‹ Œuvres de Dugald StewartChapitre 54 sur 58 · Nos raisonnements ont dû montrer qu'au · texte numérisé non relu

Nos raisonnements ont dû montrer qu'au

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cnne de ces théories ne s'accorde avec les faits. Cependant , l'harmonie qui existe entre nos honnes dispositions de quelque espèce qu'elles soient, et leur coïncidence générale à nous conseiller une même manière de vivre donnent à tontes ces théories, lorsqu'elles sont habilement défendues , un certain degré de plausibilitc.

447. L'esprit systématique qui leur a donné naissance, tien que fécond en erreurs, n'a pas été sans utilité, puisqu'il a attiré l'attention d'hommes ingénieux sur la plus importante de toutes les études : la fin et la destination de la vie humaine. En même temps la facilité aveu laquelle on peut également tirer de principes très-distincts une si grande variété de conséquences , démontre bien évidemment qu'il 7 a dans le monde moral une unité et un enchaînement tout aussi facile à discerner que dans le monde physique.

SECTION V

de la Dirmrnon génehale de la vertu.

-448. Tous les différents devoirs que nous avons considérés ont une qualité commune, celle à'étre obligatoires pour les agens raisonnables et libres , cl tous sont imposés par la même autorité , celle de la conscience. Ces devoirs ne sont donc que les dif-

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férents articles d'une même loi dont la dénomination propre est le mot vertu.

■449. Le même mot { comme nous te montrerons plus particulièrement dans la section suivante) s'emploie pour exprimer l'excellence morale d'un caractère. Bans cette acception, il semble désigner une habitude constante de l'ame distincte des bonnes dispositions qui n'agissent qu'accidentellement. Nous avons dit plus haut (§. 161 ) que les dénominations de voluptueux, d'ambitieux , etc. , par lesquelles on spécifie la nature de certains caractères dérivent des principes particuliers d'action qui prévalent dans la conduite. On peut donc à juste titre nommer vertueux l'homme dont le principe régulateur habituel est le sentiment du devoir ou la considération de ce qui est bien. C'est sous ce point de vue que les anciens pythagoriciens définissaient la vertu if« m* Smtts t de toutes les définitions de la vertu la plus ancienne , et peut-être , de toutes celles qui ont été proposées , la plus complète.

4o0. Ces observations donnent l'explication d'une maxime d'Aristolc , qui parait paradoxale au premier coup d'œil ; il dit dans saMoralc que là où il y a sacrifice, il n'y a pas de vertu ; et voici, selon nous, comment on doit l'entendre. Sans doute le mérite des actions pai'lieulièivs s'accroît par le sacrifice de soi-même qui les accompagne ; là-dessus il n'y a point de contestation ; mais il n'y a d'effort dans le sacrifice que tant que nous eu sommes en- Dugald Stewart. — Tome I. 2 1

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core à l'apprentissage du devoir : car il en est du renoncement à soi-niome comme de toute autre chose , l'habitude le rend plus facile. Si donc on désigne par le mot de vertu cette habitude de l'aine à laquelle tout homme de bien doit aspirer , il faudra dire qu'à mesure que nous approchons de la vertu, le sacrifice do nous -même diminue, et qu'il cesse entièrement dès que le but est complètement atteint.

SECTION VI

DC DOUBLE USAGE QDE l'oîI-EAlT DES MOTS JC5TE ET INJCSTE , VICE ET VBHTB,

451. On applique quelquefois aux actions et quelquefois aux intentions de l'agent les épithètes de juste et d'injuste , de vertueux et de vicieux. L'usage des mots correspondants dans les autres langues présente la inème confusion.

452. La distinction établie par quelques moralistes entre la moralité absolue et la moralité relative a eu pour objet de remédier à la confusion que ce double emploi des termes tend à produire ; et cette distinction est d'une assez grande importance pour mériter quelque explication dans un système de morale.

453. On peut dire d'une action qu'elle est absolument bonne , quand elle est ce qu'exigeaient qu'elle fût les circonstances dans lesquelles l'agent se trouve

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placé ; en d'autres termes , quand elle est telle qu'il l'aurait pu faire avec de bonnes intentions et une intelligence éclairée.

■Soi. On peut dire d'une action qu'elle est relativement bonne , lorsque les intentions de l'agent ont été sincèrement droites , soit que l'action en ellemême s'accorde ou ne s'accorde pas avec ce qu'exigeaient vraiment les circonstances.

■455. D'après ces définitions, une action peut être bonne dans un sens et mauvaise dans l'autre : ambiguïté à laquelle les moralistes n'ont pas fait assez attention, quoiqu'elle revienne asseï souvent pour être remarquée.

C'est la boulé relative, d'une action qui détermine le mérite de l'agent ; mais c'est sa bonté absolue qui détermine l'utilité dont elle peut être , et pour l'agent lui-même, et pour la société. Onnepeut dire de l'utilité qu'elle est une qualité de la vertu , que quand la bonté absolue coïncide avec la bonté relative.

457. Quand on a le désir sincère d'accomplir les règles du devoir , on met en usage tous les moyens qu'on possède et tout le discernement dont on est doué , pour rendre sa conduite conforme aux lois de la moralité absolue. L'homme qui ne le fait pas est coupable de négligence. Mais , dans tous les cas , notre devoir est de faire ce qui nous parait bien dans la circonstance présente: et si , en suivant ce principe, nous venons à encourir quelque blâme , ce ne

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sera pas pour avoir agi conformément à un jugement

erroné, mais pour avoir probablement négligé d'employer les moyens que noua possédions pour prévenir les erreurs dont notre jugement est susceptible.

■toit. Il suit aussi de ecs principes qu'une action a beau être matériellement lionne , l'agent n'en a pas pour cela le mérite , s'il ne l'a faile avec la volonté d'accomplir un devoir. L'approbation morale ne tombe que sur les actions que cette intention accom-

plie.

SECTION VII

DU FOSCTTOSS ET TIE l'eUFLOI DE I.* BA1SOS D*K5 IA

pRiiTiifiiE nr DEVOIB.

■559. Nous venons de faire observer qu'un sentiment profond du devoir, tont en nous portant à développer avec soin nos bonnes dispositions , doit aussi nous engager à mettre tout en usage pour donner a notre conduite extérieure une exacte régularité. Voici les cas principaux où nous devons , dans ce but, faire usage de notre raison :

1- Lorsque nous avons lieu de soupçonner que nos jugements et nos sentiments moraux ont été corrompus et pervertis par l'éducation.

2" Lorsque dans le conflit de plusieurs devoirs différents, nous ne savons quelle est la conduite que nous devons tenir. Tous les cas où les droits de deux parties sont intéressés so rapportent à ce chef.

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â" Lorsque les moyens d'atteindre le but que le devoir a marqué exigent un choix et une délibération.

■460. C'est à ce dernier titre que l'étude du bonheur public et privé forme une branche importante de la science morale ; car, chez l'homme qui ignore les véritables sources de la félicité individuelle et de la prospérité sociale, il est rare que les meilleures dispositions du cœur ne demeurent pas à peu près stériles. ... .„

-461. Nous avons embrassé dans la seconde division de ces Esquisses la partie de cette étude qui se rapporte au bonheur individuel. Quaut au* recherches qui ont pour objet le bonheur de la société et les moyens de l'assurer, elles sont si étendues et si difficiles , qu'il est nécessaire de les séparer du reste de la morale , et d'en faire uue branche distincte de

462. Ce n'est pourtant, pas sous le seul rapport que nous venons de signaler que la politique se rattache à la morale. Les,moyens préparés parla nature pour assurer les progrès intellectuels et moraux de l'espèce humaine supposent tous l'existence de l'association politique ; et d'un autre coté la forme particulière que prend cette association, dans nu pays quelconque, exerce la plus grande influence sur lé caractère national, et détermine un grand nombre d'opinions et d'habitudes qui ne sont point étrangère! au bonheur de la vie privée.

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