‹ Œuvres de Descartes (volume 4)Chapitre 9 sur 62 · Ô2)0GE · texte numérisé non relu

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Descartes fut attaqué le ^Myrier i65o de la maladie dont il mourut. 11 n’y a voit pas j^us de quatre mois qu’il étoit à Stockholm. Il y a grande apparence que sa maladie vint de la rigueur du froid, et du changement qu’il ht à son régime , pour se trouver tous les jours au palais à cinq heures du matin. Ainsi il fut la victime de sa complaisance pour la reine'; mais il n’en cutpointdu tout pour les médecins suédois, qui vouloient le saigner. « Messieurs, leur ciToit-il dans l’ardeur de la fièvre, épargnez le sang français.» Il se laissa saigner au bout de huit jours, mais il n’étoit plus temps ; l’inflammation étoit trop forte. 11 eut du moins, pendant sa maladie, la consolation de voir le

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leudre intdrét qu’on prenoit à sh santé. La rci(ie envoyait savoir deux fois par jour de ses nouvelles. M. et madame de Chanut lui prodiguoient les soins les plus tendres et les plus officieux, Madame de-Chanut ne le quitta point depuis sa maladie. EUle dtoit présente à tout. Elle le servoit elle-même pendant le jour; elle le soignoit durant les nuits. M. de Chanut, qui venoit «l’être malade, et encore à peine convalescent, se traînoit souvent dans sa chambre, pour voir, pour consoler et pour soutenir .son ami... Descartes mourant serroit par reconnoissance les mains qui le servaient ; mais ses forces s'épuisoient par degre's, et ne pouvoient plus suffire au sentiment. Le soir du neuvième jour, il eut une défaillance. Revenu un moment après, il sentit qu’il fallait mourir. On courut cliezM. de Chanut; il vint pour recueillir le dernier soupir et les dernières paroles d’un ami : mais il ne parloit plus. On le vit seulement lever les yeux au ciel , comme un homme qui imploroit Dieu pc'ur la dernière fois. En effet, il mourut la même nuit , le 1 1 février, à quatre heures du matin, âgé de prés de cinquante-quatre ans. M. de Chanut , accablé de douleur , envoya aussitôt sou secrétaire au palais, ]>our avertir la reine à son lever que Descartes étoit mort. Christine en l’appreuant versa des larmes. Elle voulut le làire enterrer auprès des rois, et lui élever un mausolée. Des Vues de religion s’opposèrent à ce dessein, M. de Chanut demanda et obtint qu’il Alt ent^K .avec simplicité dans un cimetière, parmi les catholiques, ’^^rêtre, quelques flambeaux, et quatre personnes de marque qui étoient aux quatre coins du cercueil, voilà quelle fut la pompe funèbre de Descartes. M. de Chanut, pour honorer la mémoire de son ami et d’un grand homme, fit élever sur son tombeau uuepyramidecarrée, avec des inscriptions. La Hollande, où il avoit été persécuté de son vivant, fit frapper en son honneur une médaille, dès qu’il fut mort. Seize ans après , c'est-à-dire en 1666 , son corps fut transporté en France. On coucha sos ossements sur les ceudres qui restoiont , et ou les enferma dans un cercueil de cuivre. C’est ainsi qu’ils arrivèrent à Paris, où on les déposi»

SUR l’kLOGE de DESCA.RTES. I 1^

dans l’cylisc (le Saiiile-Geucvièvpï Le a4 *667» on lui fit un sé^ice sole’nnci avec la plus gratac^c magnificence. On devoit après le sèrvicc prononcer son oraispn funèbre; mais il vint un ordre ^%Xprès de la cour , qui défendit qu’on la prononçât. On SC contenta de lui dresser un monument de marbre très simple, contre la muraille, au-dessus de son tombeau, avec une épitaphe au bas de son buste. Il y a deux inscriptions , l’une latine en style lapidaire, et l’autre en vers français. Voilà les honneurs qui lui furent rendus alors. Mais pour que son éloge fût prononcé, il a fallu qu’il se soit écoulé près de cent ans, et que cet éloge d’un grand homme ait été ordonné par une compagnie de gens de lettres.

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