‹ Œuvres de Descartes (volume 5)Chapitre 29 sur 63 · Cependant je crois qu'il y a une grande · texte numérisé non relu

Cependant je crois qu'il y a une grande

• différence entre l'immensité ou la grandeur de

• cette étendue corporelle, etc. »

J'admets aussi une différence infinie entre la grandeur ou l'immensité divine et la corporelle : Ie en ce que celle-là ne peut tomber sous les sens, à la différence de celle-ci ; 20 en ce que celle-là est incréée et indépendante , et celle-ci dépendante et créée; la première, pénétrable.et pénétrant tout ; la seconde, solide et impénétrable; enfin , en ce que celle-là naît de la reproduction continuelle de l'essence divine en tous lieux, et celle-ci de l'ap-

plication extérieure et immédiate des parties les unes aux autres; de sorte qu'à moins d'être stupide et souverainement bête , on ne sauroit seulement soupçonner :

Qne ces raisonnements nous conduisent an crime , En nons^insinnant quelque horrible maxime.

Comme dit Lucrèce , surtout puisqu'il y a des théologiens, et des plus scrupuleux, qui reconnoissent que si Dieu eût voulu , il auroit pu créer le monde dès l'éternité; et cependant il paroit aussi absurde de donner au monde une durée infinie qu'une étendue infinie.

6. « Car, selon moi, c'est là un des principaux » fondements de ma physique. »

Je n'ai pas de peine à comprendre que ce ne soit le fondement de votre physique, de dire que la matière est au moins indéfiniment étendue , qu'il n'y a point de vide dans la nature. Je ne doute point même que ce principe ne soit vrai; mais je ne sais pas trop bien si vous avez trouvé la vraie manière de le montrer , puisque le principe de votre démonstration est que tout ce qui est étendu est réel et corporel : ce dont je ne suis pas .encore pleinement convaincu , pour les raisons que j'ai dites cidessus ; au contraire , pour vous avouer ingénument ce qui me vient présentement dans la pen-

sée , si ni l'espace privé de tout corps , tel qu'est celui de votre démonstration , ni Dieu ne sont point du tout étendus , votre philosophie n'aura pas besoin de cette matière indéfinie , il vous suffira d'avoir un nombre certain et défini de stades, car les côtés de ce monde fini ne trouveront point de lieu où se retirer , ét les tourbillons qui seront au ipilieu ne pourront s'entr ouvrir, pour donner une étendue à l'espace du milieu , et afin que le non-être ait de nouvelles dimensions. Mais mon ardeur naturelle me jette d'un autre côté , c'est-àdire dans la crpyance que cette fécondité divine , qui n'est jamais oisive, en quelque endroit que ce soit , a créé de la matière en tous lieux sans laisser le moindre petit espace vide en admettant ce système ; je ne trouve point que votre philosophie se soutienne moins bien faute d'admettre ce que vous lui donnez pour fondement , et je vois clairement que la vérité de votre physique ne se découvre pas 9i ouvertement et si manifestement par tel et tel article, qu'elle brille par cette tissure universelle, et ce fil continu qui lie toutes ses parties , comme vous faites très bien remarquer à l'article ia5 de la quatrième partie , p. 4^5. De sorte que si quelqu'un envisageoit la face entière de votre philosophie , il verroit qu'elle est si régulière et si proportionnée en elle-même et aux phénomènes de la nature , qu'il pourroit s'imaginer voir comrrie dans

une glace polie, la nature, cette habile ouvrière* parée de tous ses ornements.

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