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des subtilités épineuses ^ nous étant toujours tenus sur les frontières de la phy»que , de la métaphysique et de la logique), je zne hâte présentement d'arriver à des questions qui demandent un jugement plus solide et plus ferme. Te remarquerai seulement en passant , sur là réponse que vous avez faite à mes premières instances , pour ce qui re-^ garde les anges et les âmes séparées du corps , si elles connoissent immédiatement et par elles-mêmes quelle est leur essence. Cette connoissance ne peut être appelée proprement un sentiment, si nous les supposons absolument incorporels. J'aimerois donc mieux dire avec les platoniciens, les anciens Pères , et presque tous les philosophes, que les âmes humaines, tous les génies tant bons que mauvais, sont corporels, et que par conséquent ils ont un sentiment réel , c'est-à-dire qui leur vient du corps dont ils sont revêtus; et en effet, comme je ne me promets rien que de grand de votre esprit , vousine feriez un sensible plaisir si vous vouliez me communiquer en peu de mots ce que vous pensez là-dessus; cette pénétration et cette force d'esprit que je reconnois en vous me sont un gage assuré que vos conjectures sur ce sujet ne peuvent être que très ingénieuses : car, quant à l'ostentation de certains philosophes qui nient hardiment l'existence de toute substance séparée du corps, conime celle des démons, des anges, et deâ âmes après la
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mort , ^ qui semblent s'applaudir là-dessus comme 4'une heureuse découverte et d*un effort de l'esprit hiKoain qui les rend plus habiles que tous les autres hommes y je ne fais aucun cas de ce sentiment, car j!ai rmaarqué plusieurs fois que ces sortes de gens étoient pour la plupart des âmes de sang et de boue , de noirs et d'affreux mélancoliques livrés aux sens et à la volupté , et enfin des athées véritables ; car ce que la religion leur apprend de la nécessité d'un Dieu, n'opère en eux que comme une vaine superstition; pour moi je veux bien faire cette profession publique de foi , que toute religion à part , je reconnois volontiers qu'il y a des génies et un Dieu tel, que les, plus honnêtes gens et les plus sensés désireroient qu'il fut, si par impossible il n'y en avoit point ; ce qui m'a toujours fait regarder l'athéifiîme comme le comble de la méchanceté la plus débordée ^ et de la stupidité la plus brutale » et la glcMjre que les athées retirent de leur impiété,, assez semblable à la fausse joie d'un peuple insensé qui se féliciteroit et se sauroit bon gré du meurtre d'un roi très sage et très humain : mais je reviens de Pécart que mon zèle m'a fait faire.
2. A l'égard de votre démonstration , à la faveur de laquelle vous concluez que toute substance étendue eôt capable d'être touchée, et qu-'elle est impénétrable, il me semble qu'on peut dire coU'* tre ^ que , dans la substance étendue , les par*»
ties peuvent être les ui^ hors des autres , sans une mutuelle résistance; ce qui détruit cette faculté d'être touchée : d'ailleurs que l'étendue avec la substance se replie sur le reste de l étendue et de la substance , et qu'elle ne périt pas davantage que cette partie de la substance qui retourne dans l'autre , et de là tombe son impénétrabilité. Je vous proteste que je conçois clairement et distinctement toutes ces choses. Quant à ce que quelque chose de réel peut être renfermé sans aucune diminution de sa part dans des bornes plus ou moins étroites, cela se prouve par le mouvement même selon vos Principes; car, selon vous, le même mouvement spécifique occupe aussi tantôt un plus grand, tantôt un moindre sujet. Pour moi je conçois avec la même facilité et la même clarté qu'il peut y avoir une substance qui se dilate ou se resserre sans aucune diminution, soit que cela arrive par soi-même ou d'autre part.' Enfin , je suis , je vous assure , surpris que vous ne puissiez pas comprendre que Fâme humaine ou fange soient presque étendue de cette manière , comme si cela impliquoît contradiction. Je croîroîs plutôt qu'il y auroit contradiction que la puissance de l'âme fut étendue, lorsque l'âme elle-même ne le seroit en aucune façon; car la puissance de l'âme étant un mode intrinsèque de l'âme , elle n'est pas hors de Tânae même ^ comme ôela est clair. Il faut dire la même
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chose de Dieu, ce qui fait que je suis ds^s un pa* reil étonnement de ce que dans votre réponse à sDfies pénultièmes instances vous avouez qu'il est partout à raison de sa puissance, et non à raison de son essence , comme si la puissance divine , qui est un mode de Dieu , étoit située hors de Dieu , puisque chaque mode réel est toujours intimement uni à la chose dont il est mode; d'où il s'ensuit nécessairement que Dieu est partout , si sa puissance est partout.
Et je ne saurois soupçonner que par puissance divine vous vouliez entendre un effet transmis à la matière. Si vous entendiez même cela, la chose, $e]on moi, reviendroit au même, car cet effet n'est transmis que par la puissance divine, qui touche la matière qui reçoit son impression, c'est-à-dire qui est unie à elle par quelque mode réel, et par conséquent cette puissance est étendue , sans être pour cela séparée de l'essence divine; car il semble , comme j'ai dit, qu'il y a là une contradiction manifeste, mais je ne veux pas m'arréter sur cela davantage*
Je me hâte de passer aux questions , après vous avoir dit la peine que je sens de n^ plus espérer d'avoir la suite de votre Philosophie : ce qui me soutient, c'est Tespérance certaine de ce traité si désiré que nous verrons mettre au jour cet été; je souhaite qu'il vienne bientôt et heureusement. .
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