TROISIÈME PARTIE
devons souvent suivre ses opinions plutôt que les nôtres , touchant l’extérieur de nos actions.
ARTICLE CCVII.
, De l’impndence. y
L’impudence ou l'effronterie , qui est un mépris de honte et souvent aussi de gloire , n!est pas une passion , pourcequ’il n’y a en nous aucun mouvement particulier des esprits qui l’excite : mais c’est^ un vice opposé à la honte , et aussi à la gloire , en tant que l’une et l’autre sont bonnes, ainsi que l’ingratitude est opposée à la reconnoissance , et la cruauté à la pitié. Et la principale cause de l’effronterie vient de ce qu’on a reçu plusieurs fois de grands affronts ; car il n’y a personne qui ne s’imagine, étant jeune, que la louange est un bien , et l’infamie un mal beaucoup plus important à la vie qu’on ne trouve par expérience qu’ils sont, lorsqu’ayant reçu quelques affronts signalés, on se voit entièrement privé d’honneur , et méprisé par un chacun . C’est pourquoi ceux-là deviennent effrontés , qui, ne mesurant le bien et le mal que par les commodités du corps , voyant qu’ils en jouissent après ces affronts tout aussi bien qu’auparavant , ou même quelquefois beaucoup mieux, à cause qu’ils sont déchargés de plusieurs contraintes auxquelles l’honneur les obligeoit; et que si la perte des
2o8 les passions de l’ame.
biens est jointe à leur disgrâce, il se trouve des
personnes charitables qui leur donnent.