‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 186 sur 293 · ARTICLE CU.XX.VII · texte numérisé non relu

ARTICLE CU.XX.VII

Comment les plus généreux sont touchés de cette passion.

Mais néanmoins ceux qui sont les plus généreux , et qui ont l’esprit le plus fort , en sorte qu’ils ne craignent aucun mal pour eux, et se tiennent au-delà du pouvoir de la fortune , ne sont pas exempts de compassion lorsqu’ils voient l’infirmité des autres hommes, et qu’ils entendent leurs, plaintes ; car c’est une partie de la générosité que d’avoir de la bonne volonté pour un chacun. Mais la tristesse de cotte pitié n’est plus amère , et comme celle que causent les actions funestes qu’on voit représenter sur un théâtre , elle est plus dans l’extérieur et dans le sens que dans l’intérieur de l’âme, laquelle a cependant la satisfaction de penser qu’elle fait ce qui est de son devoir, en ce qu’elle compatit avec des affligés. Et il y a en cela de la différence, qu’au lieu que le vulgaire a compassion de ceux qui se plaignent, à cause qu’il pense que les maux qu’ils souffrent sont fort fâcheux , le principal objet de la pitié des plus grands hommes est la foi-

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blesse de ceux qu’ils voient se plaindre , à cause qu’ils n’estiment point qu’aucun accident qui puisse arriver soit un si grand mal qu’est la lâcheté de ceux qui ne le peuvent souffrir avec constance ; et bien qu’ils haïssent les vices , ils ne haïssent point pour cela ceux qu’ils y voient sujets, ils ont seulement pour eux de la pitié.

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