‹ Œuvres de Dugald StewartChapitre 27 sur 58 · II. Du désir de société · texte numérisé non relu

II. Du désir de société

122. Indépendamment des affections bienveillantes qui nous intéressent au bonheur des autres , et abstraction faite des avantages qui résultent pour nous de l'union sociale , nous sommes entraînés par un désir naturel et instinctif à nous rapprocher de nos semblables : co principe , qu'il est facile de discerner dans les enfants , nous est commun avec plusieurs espèces d'animaux.

123. Il est vrai qu'après avoir joui des agréments de la vie sociale, l'influence de l'habitude et la connaissance des avantages qui en dérivent fortifient beaucoup ce désir instinctif: aussi quelques auteurs ont-il mis en question sou existence. Mais quelque opinion qu'on adopte sur cette question spéculative, le désir de société aura toujours droit à prendre place parmi les principes naturels et universels de notre constitution.

12A.Leseffels delà solitude sur l'homme montrent avec quelle puissance ce principe agit en lui. Nous nous sentons dans un état qui n'est point naturel , et nous tâchons de combler le vide que nous éprouvons , tantôt en prenant pour compagnons les animaux les plus vils , tantôt en nous attachant à des objets inanimés.

ESQUISSES

125. Le rapport qui existe entre le désir de société et le désir de connaissance est très-remarquable. Toujours ce dernier principe est accompagné du besoin de faire partager aux autres le résultat de nos recherches , au point qu'on a mis en doute si la curiosité seule pourrait engager et soutenir dans un long travail l'homme qui aurait perdu toute espérance de vivre avec ses semblables. Ainsi se trouve assurée entre les hommes la communication de leurs découvertes respectives.

Du désir d'estime.

126. Ce principe se manifeste de bonne heure chez les enfants : long-temps avant qu'ils aient pu réfléchir aux avantages de la bonne opinion des autres , et même avant qu'ils aient acquis l'usage de la parole on les voit sensiblement mortifies par la moindre marque de négligence ou de mépris. Le désir d'estime semble donc être un principe primitif de notre nature, ou, en d'autres termes, un de ces principes qui ne peuvent se résoudre ni dans la raison, ni dans l'expérience , ni dans aucun autre fait plus général qu'eux. La puissante influence qu'il exerce sur l'ame vient à l'appui de cette induction : influence si énergique , qu'aucun autre principe actif ne peut la balancer. Même l'amour de la vie cède tous les jours au désir de l'estime , et d'une estime qui, ne s'attachant qu'à notre mémoire , ne

peut exciter en nous aucune considération intéressée . Il est difficile de concevoir comment l'association des idées pourrait former par-delà les principes de notre constitution un principe secondaire plus fort qu'eux lous sans exception.

127. De même que la faim et la soif, sans être intéressées, sont cependant immédiatement utiles à notre conservation , de même le désir d'estime , sans être un principe social ou bienveillant, contribue cependant d'une manière directe au bonheur de la société.

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