‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 30 sur 106 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

J'ai déjà touche ces deux questions de Dieu et de Time hu" maine dans le Discours français que je mis en lumière, en Tannëe iG37, touchant la méthode pour biçn conduire sa rai<^ son et chercher la vérité dan} les sciences: non pas h dessein d^en traiter alors à fond, mais seulement comme en passant « aiin d*apprendro par le jugement qu*on en ferait de quellç sorte j'en devrais traiter par après : car elles m*ont toujours icmblé être d'une telle Importance, que je jugeais qu'il était k propos d'en parler plus d'une fois; et le chemin que je tiens pour les expliquer est si peu battu, et si éloigné de la route ordinaire, que je n'ai pas cru qu'il fût utile de le montrer en français, et dans un discours qui pût être lu de tout le monde, de peur que les faibles esprits ne crussent qu'il leur fût per« mis de tenter cette voie.

Or, ayant prié dans ce Discours de la Méthode tous ceux qui auraient trouvé dans mes écrits quelque chose digne de censure de me faire la faveur de m'en avertir, on ne n/a rien obr jecté de remarquable que deux* choses sur ce que j'avais dit touchant ces deux questions, auxquelles je veux répondre ici en peu de mots avaut que d'entreprendi^e leur explication plus exacte.

La première est qu'il ne s'ensuit pas de ce que l'esprit humain, faisant réflexion sur soi-même, ne se connaît être autre chose qu'une chose qui pense, que sa nature ou son essence

>. soit seulement que de penser; en telle sorte que ce mot

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êeîilemènt exclue toutes les autres choses qu'on pourrait petit-» être aussi dire appartenir à la nature de rame.

A laquelle objection je réponds que ce n*a point aussi éié en €6 lieii'-là mon intention de les exclure Selon Tordit de la vérité de la chose (de laquelle je ne traitais pas alor^), mais seulement selon Tordre de ma pensée; si bien que mon Sens était que je ne connaissais rien que je susse appartenir à mon essence, sinon que j'étais une chose qui pense, ou Une chose qui a en soi la faculté de penser. Or je ferai voir ci-après comnient, de ce que je ne connais rien autre chose qui appartienne à mon essence, il s'ensuit qu'il n'y a aussi rien autre chose qui en effet lui appartienne.

La seconde est qu'il ne s'ensuit pas, de ce que j'ai en ftioi l'idée d'une ehose plus parfaite que je ne suis « que cette idée soit [rfus parfaite que mori, et beaucoup moins que ce qui est représenté par cette idée existe*

Hais je réponds que dans ce mot d'idée il y a Ici de l'équlvo-^ que : car ou il ptMrt èlrc pris mater ieHcmcnt pour une opéra-^ tioD de mon entendement , et en ce sens on ne pout pas dire qu'elle soit plus parfaite qiu* moi ; ou il peut être pris objectitement pott^ ki chose qui est représentée pat^ cotte opération , laquelle^ quoiqu'on ne suppose point qu'elle existe hors de mon entendement, peut néanmoins être plus parfaite que moi, à raison de son essence. Or dans la suite de ce trftité je ferai voir plus amplement comment, de cela seulement qiîé j'ai en moi l'idée d'une chose plus parfaite que moi, il s'ensuit que cette chose eilste véritablement.

De plus, j'ai vu aussi detit autres écrite assez amples sur cette matière', mais qui ne combattaient pas tant mes raisons que mes conclusions , et ce par à(*s argumenté tirés des lieux communs des athées. Mais, parce que ces sortes d'arguments ne peuvent faire aucune impression dans l'espHt de ceux qui •ntcndront bidu tties raisons, et que les jugements de | lusieurs sont si faibles et si peu raisonnables qu'ils se laissent bien plus soatent persuader par les premières opinions qu'ils auront eues d'une chose, pour fausses et éloignées de la raison qu'elle» puisscnl êlre, que par une solide et véritable, mais posté* ricursntetit entendue réfutation de letirs opinion^, je né veut

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point ici y répondre, de peur d'être premièrement obligé de les rapporter.

Je dirai sculomerit en général que tout ce que disent les athées pour combattre Texistence de Dieu dépend toujours ou de ce que Ton feint dans Dieu desaiîections humaines, ou de ce qu'on attribue à nos esprits tant de force et de sagesse que nous avons bien la présomption de vouloir déterminer et comprendre ce que Dieu peut et doit faire; de sorte que tout ce qu'iis disent ne nous donnera aucune difficulté, pourvu seulement que nous nous ressouvenions que nous devons considérer nos esprits comme des choses finies et limitées, et Dieu comme un être in^ uni et incompréhensible.

Maintenant, après avoir suffisamment reconnu les sentiments des hommes, j'entreprends derechef de traiter de Dieu et de rame humaine, et ensemble de jeter les fondements de la philosophie première, mais sans en attendre aucune louange du vulgaire, ni espérer que mon livre soit vu de plusieurs. Au contraire, je ne conseillerai jamais à personne d^lc lire, sinon à ceux qui voudront avec moi méditer sérieusement, et qui pourront détacher leur espiit du commerce des sens, et le délivrer entièrement de toutes sortes de préjugés ; lesquels je ne sais que trop être en fort petit nombre. ^Iais pour ceux qui, sans se soucier beaucoup de Tordre et de la liaison de mes raisons, s'amuseront à épiloguer sur chacune des parties, comme font plusieurs, ceux-là, dis-je, ne feront pas grand profit de la lecture de ce traité ; et bien que peut-être ils trouvent occasion de pointiller en plusieurs lieux, à grand'peine pourront*lls objecter rien de pressant ou qui soit digne de réponse.

Et d'autant que je ne promets pas aux autres de les satisfaire de prime abord, et que je ne présume pas tant de moi que de croire pouvoir prévoir tout ce qui pourra faire de la difficulté à un chacun, j'exposerai premièrement dans ces Méditations les mêmes pensées par lesquelles je me persuade èive parvenu à une certaine et évidente connaissance de la vérité, afin de voir si, par les mêmes raisons qui m'ont persuadé, je pourrai aussi en persuader d'autres; et, après cela, je répondi*ai aux objec* tions qui m'ont été faites par des personnes d'esprit et de doo« ^"ine à qui j'ai envoyé mes Méditations pour être examinées

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avant que de les mettre sous la presse ; car ils m^en ont fait un si grand nombre et de si différentes, que j'ose bien me promettre qu'ail sera difficile à un autre d'en proposer aucunes qui soient de conséquence qui n'aient point été touchées.

Cest pourquoi je supplie ceux qui désireront lire ces Méditations de n^cn former aucun jugement que premièrement ils ne se soient donné la peine de lire toutes ces objections et les réponses que j'y ai laites.

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