‹ Œuvres de E.-T.-A. Hoffmann (volume 2)Chapitre 46 sur 46 · XE VŒU · texte numérisé non relu

XE VŒU

quelques verres, s'élança avec vigueur sur rétrier, et partit à bride abattue.

L'état d'Hermenegilde , qui semblait tourner en une folie furieuse, changea toutes les dispositions du comte Ncpomucène et du prince, qui virent toute l'horreur de l'attentat de Xavier. On voulut envoyer chercher un médecin, mais la princesse s'y opposa, en assurant que sa pupille n'avait besoin que de secours spirituels. On fit donc venir le père Cyprien, ancien carmélite, confesseur de la maison, qui réussit d'une manière merveilleuse à réveiller les pensées d'Hermenegilde. 11 fit plus , il lui rendit quelque calme. Elle parla avec beaucoup de raison à la princesse, et lui exprima le désir de prendre ie voile dans le couvent des religieuses de l'ordre de Citeaux aussitôt après sa délivrance. Des ce moment elle se couvrit déjà le visage avec un voile noir qu'elle

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ne quitta plus. Pendant ce temps, le prince avait écrit au bourguemestre lie I.., chez qui Hermenegilde devait faire ses couches, et où devait la conduire l'abbesse de Citeaux, sa parente, tandis que la princesse irait en Italie, emmenant en apparence sa pupille avec elle.

Il était minuit , la voiture qui devait conduire Hermenegilde au couvent était devant la porte. Le cornte Népomucene accablé de douleur, le prince et la princesse attendaient le moment de prendre congé de la malheureuse enfant. Elle arriva, couverte de son voile , et accompagnée du moine.

— La sœur Célestine a grièvement péché, dans ce monde, dit celui-ci d'une voix solennelle, car le démon a souillé sa pureté; mais un vœu éternel sauvera son âme. — Paix et repos éter-

LE VOEU. '-i^J

nel ! — Jamais le monde ne reverra ces traits, dont la beauté a tenté le démon. Voyez! ainsi Célestine accomplira sa pénitence!

A ces mots , le moine souleva le voile d'Hermenegilde, et un cri douloureux s'échappa de toutes les bouches , lorsqu'on vit un masque blafard sous lequel Hermenegilde avait caché pour toujours sa céleste figure. — Elle se sépara, sans pouvoir prononcer une parole, de son vieux père qui espérait mourir de sa douleur. Le prince, homme ferme, était baigné de larmes, la princesse seule combattant avec toute la force que lui prêtait la religion, l'horreur que lui causait cet effroyable vœu , conserva un maintien résigné.

On ignore comment le comte Xavier découvrit le lieu du séjour d'Hermenegilde, et apprit que son enfant devait être consacré à l'ésjlise. L'enlèvement

de son fils eut de funestes suites; car, arrivé à P***, lorsqu'il voulut le remettre aux soins d'une femme de confiance , l'enfant qu'il croyait évanoui par le froid était mort. Le comte Xavier disparut alors, et l'on crut qu'il s'était tué volontairement. Plusieurs années s'étaient écoulées, lorsque le jeune prince Boleslaws de Z***, vint, durant son voyage, aux environs de Naples.

Il monta un jour jusqu'au cloître de Camaldules d'où l'on découvrait une vue ravissante. Au moment de gravir le rocher qu'on lui avait désigné comme le lieu le plus favorable pour contempler cetaspect, il aperçut unmoineassis sur une grande roche, un livre de prières ouvert sur ses genoux , et les yeux tournés vers la mer qui se déployait à ses pieds. Ses traits encore empreints de jeunesse, étaient profondément sillonnés. Un souvenir confus s'empara

de l'esprit du prince à la vue de ce moine. Il s'approcha davantage , et s'aperçut que son livre de prières était écrit en polonais. Aussitôt il s'adressa au moine dans cette langue.

Celui-ci se retourna avec frayeur ; à peine eut-il apei;çu le visage du prince qu'il se couvrit de son capuchon , et s'enfuit à travers les broussailles. Le prince Boleslaws assurait que le moine n'était autre que le comte Xavier.

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