ÉPITRE
les condamne, et qu'il ordonne expressément aux philosophes chrétiens de répondre à leurs arguments, et d'employer tontes les forces de leur esprit pour faire connaîtie la vérité, j'ai bien osé Tentreprendre dans cet écrit. De plus, «sachant que la principale raison qui fait que plusieurs impies ne veulent point croire qu'il y a un Dieu et que l'âme humaine est distincte du coi'ps, est qu'ils disent que personne .jusqu'ici n'a pu démontrer * ces dcui^ choses; qu/)ique je ne sois point de leur opinion, mais ({u'au contraire je tienne que la plupart des raisons qui ont été apportées par tant de grands personnages touchant ces deux questions, $ont autant de démonstrations quand elles sont bien entendues^ cl qu'il soit presque impossible d'en inventer de nou« velles; si est-ce que je crois qu'on ne sauraitrien faire de plus utile en I4 philosophie que d'en rechercher une fois avec soin les meilleures, et les disposer en un ordre si clair et si exact qu il soit constant désormais à tout le monde que ce sont de vé-^ ritables démonstrations. Et enfui, d'autant que plusieurs personnes ont désiré cela de moi« qui ont connaissance que j'ai cultivé une certaine méthode pour résoudre toutes sortes de difficultés dans tes sciences, méthode qui de vrai n'est pas nou« velle, n'y ayant rien de plus ancien que la vérité, mais de laquelle ils savent que je me suis servi assez heureusement en d'autres rencontres, j'ai pensé qu'il était de mon devoir d'en faire aussi l'épreuve sur une matière si importante.
Or j'ai travaillé de tout mou possible pour comprendre dans ce traité tout ce que j'ai pu découvrir par son moyen. Ce n'est pas que j'aie ici ramassé toutes les diverses raisons qu'on pourrait alléguer pour servir de preuve à un si giand sujet : car je n'ai jamais cru que cela fût nécessaire, sinon lorsqu'il n'y en a aucune qui $oit certaine ; mais seulement j'ai traité les premières et principales d'une telle manière que j'ose bien le^ proposer pour des très-évidentes et très-certaines démonstrations. Et je dirai de plus qu'elles sont telles, que je ne pense pas qu'il y ait aucune voie par où l'esprit humain en puisse jamais découvrir de meilleure; car l'importance du sujet, et la gloire de Dieu, à laquelle tout ceci se rapporte, me contraignent déparier ici uu peu plus libremei;t de moi que je n'ai de coutume. Néanmoins, quelque ceititude et évidence que je trouve en mes raisons, je ne puis pas me persuader que tout le monde soit capable de les entendre. Mais, tout ainsi que dans la géométrie.