Lorsque le ressenLiment animal ne s'apaise
point immédiatement, c'est que nous sommes convaincus de la mauvaise intention de la personne qui en est l'objet. Si donc cette persévérance de ressentiment se renouvelle assez fréquemment dans un individu pour devenir un trait de son caractère, on peut en conclure qu'il a du penchant à interpréter défavorablement les actions d' autrui. 11 est des cas où cette disposition provient d'une conviction établie de la dépravation humaine ; mais en général , elle prend sa source dans un mécontentement do nousmêmes , ne de la conscience de nos propres vices et de notre propre folie. Et c'estee mécontentement qui pousse la personne qui l'éprouve « »e distraire d'cllomême, et à rejeter sur. lés fautes imaginaires dés autres les motifs de sa mauvaise humeur. ■ •■
410. Rien n'est plus propre à guérir cette maladie de l'ame que la culture de cette bonne foi dans l'appréciation des motifs d'autruï , qui s'acquiert par la considération habituelle de, notre propre faiblesse et des circonstances sans nombre qui peuvent donner à la conduite humaine l'apparence du mee, indépendamment de toute intention criminelle.
420. Un autre remède qui n'est pas à dédaigner, c'est de supprimer autant que possible les signes extérieurs de mauvaise humeur et de violence. C'est un moyen d'adoucir graduellement l'irascibilité de l'ame, et dese rendre ainsi ,non-scnIement plus agréa hle aux autres , mais encore moins insupportable à soi-même. La dépendance est si étroite entre l'ame
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et te corps, qu'il suffit d'imiter l'expression d'une passion forte pour l'exciter en soi à quelque degré, et que d'une autre part, la suppression des signes extérieurs tend à calmer la passion qu'ils indiquent.
421. L'influence du caractère sur le bonheur est considérablement augmentée par une autre circonstance ; les mêmes causes qui éloignent nos cœurs 'de nos semblables nous disposent à prendre de fâcheuses idées sur le cours des affaires humaines , et par uno rapide transition, nous conduisent à nn scepticisme désespérant.
422. De même que dans ce cas le caractère influe sur les opinions, de même les idées que nous nous formons sur l'administration du monde et particulièrement sur la condition et la destinée de l'homme influent sur le caractère. La croyance à un Dieu souverainement bon et parfaitement sage introduit dans notre cœur une douce satisfaction. A la pensée que l'ordre et le bonheur prévalent en ce monde , nous sentons s'apaiser en nous la discorde des passions. Ainsi se calme notre ame quand au fond de quelque retraite cachée et tranquille nous contemplons la sérénité paisible d'une soirée d'été.
Influence de l'imagination sur le bonheur.
428. Une éducation libérale nous accoutume à détourner notre attention des perceptions présentes pour la porter à notre gré sur les objets absents, passés
ou futurs ; c'est là un de ses principaux effets. On voit, du premier coup , combien cette habitude élargit le cercle de nos plaisirs et de nos peines; car , sans parler des souvenirs du passé, toute cette portion de bonheur et de misère qui résulte de nos espérances et de nos craintes , doit entièrement son existence à l'imagination.
■424. Il est vrai que chez quelques personnes l'imagination , n'ayant d'autre objet que la prévision ou le souvenir des impressions sensuelles , n'engendre ni beaucoup de peines ni beaucoup de plaisirs.
-42a. Mais chez d'autres , c'est une source de vives amertumes , quand l'amc a été de bonne heure abattue par le scepticisme ou alarmée par les terreurs de la superstition.
426. A ceux dont l'éducation a été bien dirigée , l'imagination ouvre une source inépuisable de jouissances , offrant sans cesse à leur pensée , les plus nobles images de l'humanité, les plus consolantes idées de la providence, et dorant, sous les sombres nuages de la mauvaise fortune , la perspective de l'avenir.
427. La vivacité des peintures qu'enfante l'imagination dépend probablement en partie de la constitution originelle, mais beaucoup plus du soin qu'on a pris de cultiver celte faculté dès l'enfance. La nature gaie ou triste de ces peintures dépend presqu'entièrement des associations que nos premières habitudes nous ont conduits à former.
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428. Même sur les hommes dont l'imagination n'a reçn que peu ou point de culture, l'association garde un grand pouvoir ; elle est toujours ponr quelque chose dans l'appréciation qu'ils font de la valeur des objets externes. L'empire qu'exerce l'éducation sur cette partie de notre constitution lui donne une immense influence sur notre bonheur
(s- oo). ; ; . ..
429. L'ame garde profondément l'empreinte des premières impressions. Pour les effacer, le raisonnement ne suffit pas. Il y a plus de ressources dans les associations contraires qu'un autre genre d'étude et d'occupation, un changement de heu, d'habitudes et de société , peuvent amener.
Influence des opinions sur le bonlteur.
■430. Par opinion nous n'entendons pas seulement ici les résultats spéculatifs auxquels nous avons donné notre assentiment , mais les croyances qui ont pris racine dans l'ame et qui exercent sur notre conduite une influence habituelle.
431. Une très-grande et très-importante partie de ces opinions nous viennent de l'éducation et se rattachent à nos premières habitudes intellectuelles, ou s'introduisent en nous avec les mœurs et les usages de notre époque.
432. Les efforts et la persévérance d'une ame réfléchie et vigoureuse peuvent souvent corriger jus-
qu'à un certain point ce qu'il y a de faux dans de pareilles opinions. Mais comme ces ames capables de réflexion sont comparativement peu nombreuses, c'est un devoir pour tous ceux qui ont éprouve l'heureux effet de principes plus justes et plus élevés , de faire autant qu'ils le peuvent partager aux autres le même bienfait. Le sujet est trop vaste pour que nous en traitions dans un ouvrage dont le plan exclut tout développement; mais le lecteur lé trouvera discuté d'une manière étendue dans une longue section dos Principes de Science morale et politique de Fergusson.
Influence des habitudes sur le bonheur.
■433- Nous avons déjà fait remarquer jusqu'à quel point l'habitude sait nous réconcilier avec les inconvénients de notre situation (§. 814), et cette observation nous a fourni l'occasion de faire ressortir la bonté de Dieu , qui , non content d'avoir mis à la disposition des principes de notre nature, une foule d'objets qui leur sont appropriés , nous a doués d'une flexibilité assez grande pour nous accommoder aux circonstances mêmes qui répugnent le plus à ces principes.
434. Toutefois, cette tendance do notre ame à s'attacher aux objets avec lesquels elle a des rapports familiers, peut , dans, quelques cas, devenir pour elle une source de contrariétés fâcheuses , et même
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la rendre insensible aux plus douces jouissances de la vie. Les habitudes de l'enfance et de l'adolescence l'emportent tellement en ténacité sur celles d'un âge plus avancé , qu'on a dit avec raison qu'elles étaient pour nous une seconde natnre. Si par malheur donc les circonstances parmi lesquelles elles sont nées , ne dépendent point de nous, elles laissent notre bonheur sans garantie et nous livrent au caprice de la fortune.
435. La meilleure manière d'assurer pour l'avenir le bonheur des enfants , c'est de les accoutumer à des occupations et à des plaisirs qui ne puissent jamais se dérober à leur pouvoir , et que tout individu puisse dans tous les temps se procurer. Grâce au ciel, ce sont précisément les travaux et les plaisirs de cette espèce qui nous donnent les jouissances les plus substantielles et les plus vraies , et si l'éducation secondait judicieusement sous ce rapport les indications de la nature , ces travaux et ces plaisirs simples s'approprieraient facilement tous les charmes factices que les vanités du monde empruntent et ne doivent qu'à l'association.
436. Le choix d'un but d'activité dépend toujours de nous dans le principe. Il est de la dernière importance que dans nos délibérations à cet égard nous ne perdions point de vue l'influence de l'habitude sur le bonheur des hommes, et que nos plans ne se ressentent point de ces engouements et de ces préjugés qui égarent si souvent l'intelligence dans la.
DE PHILOSOPHIE MOBALE. 317
conduite do la vie. « Choisis , dit Pythagore , le plan « de conduite le meilleur, et l'habitude te le rendra « bientôt le plus agréable. »
437. Les remarques précédentes ont pour objet ce qui est essentiel pour être heureux, c'est-à-dire , les circonstances constitutives de cet état de l'ame hors duquel on ne peut goûter aucune autre jouis sance.
438. Cette base supposée , chaque individu sera d'autant plus heureux qu'il pourra mieux se procurer et retenir à sa disposition tous les différents plaisirs qui appartiennent à notre nature.
439. Ce3 plaisirs peuvent être rapportés aux chefs suivants :
1" Plaisirs de l'activité et du repos ;
2° Plaisirs des sens ;
3" Plaisirs de l'imagination;
4" Plaisirs intellectuels ;
B° Plaisirs du cœur.
4-40. Un examen comparatif de ces différentes classes de plaisirs est le complément indispensable des recherches concernant le bonheur. Cela est vrai, même dans les principes du stoïcisme; car c'est lo seul moyen de constater la valeur relative des différents objets que nous pouvons préférer ou rejeter.
■441. Toutefois, un pareil examen nous jetterait dans des détails incompatibles avec le plan et étran-
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gers au dessein de ces Esquisses. Ceux qui voudront s'y livrer verront s'ouvrir devant eux un champ de spéculations aussi curieuses qu'utiles et beaucoup moins épuisées par les moralistes qu'on ne pourrait le croire d'après leur importance.
442. Tout ce qui précède nous conduit à cette conclusion pratique, que le plan le plus sage à suivre dans la recherche du bonheur, n'est pas seulement compatible avec une stricte observation des règles de la moralité, mais se trouve en grande partie compris dans ces règles ; en sorte que le bonheur de notre nature aussi bien que sa perfection consistent à faire notre devoir en nous inquiétant aussi peu de l'événement que la faiblesse humaine nous le permet.
443. Avant d'abandonner ce sujet il peut être utile d'observer encore une fois {§. 172) (3) que nonobstant les heureuses conséquences d'une vie vertueuse, le principe du devoir et le désir du bonheur sont radicalement distincts. La paix de l'ame, qui est la récompense immédiate des bonnes actions , çlle sentiment de mérite qui les accompagne, former^ sans doute indépendamment do l'expérience, une forte présomption en faveur de la connexion du bonheur et de la vertu ; mais les faits qui , dans la vie humaine , justifient cette conclusion, ne sont pointévidents aux spectateurs ordinaires , et les philosophes de tous les âges, ne se seraient point si unanimement accordés à l'adopter s'ils n'y avaient été
conduits par une voie plus courte et plus directe que l'examen des conséquences éloignées du vice et de la vertu.
444. On peut ajouter que si dans l'homme de bien ce désir du bonheur était le principe d'action unique ou même dominant ; ce principe ne pourrait guère manquer de lui ravir ce qu'il cherche , en remplissant son anie de conjectures inquiétantes sur l'avenir, et de calculs embarrassants sur les diverses chances de bien et de mal. L'homme au contraire dont le sentiment du devoir est le principe régulateur 1 se conduit dans les affaires de la vie , avec hardiesse, conséquence et dignité, et trouve sans le chercher ce bonheur qui trompe si souvent la poursuite de ceux qui mettent à l'atteindre toutes les facultés de leur esprit.
SECTION IV
dis théories Elevées sub l'objet de l'approbatiob