieu , et afin que le non«-étre ait de nouvelles dimensions. Mais mon ardeur naturelle me jette d'un autre côté , c'est-àdire dans la croyance que cette fécondité divine , qui n'est jamais oisive, en quelque endroit que ce soit , a créé de la matière en tous lieux sans laisser le moindre petit espace vide ëii admettant ce système ; je ne trouve point que votre philosophie se soutienne moins bien faute d'admettre ce que vous lai donnes pour fondement , et je vois clairement que 1* vérité de votre physique ne se découvre pas si ouvert^nent et si manifestement par tel et tel article , qu'elle brille par cette tissure universelle , et ce fil continn qui lie toutes ses parties , comme vous faites très bien remarquer à l'article i aS de la quatrième partie , p. 4^5. De sorte que si quel* qu'un envisageoit la face entière de votre philosb* f^e, H verroit qu'elle est si» régulière et si proportionnée en elle-même et aux phénomènes de la nature , qu'il pourroit s'imaginer voir comme dai^s
une glace p(^ie , la nature , cette habile ouvrière , parée de tous ses orneinents.
PREMIÈRE INSTANCI^ A LA REPONSE SUR LA DK&NlÈRE DIFFICULTE.
« ]\Iais le plys grand de tous les préjugés que » nous ayons retenus de notre enfance^ etc.. »
J'éprouve en moi la force de ce préjugé au-<lelà de tout ce que je puis vous dire^ et je me sens tellement pris et arrêté dans ses filets , qu'il m'est impossible de m'en débarrasser jamais.
2 « Je m'engage à expliquer tout cela très faci- » lement par la seule conformation des membres » des animaux. »
. Si vous nous tenez parole là-dessus , vous allez nous procurer une joie bien ravissante; j'ai même une si haute idée de vous , que je crois que vous ferez là^dessus tout ce que l'esprit humain est capable de faire; ce sera dans lacinquièitae ou sixième partie de votre Physique ^ qu'on dit être presque achevée, et que j'atteoads avec grande impatience. Je vous prie même instamment qu'elles voient 1% jour le plus tôt qu!il se pourra, ou, pour mieux dire, afin que par leur moyen vous nous fasçi^z voir la nature dans ses plus brillantes clartés.
Mais pour revenir à notre sujet, si vous tenez , dis -je, parole là -dessus, j'avoue que vous aurez démontré que personne ne peut prouver qu'il y ait
LETTRES. dsS
une âmedMu les bétes : ma», qb attendant, il fai^t coQveniF que vous ne l'avez pas encQredénKmtré, comme vous le dites vous-même, et même (|ae vous ne le pouvez faire en aucune manière.