‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 41 sur 293 · ARTICLE XXXIII · texte numérisé non relu

ARTICLE XXXIII

Que le siège des passions n'est pas dans le cœur.

Pour l’opinion de ceux qui pensent que l’âme reçoit ses passions dans le cœur, elle n’est aucunement considérable , car elle n’est fondée que sur ce que les passions y font sentir qüelque altération ; et il est aisé à remarquer que cette altération n’est sentie , comme dans le cœur , que par l’entremise d’un petit nerf qui descend du cerveau vers lui, ainsi que la douleur est sentie comme dans le pied par l’entremise des nerfs du pied, et les astres sont aperçus comme dans le ciel par l’entremise de leur lumière et des nerfs optiques : en sorte qu’il n’est pas plus nécessaire que notre * âme exerce immédiatement ses fonctions dans te cœur pour y sentir ses passions, qu’il est né- 4- 5

(}6 { LES PASSIONS DE LAME

cessaire qu’elle soit dans le ciel pour j \oir les astres. •*

ARTICLfe XXXIV.

Comme l’âme et le corps agissent l’an contre 1 antre. ^

Concevons donc ici que l’àme a son siège principal dans la petite glande qui est au milieu du cerveau , d’où elle rayonne en tout le reste du corps par l’entremise des esprits, des nerfs et même du sang, qui , participant aux impressions des esprits, les peut portet* par les artères en tous les membres; et nous souvenant de ce qui a été dit ci-dessus de la machine de notre corps, à savoir que les petits filets de nos nerfs sont tellement distribués en toutes ses parties , qu a l’occasion des divers mouvements qui y sont excités par les objets sensibles, ils ouvrent diversement les pores du cerveau, ce (pii fait que les esprits animaux contenus en ces cavités entrent diversement dans les muscles , au moyen de quoi ils peuvent mouvoir les membres en toutes les diverses façons qu’ils sont capables d’être mus, et aussi que toutes les autres causes qui peuvent diversement mouvoir les esprits suffisent pour les conduire en divers muscles, ajoutons ici que la petite glande qui est le principal siège de

'l’âme est tellement suspendue entre les cavités qui

contiennent ces esprits, quelle peut être mue par eux en autant de diverses facçms qu’il y a de di-

versités sensibles dans les objets ; mais qu’elle peut aussi être diversement mue par l’âme , laquelle est de telle nature quelle reçoit autant de diverses impressions en elle , c’est-à-dire qu’elle a autant de diverses perceptions qu’il arrive de divers mouvements en cette glande ; comme aussi réciproquement la machine du corps est tellement composée que de cela seul que cette glande est diversement mue par l’âme ou par telle autre cause que ce puisse être , elle pousse les esprits qui l’environnent vers les pores du cerveau, qui les conduisent par les nerfs dans les muscles , au moyen de quoi elle leur fait mouvoir les membres.

A R TI Cl E XXXV.

Exemple de la façon que les Impressions des objets s’unissent en la glande qui est au milieu du cerveau.

Ainsi , par Exemple, si nous voyons quelque animal venir vers nous , la lumière réfléchie de son corps en peint deux images, une en chacun de nos yeux, et ces deux images en forment deux autres , par l’entremise des nerfs optiques, dans la superficie intérieure du cerveau qui regarde ses cavités ; puis delà, par l’entremise des esprits dont ses cavités sont remplies , ces images rayonnent eu telle sorte vers la petite glande que ces esprits environnent, que le mouvement qui compose chaque pbint de

(Jg LFS passions de l’ame.

l’une des images tend vers le même point de la glande vers lequel tend le mouvement qui forme le point de l’autre image, laquelle représente la même partie de cet animal; au moyen de quoi les deux images qui sont dans le cerveau n’en composent qu’une seule sur la glande, qui, agissant immédiatement contre lame , lui fait voir la figure de cet animal.

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