TROISIÈME PARTIE. l8l
lorsqu’elle dure plus qu’il ne faut, et quelle fait employer à délibérer le. temps qui est requis pour agir , elle est fort mauvaise. Or je dis qu’elle est une espèce de crainte , nonobstant qu’il puisse arriver , lorsqu’on a le choix de plusieurs choses dont la bonté paroît fort égale, qu’on demeure incertain-et irrésolu sans qu’on ait pour cela aucune crainte ; car cette sorte d’irrésolution vient seulement du sujet qui se présente, et non point d’aucune émotion des esprits ; c’est pourquoi elle n’est pas une passion, si ce n’est que la crainte qu’on a de manquer en son choix en augmente l’incertitude. Mais cette crainte est si ordÿïaire et si forte en quelques uns, que souvent, encore qu’ils n’aient point à choisir, et qu’ils ne voient qu’une seule chose à prendre ou à laisser , elle les retient et fait qu’ils s’arrêtent inutilement à en chercher d’autres; et lors c’est un excès d’irrésolution qui vient d’un trop grand désir de bien faire et d’une foiblesse de l’entendement, lequel, n’ayant point de notions claires et distinctes, en a seulement beaucoup de confuses. C’est pourquoi le remède contre cet excès est de s’accoutumer à former des jugements certains et déterminés touchant toutes les choses qui se présentent , et à croire qu’on s’acquitte toujours de son devoir lorsqu’on fait ce qu’on juge être le meilleur, encore que peut-être on juge très mal. ' -
182 LES PASSIONS dé l’ame.