‹ Œuvres de Descartes (volume 3)Chapitre 27 sur 62 · IV. « Page 122, vous dites , etc · texte numérisé non relu

IV. « Page 122, vous dites , etc

Réponse.' Ici vous m’objectez deux choses : la première , que si la lumière n’est qu’une action ou inclination à se mouvoir, elle n’est donc pas un

mouvement; mais je voudrois vous prier de m’apprendre en quel endroit j’ai dit qu’elle fût un mouvement , sans y ajouter au même lieu ou une action. Car je ne crois pas qu’il s’en trouve aucun en mes

écrits , principalement quand j’ai parlé de la lumière qui est .dans les corps transparents, à laquelle les philosophes attribuent le nom de lumen en latin , pour la distinguer de celle qui est dans les corps lumineux, laquelle ils nomment lucem. Or, d’avoir dit généralement en plusieurs endroits qu’elle est un mouvement ou une action , et en un autre d’avoir dit qu’elle n’est qu’une action , ce ne sdnt point deux choses qui se contredisent. Outre qu’il faut remarquer que la signification du mot action est générale , et comprend non seulement la puissance ou l’inclination à se mouvoir , mais aussi le mouvement même. Gomme lorsqifon dit de quelqu un qu’il est toujours en action, cela veut dire qûil se remue toujours; et c’est ainsi que je le prends en cet endroit-là, où 'il n’a point pour cela d’ambiguïté, car j’y avertis qu’il se faut souvenir de la façon dont j’ai auparavant expliqué la

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lumière : ce qui montre assez que , par les mots dont je me sers , je veux entendre le même que par ceux que j’ai mis aux autres lieux. La seconde chose que vous m’objectez ici , à savoir que si l’action est de la matière subtile, elle n’est donc pas des corps lumineux, n’est fondée que sur unq équivoque touchant le mot de lumière: car j’avoue bien que de l’action de la matière subtile , qui est lumen , n’est pas celle des corps lumineux, qui est lux ; mais je n’avoue pas pour cela que j’aie parlé ambigument, car j’ai parfont très soigneusement distingué l’une de l’autre.

« Y. Voire même, page 256 , etc.»

Répowse. Ici vqus rétrécissez merveilleusement la signification du mot comme , afin de me faire trouver court d’un point , et vous voulez quiil ne serve qu’à joindre les termes d’une comparaison qui est entre des choses différentes. Mais si cela étoit vrai , lorsqu’on dit qu’un tel a fait cela comme savant, ce seroit à* dire qu’il n’est pas savant , et quand on dit qu’il tient tel rang dans les États ,‘

non comme comte d’un tel lieu , mais comme ba-

ron d’un tel, ce seroit à dire qu’il n’est ni comte ni baron. Et je ne sache en notre langue aucun mot que celui de comme , dont j’eusse pu user en l’endroit que vous citez , page 256 , pour signifier l’identité, ou pour joindre prœdicatum cum subjecto ( j’use ici librement des termes de l’école , afin que

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vous ne jugiez pas que je les méprise); mais vous n’avez pas cité tout le passage, qui est tel : et concevant la nature de laiumiere telle que je 1‘ ai décrite en la Dioptrique , à savoir comme l’action ou te mouvement , etc. , ce qui signifie en bon français, ce me semble, qu'il faut concevoir que là lumière est l’action ou le mouvement et non quasi T action, etc.

-* « VI. Page 5o de la Dioptrique , parlant , etc. » . Réponse. La lumière , c’est-à-dire lux , est un mouvement ou une actidn dans les corps lumineux, et elle .tend à causer quelque mouvement dans les corps transparents, à savoir lumen ; donc lux est première que lumen : concedo totum. Mais quand vous ajoutez, et par conséquent la lumière ne sera pas le mouvement , encore que je ne dise point absolument qu’elle est le mouvement , toutefois nego consequentiam ; car un mouvement peutbien être causé par un autre , et il n’y a rien de plus ordinaire en la nature. *

« VII. Finalement , page 5, etc. »

Réponse. J’admire que vous alléguiez les pages 4 et 5 afin- de prouver que le mouvement des corps lumineux ne peut passer jusques à nos yeux, qu’il n’y passe quelque chose de matériel qui sorte de ce$ corps , car je ne fais en ces deux pages qu’expliquer la comparaison d’un aveugle, laquelle j’ai principalement apportée pour faire voir en

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quellç sorte le mouvement peut passer sans le mu- * bile; et je ne crois pas que vous pensiez , lorsque cet aveugle touche son chien de son bâton , qù’il faille que ce chien passe tout le long de son bâton jusqu’à sa main afin qu’il en sente les mouvements. Mais, afin que je vous réponde in forma , quand vous dites que le mouvement n’est jamais sans le mobile, distinguo; car il ne peut véritablement être sans quelque corps : mais il peut bien être transmis d’un corps en un autre , et ainsi passer des corps lumineux vers nos yeux, par l’entremise d’un tiers, à savoir, comme je dis en la page 4, par l’entremise de l’air et des autres corps transparents, ou , comme j’explique plus distinctement en la page 6, par l’entremise d’une matière fort subtile , qui remplit les pores de ces corps et s’étend sans interruption depuis les astres jusques à nous.

Au reste, j’ai ici à vous avertir que vous m’attribuez souvent des opinions auxquelles je n’ai jamais pensé , comme lorsque vous dites que les couleurs et la lumière ne sont selon moi qu’une ’ même nature, *et que le mobile qui est dans les corps lumineux n’est autre selon moi que la matière subtile , et par-ci et par-là en d’autres endroits , que je laisse couler sans rien dire , afin de ne vous pas interrompre.

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