TROISIÈME PARTIE
fait juger inutiles , n’avoient excité cette passion ; car, outre quelle exempte l’âme de ces peines, elle sert aussi alors pour le corps , en ce que, retardant le mouvement des esprits, elle empêche qu’on ne dissipe ses forces. Mais ordinairement elle est très nuisible, à cause quelle détourne la volonté des actions utiles ; et pourcequ’elle ne vient que de ce qu’on n’a pas assez d’espérance ou de désir, il ne faut qu’augmenter en soi ces deux passions pour la corriger.
.article” clxxvi.
De l’nsage de la peur.
Pour ce qui est de la peur ou de lepouvante, je ne vois point quelle puisse jamais être louable ni utile; aussi n’est-ce pas une passion particulière, c’Êst seulement un excès de lâcheté , d’étonnement et de crainte , lequel est toujours vicieux , ainsi que la hardiesse est un excès de courage qui est toujours bon , pourvu que la fin qu’on se propose soit bonne ; et pourceque la principale cause de la peur est la surprise, il n’y a rien de meilleur pour s’en exempter que d’user de préméditation et de se préparer à tous les événements , la crainte desquels la peut causer.
l86 LES PASSIONS DE l’aME.
* AETICLE CLXXVII.
^ Du remords.
Le remords de conscience est une espèce de tristesse qui vient du doute qu’on a qu’une chose qu’on fait ou qu’on a faite n’est pas bonne; et il présuppose nécessairement le doute : car si on étoit entièrement assuré que ce qu’on fait fût mauvais, <tn s’abstiendroit de le faire , d’autant que la volonté ne se porte qu’aux^choses qui ont quelque apparence de bouté ; et si on étoit assuré que ce qu’on a déjà fait fût mauvais, on en auroit du repentir , non pas seulement du remords. Or l’usage de cette passion est de faire qu’on examine si la chose dont on doute est bonne ou non , ou d’empècher qu’on ne la fasse une autre fois pendant qu’on n’^st pas assuré qu’elle soit bonne. Mais, pourcequ’elle présuppose le mal , le meilleur seroit qu’on, n’eût jamais sujet de la sentir; et onia peut prévenir par les mêmes moyens par lesquels on se peut exempter de l’irrésolution.