‹ Œuvres de Descartes (volume 3)Chapitre 2 sur 91 · I INTRODUCTION · texte numérisé non relu

I INTRODUCTION

ce qui touche à l'idée de la création et aux développements de celte idée fondamentale. Sur les rapports de Tâme et du corps, ou plus généralement de Tesprit et de la matière, ou plus généralement encore de Dieu et de la création, trois questions qui au fond n'en sont qu'une, sa philosophie et celle de son école est hypothétique et négative.

A chaque pas que fait Descartes dans la philosophie, il met aux prises deux principes, la raison et la foi, la matière et Tesprlt, et, par sa théorie sur la création, la mécanique et la dynamique. C'est là seulement, dans la question des rapports, qu'il prend le parti étroit et négatif. Dcscarles a séparé les deux termes; il a solidement démontré, profondément étudié chacun d'eux, et, après avoir excellé dans cette œuvre de séparation, il a échoué quand il a fallu combler rintervaile.

Geultncs, Clauberg. Malgré les précautions que DcFcartes avait prises pour ne pas blesser la susceptibilité du clergé, précautions que Bossuet déclare excessives, ses livres furent mis à l'index ; il est vrai que ce fut avec la formule donec corrigantur. Les jésuites excitèrent la Sorbonne contre Descartes, et Ton démanda la proscription de sa philosophie, d'abord au parlement, qui refosa d'intervenir; ensuite au conseil du roi, qui la proscrivit en effet. L'ordre de TOratoIre, d'abord favorable aux idées nouvelles, fut obligé d'y renoncer; et l'attachement du P. Lami au cartésianisme lui valut dans cet ordre les mêmes persécuUons qu'eut à souffrir dans la compagnie de Jésus le P. André comme malebranchiste. La meilleure édition des œuvres de Descartes est celle qu'a donnée M. Cousin en 11 volumes in-S**. Les principaux ouvrages de Descartes sont : le Discours de la Méthode^ les Méditations, les Réponses aux Objections, le Traité des passions de Vé^rne, les Principes, les Règles pour la direction de V esprit, la Recherche de la vérité par les lumières naturelles, une quantité considérable <ie lettres, divers traités de géométrie, etc. Le volume que nous publions pour la seconde fois renferme tout ce qui est nécessaire pour donner une connaissance complète de la philosophie de Descartes; et le succès de la première édition, enlevée en moins de deux ans à trois mille exemplaires, prouve suffisamment que le cartésianisme est aujourd'hui aussi vivant et aussi puissant que jamais.

INTBODCCTIOR. TU

INDÉPENDANCE DR LA raïUiSOPUE.

Le commencement de la philosophie pour Descartes, c*est le doute; cela seul est toute sa méthode. C'est la proclamation du droit de libre examen. L'avenir de la philosophie était attaché à ce principe. Faire une revue exacte de toutes les idées qui se sont introduites dans l'esprit sans examen et sans contrôle ; rapporter les diverses notions de l'esprit aux facultés qui nous les ont données^ discuter la légitimité de ces facultés, et ne l'admettre que sur des raisons invincibles; en général, prendre pour critérium de la vérité la clarté et l'évidence des conceptions, n'est-ce pas rejeter en principe toute autorité, pour ne conserver que celle de la raison, ou, ce qui revient au môme, subordonner toute autre autorité à ceHe-ià^?

Lorsque Descartes se résout à douter de toutes ses idées jusqu'à ce qu'il les ait rapportées à leur source, et de toutes ses facultés jusqu'à ce qu'il ait éprouvé s'il existe des raisons invincibles d'y ajouter foi, il consomme la ruine defancienne philosophie; et lorsqu'après avoir ainsi tout ébranlé il s'arrête devant l'autorité de la conscience, et déclare qu'il s'y soumet par nécessité, qu'il ne peut plus feindre que cette faculté le trompe, qu'elle échappe à tous les motifs de septidsme que l'histoire et l'imagination lui peuvent fournir, alors il établit le fondement de la spéculation moderne. Je peme, donc Je mis; dans ce principe, qui résiste seul au doute méthodique. Descartes place tout ensemble la proscription de toute autorité étrangère et un acte de foi à l'au-

1 « n faut chercher sur Tobjel de notre élude, non pas ce qu'en ont pensé les autres ni ce que nous soupçonnons nous-mêmes, mais ce que nous pouvons voir clairement et avec évidence ou déduire d'une manière certaine. C'est le seui moyen d'arriver à la science.»

(Règle a pour la direction de VeepriQ

TTir iirmoDccTioN.

torilé de la raison. Cette autorité reconnue donne lieu aux trois formules suiTantes : a Ne rien admettre pour vrai qui ne soit clairement et distinctement conçu comme vrai. — Ne retenir une conclusion quand on a oublié les prémisses, c'-est-à-dire quand on se souvient qu*on Ta trouvée évid«*nlc sans apercevoir actuellement son évidence, que si d'abord on a prouvé que nos facultés naturelles, appliquées à leur objet propre el dans la juste mesure de leur extension, ne peuvent nous tromper. — Admettre la distinclion réelle entre deux substances sur cet unique fondement qu'elles peuvent ôtre conçues exister séparément Tune de l'autre. »

RAPPORTS DE LA PUHjOSOPHIE ET DE LA FOI.

La philosophie, d'abord servante, puis auxiliaire de la foi, devient ainsi sa rivale; et la question de savoir des deux principes lequel doit céder dans un conflit natt tout aussitôt, ou du moins acquiert une nouvelle importance. Bayle, Leibnitz, Malebranche, tous tes philosophes du dixseptième siècle, ont étudié cette question capitale ; ils ne l'ont pas fait, ils n'ont pas pu le faire avec assez d'indépendance et d'impartialité. La religion et la philosophie ne diffèrent pas seulement, comme on l'a cru, par leur origine; et c'est une pensée plus brillante que juste de ne voir dans la révélation qu'une anticipation de la Providence sur les découvertes à venir de l'esprit humain. D'autres différences naissent entre la religion et la philosophie de la différence même de leur origine : la révélation, qui prononce au nom de Dieu sur le sort de l'humanité, n'a d'autre borne que nos besoins et la volonté de Dieu ; la philosophie, qui s'adresse a la raison, a nécessairement pour limites les limites mêmes de notre intelligence. Leur but est le même, car elles viennent l'une et l'autre pour élever l'homme jusqu'à Dieu; mais la philosophie agite des problèmes que la religion dédaigne, et la religion nous révèle des vérités que la philosophie n'atteint pas.

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