‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 136 sur 293 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

principalement considérer les passions en tant qu’elles appartiennent à l’âme , au regard de laquelle l’amour et la haine viennent de la connoissance , et précèdent la joie et la tristesse , excepté lorsque ces deux dernières tiennent le lieu de la connoissance , dont elles sont des espèces. Et lorsque cette connoissance est vraie , c’est-à-dire que les choses qu’elle nous porte à aimer sont véritablement bonnes, et celles qu’elle nous porte à haïr sont véritablement mauvaises , l’amour est incomparablement meilleure que la haine; elle ne sauroit être trop grande , et elle ne manque jamais de produire la joie. Je dis que cette amour est extrêmement bogue , pourceque , joignant à nous de vrais biens , elle nous perfectionne d’autant. Je dis aussi qu’elle ne sauroit être trop grande; car tout ce que la plus excessive peut faire , c’est de nous joindre si parfaitement à ces biens, que l’amour que nous avons particulièrement pour nous-mêmes ji’y mette aucune distinction , ce que je crois ne pouvoir jamais être mauvais : et elle est nécessairement suivie de la joie, à cause quelle nous représente ce que nous aimons comme un bien qui nous appartient.

article cxt.

De la haiue.

La haine , au contraire , ne sauroit être si petite

quelle ne nuise ; et elle n’est jamais sans tristesse. Je dis qu’elle ne sauroit être trop petite , à cause que nous ne sommes incités à aucune action par la haine du mal , que nous ne le puissions être encore mieux par l’amour du bien , auquel il est contraire , au moins lorsque ce bien et ce mal sont assez connus : car j’avoue que la haine du mal qui n’est manifestée que par la douleur est nécessaire au regard du corps ; mais je ne parle ici que de celle qui vient d’une connoissance plus claire, et je ne la rapporte qu’à l’âme. Je dis aussi qu’elle n’est jamais sans tristesse , à cause que le mal n’étant' qu’une privation, il ne peut être conçu sans quelque sujet réel dans lequel il soit; et il n’y a rien de réel qui n’ait en soi quelque bonté, de façon que la haine qui nous éloigne de quelque mal , nous éloigne par même moyen du bien auquel il est joint, et la privation de ce bien étant représentée à notre âme comme un défaut qui lui appartient excite en elle la tristesse : par exemple, la haine qui nous éloigne des mauvaises mœurs de quelqu’un , nous éloigne par même moyen de sa conversation , en laquelle nous pourrions sans cela trouver quelque bien , duquel nous sommes fâchés d’être privés. Et ainsi en toutes les autres haines on peut remarquer quelque sujet de tristesse.

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