SUR I.A SIXIÈME MÉDITATION
' « Car je reconnois maintenant qu’il y a entre »rnne et l’autre (savoir entre la veille et le som- »meil)une très notable différence, en ce que » notre mémoire ne peut jamais lier et joindre nos Rsonees les uns aux autres et avec toute la suite »de notre vie, ainsi qu’elle a de coutume de join- »dre les choses qui nous arrivent étant éveillés. » Je demande si c’est une chose certaine qu’une personne , songeant qu’elle doute si elle songe ou non , ne puisse songer que son songe est joint
• Voyez Méditaliou vt , page 349*
OBJECTIONS ET RÉPONSES. 5oô
et lié avec les idées d’une lon^çue suite de choses passées. Si elle le peut, les choses qui semblent ainsi à celui qui dort être les actions de sa vie passée peuvent être tenues pour vraies, tout de même que s’il étoit éveillé. De plus , d’autant, comme il dit luimême , que toute la certitude de la science et toute sa vérité dépend de la seule connoissance du vrai Dieu , ou bien un athée ne peut pas reconnoître • qu’il veille par la mémoire des actions de sa vie ' passée, ou bien une personne peut savoir qu’elle veille sans la connoissance du vrai Dieu.
RÉPONSE
Celui qui dort et songe ne peut pas joindre et assembler parfaitement et avec vérité scs rêveries avec les idées des choses passées, encore qu’il puisse songer qu’il les assemble. Car qui est -ce qui nie que celui qui dort se puisse tromper? Mais après, étant éveillé, il connoîtra facilement son erreur.
Et un athée peut reconnoître qu’il veille par la mémoire des actions de sa vie passée; mais il ne peut pas savoir que ce signe est suffisant pour le rendre certain qu’il ne se trompe point, s’il ne sait qu’il a été créé de Dieu , et que Dieu ne peut être trompeur.