‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 153 sur 293 · ARTICLE CL V II · texte numérisé non relu

ARTICLE CL V II

»*• De 1’qrgaeil.

Tous ceux qui conçoivent bonne opinion d’euxmèmes pour quelque autre cause, telle qu’elle puisse être , n’ont pas une vraie générosité , mais seulement un orgueil qui est toujours fort vicieux , encore qu’il le soit d’autant plus que la cause pour laquelle on s’estime est plus injuste ; et la plus injuste de toutes est lorsqu’on est orgueilleux sans aucun sujet, c’est-à-dire sans qu’on pense pour cela qu’il y ait en soi aucun mérite pour lequel on doive être pri$é , mais seulement pourcequ’on ne fait point d’état du mérite , et que , s’imaginant que la gloire n’est autre chose qu’une usurpation , l’on croit que ceux qui s’en attribuent le plus en ont le plus. Ce vice est si déraisonnable et si absurde que j’aurois de la peine à croire qu’il y eut des hommes qui s’y laissassent aller , si jamais personne n etoit loué injustement ; mais la flatterie est si commune partout, qu’il n’y a point d’homme si défectueux qu’il ne se voie souvent estimer pour des choses qui 11e méritent aucune louange , ou même qui méritent du blâme , ce qui donne occasion aux plus ignorants et aux plus stupides de tomber en cette espèce d’orgueil.

1^0 I.KS PASSIONS DE l’a-ME.

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