‹ Œuvres de Descartes (volume 3)Chapitre 78 sur 91 · LES PASSIONS DE L^AHE · texte numérisé non relu

LES PASSIONS DE L^AHE

en nous d'autre passion que lajoie, en tant que c*es€ poar noos quelque bien de voir que les choses arrivent comme elles doivent. 11 y a seulement celte différence, que la joie qui Tient da bien est sérieuse, au lieu que celle qui vient du mal est accompagnée de ris et de moquerie. Mais si nous les en estimons indignes, le bien excite Tenvie, et le mal la pitié, qui sont des espèces de tritesse. Et il est à remarquer que les mêmes passions qui se rapportent aux biens ou aux maux présents peuvent souvent aussi être rapportées à ceux qui sont à venir, en tant queTopinion qu'on a qu'ils adviendront les représente comme présents.

ÂK» 63. La Mtisraction de soS-méme et le repentir.

Nous pouvons aussi considérer la cause du bien ou do mal, tant présent que passé, et le bien qui a été fait par noi^ mêmes nous donne une satisfaction intérieur qui est la plus douce de toutes les passions; au lieu que le mal excite le repentir, qui est la plus amère.

Art. 64. La faveur et la reconbatuance.

Mais le bien qui a été fait par d'autres est cause que nous avons pour eux de la faveur, encore que ce ne soit point à hons qu'il ait été fait; et Si c'est à nous, à la faveur nous joignons la reconnaissance.

Art. 65. L'iadignation et la colère.

Tout de même le mal fait par d'autres, n'étant point rapporté à nous, fait seulement que nous avons pour eux de l'indignation ; et lorsqu'il y est rapporté, il émeut aussi la colère.

Art. 66. La gloire et la honte.

De plus, le bien qui est ou qui a été en nous, étant rapporté à l'opinon que les autres en peuvent avoir, excite en nous de la gloire ; et le mal, de la honte.

Art. 67. Le dégoût, le regret et l'allégresse.

Et quehfuefois la durée du bien cause l'ennui ou le dégoût, au lieu que celle du mal diminue la tristesse. Enûn, du bien

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passe Tient le regret, qui est une espèce de tristesse ; et du mal p assé vient d'allégresse, qui est une espèce de joie. •

rra DO DÉlfOMBREMENT DES PASSIONS.

Alt. 68. P^nrqooi ce dénombrement des passions est différent de eelai qui est communément reçu.

Voilà Tordre qui me semble être le meilleur pour dénombrer les passions. En quoi je sais bien que je m'éloigne deTopinion de tous ceux qui en ont ci-devant écrit, mais ce n'est pas sans glande raison. Car ils tirent leur dénombrement de et qu'ils distinguent en la partie sensitive de l'âme deux appétits, qu'ils nomment l'un concupisdble, Tautre irascible. Et pour ce que je ne connais en l'âme aucune distinction de parties, ainsi que j'ai dit ci-dessus, cela me semble ne signifier autre chose sinon qu'elle a deux facultés, l'une de désirer, l'autre de se fâcher; et à cause qu^elle a en même façon les facultés d'admirer, d*aimer, d^espérer, de craindre, et ainsi de recevoir en soi chacune des autres passions, ou de faire les actions auxquelles ces passions la poussent, je ne vois pas pourquoi ils ont voulu les rapporter toutes à la concupiscence ou à la colère. Outre que leur dénombrement ne comprend point toutes les principales passions, comme je crois que fait celui-ci. Je parle seulement des principales, à cause qu'on en pourrait encore distinguer plusieurs autres plus particulières, et leur nombre est indéfini.

Art. 69. Qa'il n'y a qoe six passions primitiTes.

Mais le nombre de celles qui sont simples et primitives n'est pas fort grand. Car, en faisant une revue sur toutes celles que j'ai dénombrées, on peut aisément remarquer qu'il n'y en a que six qui soient telles; à savoir: l'admiration, l'amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse; et que toutes les autres sont composées de quelques-unes de ces six, ou bien en sont des espèces. Cest pourquoi, afin que leur multitude n'embarrasse point les lecteurs, je traiterai ici séparément des six primitives ; et par après je ferai voir en quelle façon toutes les autres en tirent leur origine*

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