ARTICLE XC$Î
Quels sont les mouvements du sang et des esprits qui causent les cinq passions précédentes.
Les cinq passiSiA que j’ai ici commencé à expliquer sont tellement jointes ou opposées les unes aux autres , qu’il est plus aisé de les considérer . toutes ensemble que de traiter séparément de chacune, ainsi qu’il a été traité de l’admiration; et leur cause n’est pas comme la sienne dans le> cerveau seul, mais aussi dans le cœur, dans la rate, dans le foie, et dans toutes les autres parties du corps , en tant qu’elles servent à la production du sang, et ensuite des esprits : car, encore que toutes les veines conduisent le sang qu’elles contiennent vers le cœur, il arrive néanmoins quelquefois que celui de quelques unes y est poussé avec plus de force que celui des autres ; il arrive aussi que les ouvertures par où il entre dans le cœur , ou bien celles par où il en sort, sont plus élargies ou plus resserrées une fois que l’autre.
LES PASSIONS DK LAME
ARTICLE XCVIL
Les principales expériences qui servent à connoitre ces mouvements • en l’amour.
Or, en considérant les diverses altérations que l’expérience fait voir de notre corps pendant que notre âme est agitée de diverses passions, je remarque en l’amour quand elle est seule, c’est-àdire quand elle n’est accompagnée d’aucune forte joie , ou, désir, ou tristesse , que le battement du pouls est égal, et beaucoup plus ^rand et plus fort que de coutume, qu’on sent^ne douçe chaleur < dans la poitrine , et que la digestion des viandes se fait fort promptement dans l’estomac; en sorte que cette passion est utile pour la santé.