‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 189 sur 293 · ARTICLE CXC · texte numérisé non relu

ARTICLE CXC

Du repentir.

Le repentir est directement contrairè à la satisfaction de soi-même , et c’est une espèce de tristesse qui vient de ce qu’on croit avoir fait quelque mauvaise action ; et elle est très amère, pourceque sa cause ne vient que de nous : ce qui n’empêche pas néanmoins qu’elle soit fort utile lorsqu’il est vrai que l’action dont nous nous repentons est mauvaisér et que nous en avons une connoissance certaine , pourcequ’elle nous incite à mieux faire une autre fois. Mais il arrive souvent que les esprits foibles se repentent des choses qu’ils ont faites, sans savoir assurément qu’elles soient mauvaises; ils se le persuadent seulement à cause qu’ils le craignent , et s’ils avoient fait le contraire, ils s’en repentiroient en même façon : ce qui est en eux une imperfection digne de pitié ; et les remèdeS contre ce défaut sont les mêmes qui servent à ôter l'irrésolution.

LES PASSIONS DK I.AME

ARTICLE CXCIL • • ^

De la faveur.

J,a faveur est proprement un désir de voir arriyer du bien à quelqu’un pour qui on Et de la bonnevolonté ; mais je ine sers ici de ce mot pour signifier cette volonté en tant qu’elle est excitée eh nous par quelque bonne action de celui pour qui nous l’avong : car nous sommes naturellement portés à aimer ceux qui font des choses que nous estimons bonnes, encore qu’il ne nous en revienne aucunbien. La faveur, en cette signification, estune espèce d’amour, non point; de désir, encore que le

désir de voir du bien à celui qu’on favorise l’accompagne toujours ; et elle est ordinairement jointe à la pitié, à cause que les disgrâces que pous voyous arriver aux malheureux sont cause que nous, faisons plus de réflexion sur leurs mérites.

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