‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 2)Chapitre 20 sur 52 · AU REDACTEUR · texte numérisé non relu

AU REDACTEUR

Permettez - moi , monsieur , de me sendr de votre feuille pour y dénoncer au public un plagiat qui m'enlève mon honneur , ma gloire , et un demi-siècle de travaux.

Long-temps avant qu'il fût question du docteur Gall , j'avais réfléchi sur nos sensations et nos affections , et j'avais de\inè que la nature devait leur avoir assigné des organes particuliers. J'ai travaillé soixante années , non pas à bâtir un système , mais à chercher celui de la nature. Je l'avais trouvé ; mes preuves étaient complètes , mon ouvrage allait se produire au grand jour et faire une révolution dans le monde pensant ; mais hélas!.... Sic vos non vobis.

Pendant mes longs travaux , je conversais familièrement avec mes amis sur l'important objet de mes veilles ; je ne croyais pas devoir faire un secret

(i)Cet article contient une excellente parodie du système du docteur Gall ; il forme le complément des attaques dirigées par M. Hoffnian contre la craniclogie, dont il se montra l'un des plus spirituels et des plus redoutables adversaires.

{ISote de l'Editeur.^

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de mes découvertes : cette confiance m'a perdu. Mes idées ont circule' sourdement de bouche en bouche ; en France on y fit peu d'attention, parce que dans ce pays tout ce qui est sohde est traité de bagatelle , et les véritables bagatelles y constituent le fond solide de la littérature ; mais en Allemagne, où , pour me ser%"ir des expressions d'un grand homme, les savans ont une tête de fer et un cul de plomb , mon système devait être accueilli avec enthousiasme. C'est ce qui est arrivé pour mon malheur ; car un plagiaire vient de s'y approprier ma gloire et mes espérances. Encore si ce barbare, en me dérobant le fruit de mon génie, ne l'avait point dénaturé , il me resterait quelque consolation ; mais il l'a gâté , corrompu , et en y mêlant mille sottises , il s'en est fait une propriété personnelle. Pardonnez l'amertume de ces r€proches à un cœur

ulcéré. Qui perd pèche , je le sens bien Mais

suspendons l'effusion de mon ressentiment , et passons aux détails.

M. Gall n'a fait que me copier lorsqu'il a dit : que la moelle épinière n 'est pas un prolongement du cerveau, mais qu'elle est foirnée avant lui ; que les nerfs vont des extrémités du cojps au ceneau, et non pas du cerceau aux extrémités du corps. Avant lui , j'avais décidé que nos pensées , nos vertus et nos Mces Aiennent de nos sensations ; que nos sensations tiennent de nos nerfs ; et que nos nerfs ont leur origine aux extrémités du corps : or, Messieurs, l'extrémité la plus éloignée

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étant incontestablement la plus pure, à sîtnilitudine jlwionim, et le pied étant évidemment l'extre'mite' la plus éloignée du cen eau , les organes du pied sont donc nécessairement l'origine de nos sensations, de nos pensées, de nos vertus et de nos vices.

M. Gall, très-empressé de déguiser son plagiat, a placé dans la tête ce que j'avais trouvé dans le pied, et mis dans des bosses ce que j'avais trouvé dans des creux.

Comme dans la nature il n'y a rien de parfaitement plane, de parfaitement uni , l'on peut dire sans doute que tout est creiix et bosses dans le monde, et l'on peut se décider pour l'un ou pour l'autre. Buffon a trouvé sa théorie de la terre dans les angles saillans et les angles rentrans des montagnes de Bourgogne ; il est permis à chacun de se déclarer le partisan de ce qui est saillant et le détracteur de ce qui est rentrant ; mais j'ai démontré complètement que les creux jouent dans le monde un bien plus grand rôle que les bosses. Les bornes de votre Journal m'interdisant un grand nombre de preuves , une seule considération suffira ; la voici : Nous sommes tous nés dans un creux ; et quoique le ventre de notre mère ait formé une protubéi^nce , il n'est pas moins vrai de dire que c'est un creux qui a été notre berceau.

Quant au pied , le docteur Reicrem a cru faire une bonne plaisanterie , en disant qu'on pourrait tâter le pied aussi bien que la tête, pour y découvrir la source des passions humaines ; ce docteur

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sera bien e'tonne' d'apprendre que l'objet de sa raillerie est la base d'un système fondé sur la nature et sur des observations faites pendant soixante années ; mais M. Reicrem est bien connu , et l'on sent qu'en parlant de pied et de tête, ce n'est point une bosse , mais une pointe que ce docteur a voulu faire.

Quoi qu'il en soit , monsieur , l'exposé succinct de ma théone vous prouvera que M. Gall s'est approprié toutes mes idées ; qu'il a placé dans son crâne tout ce que j'avois trouvé dans mon pied, et que sa crâidologie n'est qu'un plagiat manifeste de ma podologie.

Je ne suis point ^tonné que le crâne ait eu la préférence en Allemagne ; mais j'espère que chez nous le pied aura beaucoup plus de partisans , parce que dans ce pays nous n'aimons pas à savoir combien nous avons de bosses à la tète.

Cette question est d'autant plus importante, que j'ai trouvé dans le pied les organes du vol et du meurtre , que M. Gall a cru voir dans le crâne ; et si quelqu'un , en vertu de son organisation , doit nécessairement être pendu quelque jour, il sera très-agréable pour lui d'apprendre s'il doit être pendu par la tête ou par les pieds ; car on est toujours bien aise de savoir à quoi s'en tenir. Passons à l'examen de ma podologie.

Une fois certain que nos organes sont placés dans les extrémités inférieures, j'ai scrupuleusement examiné la jambe. Je crus d'abord reconnaître ,

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dans une des quatre ca\ités du tibia , V organe des Ions ou de la musique que M. Gall a place audessus de r arc des yeux. Le mot tibia était d'un Lon augure : il veut (ïwc flûte : et ce n'est pas pour lien , dis - je , que les anciens lui ont donné ce nom. Le peuple même semble avoir eu l'instinct de cette convenance : car quand il voit quelqu'un dont le tibia est très-decharne , il dit : cet homme est monté sur des flûtes. Malgré ces rapports lumineux , je suis obligé de convenir que je ne découvris rien dans la jambe : mais , long -temps après, je trouvai cet organe des tons sous le pied , entre les deux premiers os du métatarse , près de l'articulation de la première phalange du gros orteil : et le lecteur observera que c'est en efiet avec cette partie du pied que les musiciens frappent la terre quand ils battent la mesure.

La jambe ne me fournissant rien , je descendis au tarse , et j'examinai V astragale. A la première inspection de cet os qui sert de base au tibia, j'y reconnus l organe de la danse. La nature ne pouvait pas mieux choisir ; cet os est im intermédiaire entre la jambe et le pied ; ses articulations avec l'un et l'autre sont l'origine de tous les mouvemens àef> danseurs , et servant de base au tibia , il tient le corps dans un parfait équilibre. L'astragale des Vestris et des Duport doit être un jour consené au Muséum, comme le monument de notre gloire et de notre supériorité en ce genre. Les anciens paraissent avoir pressenti ma découverte ; car plu-

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sieurs naturalistes ont nommé l'astragale os balisfa^ l'os de la baliste : or, il est évident que le mot balistœ \'ient du mot grec /S^aa®, qui û^\ï\ç^ je jette, je lance, j'atteins , et que les Italiens en ont dérivé le mot hallare , qui veut dire danser. Je ferai observ er , en passant , que le mot diable , diabolus , \ient aussi de /3«AA<a , ^m'^a.xKo) , c'est-à-dire je jette par, je transporte , je me lance à travers; et le peuple a confmné cette étymoîogie, car il a nommé les sauteurs fameux le Grand-Diable ou le Petit- Diable , selon la grandeur de leurs talens.

J'ai trouvé, dans la cavité du calcaneum , l'organe que je nomme la persévérance en amour ; ceux qui en sont doués peuvent rester une nuit entière sur leurs pieds , sans jamais se lasser ; il est toujours accompagné de l'organe de Varnour platonique, dont j'indiquerai la place ci-après. Ces deux organes réunis forment ce que nous nommons la constance, et la sagesse du peuple a confirmé cette obscn ation ; car quand un amant passe la nuit sous les fenêtres de sa maîtresse , on dit qu'il a fait le pied de grue.

L'organe de l'amour platonique ou délicat a différens sièges dans les deux sexes. Dans la femme, il est placé sous les premières phalanges ; et chez l'homme , au contraire , il est dessus. Leur contact a lieu , lorsque , sous une table , deux amans se pressent tendrement le pied ; et en cela nous ne pouvons trop admirer l'attention de la nature, qui n'a pas voulu que l'homme appliquât son pied

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large et grossier sur le pied délicat de la femme qu'il adore.

Sous la plante du pied , dans la courbure du me'tatarse , je trouve l'organe de l'amour qui n'est point platonique. Je n'entrerai pas dans les de'tails explicatifs de cet organe ; je me contenterai d'indiquer cet endroit du corps humain , comme l'un des plus irritables : et personne n'ignore combien les femmes , en géne'ral , sont chatouilleuses à la plante des pieds.

L'organe du meurtre, que M. Gall a horriblement placé près de celui de V amitié et de rattachement, est, dans ma podologie, situé à l'extrémité de la seconde phalange du gros orteil , c'est-à-dire au bout du pied. M. Gall a vu différens organes

dans les bustes des Homère, des Jupiter, etc Je

ne conteste point ses observations ; mais j'ai trèscertainement trouvé celui du meurtre au bout du pied de bronze du colosse de Néron , que j'ai vu à Rome, dans le palais des conservateurs. Le caractère de Néron rend ma découverte très-vraisemblable ; mais elle de\ient certaine quand on se rappelle que ce méchant prince a tué sa femme Poppée d'un grand coup de pied qu'il lui a donné dans le ventre.

L'organe de V humeur querelleuse^ que M. Gall confond indignement avec celui du courage, et qu'il place sur les os pariétaux près de la stuture écailleuse, se trouve dans ma podologie près de \ organe du meurtre. L'individu qui possède ces deux belles

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qualités , a un penchant irrésistible vers les actions les plus féroces. Il peut raisonnablement parier cent contre un qu'il mourra sur un ëchafaud , et ses juges auront ne'cessairement l'organe de l'injustice ; car rien n'est plus injuste que de punir un pau^Te homme qui ne peut pas s'empêcher de tuer son prochain.

Ceux qui possèdent l'organe querelleur, sans avoir celui du meurtre, ne tuent pas les gens à coup de pied dans le ventre comme faisait Néron ; mais ils ont un penchant irrésistible à donner des coups de pied dans le derrière.

L'organe de la capacité à V éducation, que M. Gall a mis entre ceux du meurtre et de l'amour, existe , selon moi , dans le cuboide, dans le scaphoïde , dans les phalanges , dans les sésarnoïdes même , en un mot , dans tout le pied antérieur : c'est la souplesse , la flexibilité de toutes ces articulations qui indique une aptitude à la politesse , à la grâce , à l'industrie. Le chien a cet organe , et le premier exercice de son éducation est de donner la patte à son maître. Le chat , qui est bien plus loin de la perfectibilité, ne sait pas donner la patte ; mais , en revanche , il donne très-bien un coup de griffe , parce qu'il a éminemment l'organe de l'humeur querelleuse.

L'organe de la théosophie , c'est-à-dire du penchant à la dévotion, que M. Gall a cru voir au haut de Xo?, frontal, est réellement situé dans l'articulation des phalanges et des os du métatarse. Plus la

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cavité est grande , plus le ligament est lâche , plus aussi le pied a de la facilité à se fléchir, et l'individu peut resterlong-tempsà genoux sans s'incommoder. Spinosa , Lamétrie , Diderot et un astronome célèbre, avaient cette articulation dure et peu flexible, ce qui les empêchait de se tenir à genoux; et ils n'ont renié Dieu que pour se dispenser d'aller à l'église.

L'organe du courage esi^Xdicé sous le calcaneum et sous chacun des os du métatarse ; il donne au pied une admirable fermeté , et le peuple a pressenti cette organisation , car, pour faire entendre qu'il n'a pas peur, il ne manque pas de dire : Je vous attends de pied ferme.

Celui de la lâcheté et de la bassesse est, au contraire, situé immédiatement après le coude-pied, et se remarque par une dépression dans la partie supérieure du métatarse. Cette disposition est connue de tout le monde ; et c'est ce qui a donné lieu à l'expression proverbiale de pied-plat.

Je ne finirais pas si je voulais passer en revue tous les organes que j'ai découverts dans le pied ; mais ce que j'ai dit suffit pour vous prouver que mon système est tout aussi bien ordonné que celui de M. Gall , ou plutôt qu'il a très-mal ordonné le mien. Avec ma théorie , je suis certain de reconnaître un ivrogne , un libertin , un querelleur, un fripon partout où il se trauve : découverte utile et agréable , dont je vous prie de faire part à vos amis et à vos connaissances.

Le docteur Piébeau.

RECHERCHES , EXPERIENCES ET OBSERVATIONS PHYSIOLO- GIQUES SUR l'homme DANS l'ÉTAT DE SOMNAMBULISME NATUREL, ET DANS LE S03INAMBULISME PROVOQUE PAR l'acte MAGNÉTIQUE ; PAR A. - M. - J. CHASTENET DE PUYSÉGUR, ANCIEN OFFICIER GÉNÉRAL d' ARTILLERIE.

Ï)es physiciens ont cru qu'il y avait toujours ia même somme de moiiçement dans l'univers ; on peut dire plus certainement , ce me semble , qu'il y a toujours dans le monde la même somme de superstition. Qu'importe qu'une erreur soit fille de l'ignorance , ou de la fausse science , ou de l'imasination desordonnée ? Dès-lors qu'elle a ses sectaires , ses idolâtres , ses fanatiques , elle rentre dans le domaine de la superstition ; et celle-ci , reine tolérante , admet tous les systèmes , toutes les théories : n'estimant pas ses sujets par leur caractère , mais par leur nombre. Si la raison fait des conquêtes sur elle d'un côté , elle lui fait bientôt , de l'autre , quelcpies concessions ; si la science lui arrache une province , elle lui rend quelquefois une contrée toute entière; ainsi, l'on peut dire

que l'empire de la superstition a toujours la même étendue , quoiqu'il ne soit pas toujours composé du même territoire.

Il est très-remarquable que les siècles où les sciences ont été cultivées avec le plus de succès , ont aussi produit les systèmes les plus absurdes , les théories les plus extravagantes , les conceptions les plus déraisonnables. C'est dans ce temps de lermentation des esprits , que la superstition fait des conquêtes sur la science même, On voit presque toujours une erreur ancienne reparaître avec une vérité nouvelle. Le flambeau de la science , semblable à ces feux follets qui trompent le voyageur, ne nous éclaire souvent que pour nous égarer ; et nous faisant décrire une courbe quand nous croyons suivre une ligne droite , elle nous ramène à l'ignorance qui , sans avoir marché , se trouve aussi avancée que nous. Dans aucun temps on n'a fait plus de découvertes ; dans aucun temps l'esprit humain n'a été plus exercé, plus actif, plus audacieux que vers la fm du siècle dernier; et, grâce à ses nouvelles lumières , nous avons eu successivement la preuve qu'on peut évoquer les ombres des morts ; que nos vertus et nos vices dépendent d'une petite modification dans un petit organe de notre corps ; que Dieu n'est rien que le calorique ; que la pensée de l'homme n'est qu'une composition cliimique ; que le doigt d'un magnétiseur peut guérir toutes les maladies ; qu'un somnambule, enfin, peut lire dans l'avenir, et, bien

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supérieur aux prophètes des lîvl'ès saints , prédire non-seulemcTït l'e've'nement avec tôi^sses circonstances, mais prédire aussi, avec la m^me infaillibilité', le mois, l'heure , la minute où il" arrivera.

Des li^Tes tres-savans ont de'montré les quatre premières de ces véiités ; je vais m' occuper de l'ou-sTage qui prouve les deux dernières. Le mot vérités que j'emploie ici paraîtra fort extraordinaire ; mais comment veut-on que je nomme des propositions que leurs auteurs prétendent avoir démontrées , qui sont fondées sur des milliers de faits, prouvées par mille expériences, confirmées par mille témoins irrécusables ? Ce sont donc des vérités; mais une vérité encore plus incontestable , c'est que l'imagination est la partie folle de la raison humaine.

Quoi qu'il en soit, le livre que j'annonce offre un mélange de choses si étonnantes et de choses si puériles , de raisonnemens si solides et d'argumens si absurdes , de démonstrations si vraies et de résultats si faux , de faits tellement irrécusables , et d'effets si contraires à la physique et à la raison ; il présente une théorie si vraisemblable , si ridicule, si inquiétante , si absurde , si bien raisonnée et si folle , si utile et si dangereuse , qu'il ébranlera le scepticisme des plus incrédules , fera rire de pitic ceux même qui ont le plus de crédulité , mais les forcera tous à l'attention , et méritera peut-être leur intérêt.

De quelque manière qu'on Tenrisage , le som-

ET LE MVCrNETISME. 243

nambulisme magnétique ne peut être indifférent : si ses prodiges "sont vrais , jamais Thomme ne fit une plus bei^é découverte : s'ils sont faux , supposés , ou seulement apparens , ils peuvent du moins frapper l'imagination des personnes faibles , déranger les raisons vacillantes , et envoyer d'énonnes recrues aux hospices d'aliénés ; il intéresse donc les savans , les moralistes et la société entière , puisqu'il est un poison , s'il n'est pas une panacée , et qu'il peut faire des fous s'il ne fait pas des prophètes.

Je vais décrire les prétendus effets de l'acte magnétique , et l'on verra que je n'ai rien exagéré dans le préambule de cet article.

Quand un malade a été magnétisé avec les procédés convenables , et selon la forme prescrite , il s'assoupit plus ou moins vite , ses yeux se ferment , il tombe dans un sommeil magnétique , bien différent du sommeil naturel ; dès ce moment, il est séparé , isolé de toute la nature ; mais, concentré en lui-même , il acquiert un sens intérieur infiniment plus parfait que ceux dont il se sei^ait dans l'état de veille ; il n'a plus aucune relation avec les objets extérieurs , excepté avec la personne qui le magné lise. On peut faire près de lui autant de bruit que l'on veut , allumer du feu , des bougies , répandre des odeurs; il ne sent rien, il n'entend rien. Son magnétiseur seul est en communication avec lui , et peut à volonté y faire entrer d'autres personnes. Il a un tel empire sur le somnamlsule ,

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que non-seulement sa voix , mais même sa pense'e agit sur le malade ; il lui parle , on lui répond : il commande , on obéit , et l'on n'obéit qu'à lui : on n'entend que lui, on n'a de sens, à intuition, de pression que pour lui.

Ceci est déjà fort extraordinaire ; mais nous ne sommes pas au bout. Le somnambule voit tout l'intérieur, toute l'organisation de son corps: il connaît le siège , la nature , l'intensité , la cause de sa maladie ; il en prévoit les suites , la marche , les phénomènes , la résolution : prescrit tous les remèdes qui lui sont propres : et il n'est aucune substance dans les trois règnes de la nature qui échappe à son sens intérieur, si cette substance est nécessaire à sa guérison. I.e ou la somnambule voit et connaît également bien l'intérieur d'un autre malade si le magnétisme établit un rapport entr'eux ; alors il démêle dans l'organisation de cette autre personne les causes , la nature et la durée future des maux qu'elle souffre ; prescrit des remèdes toujours sûrs , et désigne infailliblement la marche , les progrès, les crises , les irrégularités et la terminaison de la maladie , en indiquant pour chaque époque les moyens curatifs appropriés aux différens degrés et aux différentes circonstances.

Est-ce après avoir long-temps et mûrement réfléchi que le somnambule juge et pronostique avec tant de certitude ? Non. Dès que le magnétiseur a parlé , le somnambule a vu ; dès qu'il a vu , il a jugé ; dès qu'il a jugé , tout s'accomplit selon su

prédiction. Quand serez-vous guéri ? lui demandet-oii. — Le I o juillet. — Quand vous prendra votre crise ? — Le 20 mai. — A quelle heure ? — A sept heures du matin. — Elle durera ?— Trois heures ; puis un calme de vingt -deux minutes, puis une autre crise de quatre heures , puis un autre calme de vingt-deux minutes , repos nécessaire que prend la nature pour se préparer à souffrir les atroces douleurs auxquelles elle va être li\Tée dans la dernière crise , qui sera générale. Ces réponses et mille autres du même genre sont faites sur-lechamp ; le jiat lux n'a pas produit un effet plus prompt. ,

Est-ce un somnambule instruit , spirituel , savant , qui juge si sainement , si vite et avec tant d'infaillibilité ? Non ; une demoiselle de Buzancy , un couvreur, la femme d'un maréchal -ferrant , un paysan , une malade de l'hôpital de Soissons , et un domestique de madame de Genlis , de\iennent dans cet état des médecins bien supérieurs à Hippocrate et à Esculape même. Outre qu'ils ont sur tous les autres médecins l'avantage de toujours voir juste , prescrire juste et prédire juste , ils ont celui plus étonnant peut-être d'être toujours d'accord entre eux. Ainsi , jamais M. Gay , dans l'état de somnambulisme , n'attaquerait M. Portai sur une saignée que celui-ci ordonnerait après s'être fait magnétiser. On sent par-là combien les médecins gagneraient de considération , s'ils ne faisaient de consultations que quemd ils sont somnambules.

Peut-être ces pre'dictions ont un terme assez court pour qu'on puisse juger de la maladie d'après . i'etat actuel du malade? JSon : l'ëloignement des e'poques n'influe pas sur le plus ou moins de certitude dans la pre'vision du somnambule. L'un , dès le mois de février , prédit tout ce qui se passera au mois de mai ; l'autre , dès le mois de décembre , déroule tous les phénomènes pathologiques de l'année suivante.

Doutez-vous de ces faits ? Depuis trente ans ils se renouvellent tous les jours ; ils ont eu pour témoins des hommes irréprochables , instruits et désintéressés ; ils sont rappo/tés en corps d'ouvrage par M. de Puységur , dont l'honneur, la probité , les mœurs , repoussent tout soupçon de supercherie, dont l'esprit, les connaissances et la raison détiniisent toute supposition de crédulité. Il n'a point exigé qu'on le crût sur parole , quoique son caractère et sa réputation lui en donnassent le droit ; mais il a annoncé aux incrédules les prédictions des somnambules magnétiques ; il leur a écrit longtemps d'avance à quelles époques les phénomènes se manifesteraient ; il a dit : Venez , et voyez. On est venu , on a vu ; et même , en doutant encore , on a été forcé d'avouer que les faits avaient eu lieu comme ils avaient été prédits , soit pour le temps , soit pour la manière. Il ajoute : « Si , pendant trente années que je les ai observés (les somnambules ) , j'en avais vu, je ne dis pas dix, mais un seul qui se fût une fois trompé sur ce qui le con-

ET» LE MAGNÉTISME. l/^q

cerne , je n'aurais aujourd'hui de confiance en aucun cas. » Et , en continuant à lire , on trouve qu'ils ne se trompent pas davantage sur les maladies de ceux avec lesquels on les met en rapport , puisque M. de Puységur lui-même a eu la femme d'un maréchal-ferrant pour médecin , et a fedt cent cures admirables par les conseils et les ordonnances des somnambules.

Après tant de miracles il était naturel d'en rechercher la cause , et de tâcher de concilier les phénomènes magnétiques avec les lois de la physique , de la raison et du bon sens. Pour arriver à ce résultat , on a consulté les philosophes anciens et modeiTies , dont plusieurs ont admis la possibilité , la réalité même de la précision dans certains cas ; et l'on a cherché dans les ouvrages des physiciens les plus célèbres , la connaissance , ou le soupçon du moitis , d'un agent , d'un fluide , d'une substance enfin qui ressemblât au fluide magnétique. Tout ce que j'ai pu comprendre dans toute cette métaphysique , c'est que l'agent qui opère tant de prodiges pourrait bien être cet élément-principe , ce calorique immatériel de M. de Baudre\dlle (i) , le dieu matériel de Spinosa , l'âme universelle des pythagoriciens. En effet , M. de Puyséi';nr cite des

(ï) Auteur d'un ouvrage inliiulé : Du Feu considéré dans l'Hcnime rt dans rUnicers ; livre curieux où il est beaucoup question de somnambulisme , mais dont M. de Puységi»ne parle pas.

somnambules qui ont vu une matière subtile blanche , qui pJnètre tous les corps par des filets trèsdéliés qui établissent ia communication entre les somnambules magnétiques : serait-ce \Qjluide stellaire de M. Azaïs ? c'est ce que je laisse à examiner à ceux qui se sentent la tête assez forte. Je suis néanmoins étonné que M. de Puységur, qui cite tant d'écrivains anciens, n'ait pas songé aux vers de \irgile , qui expriment si bien l'opinion des pythagoriciens sur l'àme universelle. Je vais les transcrire , et l'on verra qu'ils sont l'épigi'aphe caractéristique de toute dissertation sur \ élérnentpnncipe.

Piincipio cceluvi ac terras, camposque Uquentes , Lucenleinrjiie glohiwi luiiœ, tiUiniiKjue astra , Spiritus Intiis nlit ; totamque infusa per artus Mens agitât motem , et magnn se corpore miscel.

Je vais communiquer à mes lecteurs quelquesuns des faits extraordinaires et surnaturels rapportés et certifiés par l'auteur. Je n'aurai pas l'audace de discuter , puisque M. de Puységur n'accorde ce droit qu'aux savans ; je me permettrai seulement de relever quelques contradictions, quelques fausses conséquences d'un principe déjà fort douteux.

Lorsqu'un novateur proclame une doctrine contraire à tous les principes reçus , lorsqu'il la rend assez populaire pour que les dernières classes de la société puissent s'en occuper et puissent la comprendre , lors même que le nouveau système peut

intéresser les mœurs et la tranquillité publique » les sociétés savantes gardent un profond silence , elles ne veulent rien voir, rien examiner, rien juger ; elles ne font aucun effort pour faire cesser le scandale , pour combattre l'erreur , pour arrêter le danger : elles pour qui ce serait un devoir , elles qui en avu'aicnt tous les moyens. Le charlatan qui devrait les craindre comme l'oiseau de nuit craint la lumière , affiche une sécurité qui accroît le nombre des dupes ; il semble même défier ceux qui pourraient le confondre , comme si on lui avait promis secrètement de lui laisser lever un impôt sur la crédulité publique. Quel a donc été le but de l'instituteur quand il a réuni les savans pour en< former un corps respecté dans l'état ? ne leur a-t-il pas prescrit l'honorable tache de propager les lumières , de fair*j prospérer les sciences utiles , de détruire les erreurs nuisibles ?

Eh ! qu'importe que ces savans découvrent quelque vérité nouvelle , si le charlatanisme qui triomphe à leur porte détruit tout leur ouvrage et menace de nous ramener aux siècles de barbarie !

Si cependant l'autorité les force à l'examen , ils obéissent de mauvaise grâce , ils mettent tous leurs soins à ne rien voir ; tantôt , sous l'apparence du mépris , ils cachent la crainte de se compromettre , tantôt ils font un ruppoT't avec tant de circonspection , qu'il fait naître le doute ; puis ils prononcent sèchement un arrêt si peu motivé , qu'il équivaut à un déni de justice.

Il la Ut que M. de Puysëgur soit bien convaincu de la realite' du magnétisme animal , et des prodiges du somnambulisme , puisqu'il reproche , comme moi , aux sociétés savantes , leur indifférence à examiner les nouvelles doctrines et à combattre les erreurs dangereuses. « Les maladies de l'esprit, dit-il, ne sont-elles pas aussi réelles et plus contagieuses encore que celles du corps ? et si je ne de^^ens un évocateur , un de\in , un illuminé , un fripon ou un sorcier , que parce que je suis un superstitieux-, un fanatique ou un enthousiaste, vous , messif^urs les savans , qui devez être les médecins de mon esprit , guérissez donc ma superstition en m'instruisant , mou fanatisme en m'éclairant , et mon enthousiasme en me faisant apercevoir mon illusion. »

Ces réflexions sont parfaitement justes ; mais quand l'auteur invite les savans à conjurer les fantômes , les magiciens et les sorciers , j'appelle leur attention sur les miracles du somnambulisme , car les contes de revenans et d'enchanteurs n'offrent rien de plus extraordinaire que les prodiges du magnétisme rapportés par M. de Puvségur , et dont il atteste la réalité.

J'ai dit qu'un malade en somnambuHsme magnétique voit tout l'intérieur de son organisation, ou celui d'un autre malade mis en rapport avec. lui ; qu'il y découvre la cause , la nature et le siège de la maladie ; qu'il connaît aussitôt le remède convenable , qu'il prédit tous les progrès du mal , tous

les changemens qui doivent survenir , et qu'il fixe l'instant de la gue'rison ; pendant trente années d'observations, M. de Puységur n'a pas vu un seul malade qui se fût trompe' une seule fois sur un seul fait. Je déclare d'abord que je ne conteste rien de tout cela , puisque les savans seuls ont le droit de réfuter ; mais je puis au moins développer aux yeux de mes lecteurs ce que supposent de pavcWs faits , quoique l'auteur ne l'explique pas.

1° Le somnambule voit , par son sens intérieur, la plus légère altération dans l'économie animale : or, pour apercevoir qu'une organisation est altérée, il faut savoir ce que serait cette organisation dans son état parfait. Si j'ignore la situation , la forme , le volume , la couleur des viscères , comment devinerai-je s'ils sont ou s'ils ne sont pas dans leur état naturel ? L'un des médecins de Molière ne serait pas étonné de trouver le foie à gauche et la rate à droite : le jugement suppose toujours la comparaison de deux états différens : le paysan ou la servante somnambule connaît donc l'anatomie et la physiologie.

2" Le somnambule magnétique voit en un instant la maladie , sa nature , son siège , sa gravité : voilà de la pathologie.

3° 11 en devine la cause : voilà l'étiologie médicale.

4-° Il désigne sûrement et infailliblement les remèdes qui conviennent dans le moment, et tous ceux qu'il faudra administrer par la suite selon les

divers degrés , les crises , les irrégularités de la maladie : voilà une thérapeutique parfaite.

5° Non-seulement il ordonne les remèdes , mais il enseigne à les composer , désigne les doses , les mélanges , les degrés de coction ; il discute la préférence à accorder soit au sel de Glauber, soit au sel d'Epsom ; ne vous conseille pas telles eaux minérales, parce qu'elles sont ferrugineuses, telles autres parce qu'elles sont savonneuses , d'autres encore , parce cju'elles sont sulfureuses , mais vous ordonne celles de Plombières , parce qu'elles n'ont que de la chaleur ; voilà bien de la pharmaceutique, de la chimie, et d'heureux élémens de minéralogie. Voyez donc que de sciences ont fait , à la fois et à l'instant, irruption dans le cerveau d'un paysan somnambule ! et ce qu'il y a de plus merveilleux , c'est que ce beau cortège s'évanouira comme une légion de fantômes dès que le paysan s'éveillera ; le pauvi'e homme ne se sou\iendra plus ni du sel de Glauber , ni des eaux fcmigineuses ; il ne saura pas s'il souffre au thorax ou au ventricule ; il ne saura pas même s'il a un ventricule ou un thorax.

Mais ce n'est pas là tout le miracle : le somnambule n'est pas seulement anatomiste , physiologiste et pathologiste , il est encore magicien. Il prédit trois , quatre et cinq mois d'avance , tous les états différens des maladies , leurs progrès , leurs irrégularités, leurs métastases, leur complication , leurs phénomènes , leur terminaison , et tout cela au jour , à l'heure , à la minute , sans jamais se trom-

per! Oh! certes , c'est un grand sorcier, et je défie toute la socic'té de me'decine de me contredire sur ce point.

Si M. de Puyse'gur s'obstine à soutenir qu'il n'y a point là de sortile'ge, puisque le somnambulisme ne donne cette faculté que relativement aux maladies , et que ses malades somnambules ne président pas autre chose , et que leur sens intérieur les éclaire naturellement sur tout ce qui peut leur être

utile je vais le combattre avec les armes qu'il

me fournit lui - même. Un somnambule est consulté pour un jeune homme sourd , qui souffrait des maux de tête ; après avoir expliqué l'état du malade , le somnambule ajoute * « Si vous n'y prenez garde , il jjartird un beau jour dHci sans que vous le sachiez , et vous ne le verrez plus. •>•> « Effectivement , dit M. de Puyse'gur, un beau jour on vînt me dire que mon sourd avait débarricadé ses fenêtres , et qu'à l'aide d'une corde ou de ses draps , il était sorti de sa chambre , et qu'on ne savait ce qu'il était devenu. » L'auteur apprit ensuite que le sourd était allé à Dormans. Je demande si celte prédiction , il partira , est un pronostic médical : M. Portai , M. Corvisart , ou autres , ontils jamais deviné qu'un malade partirait , sans qu'on le sût , pour aller à Poissy ou à Pontoisc ? Si un médecin s'avisait de faire de pareilles prédictions, je prédirais plus sûrement qu'un jour on verra le docteur sortir de chez lui pour aller droit à Charenton.

Voici un autre exemple encore plus concluant : M. de Puységur consulte une somnambule sur la maladie d'un jeune homme qu'elle n'a jamais vu et qu'on ne peut pas faire venir près d'elle. Comment faire pour les mettre en rapport à une grande distance ? Oh ! le magnétisme est ingénieux. La somnambule demande seulement qu'on lui donne des cheveux du malade , et une plaque de verre qu 'il aurait poîié quelques jours à son cou. Elle préfère sept ou huit cheveux arraches, à une mèche coupée ; et cela suffit pour lui faire connaître le tempérament , les habitudes du jeune homme , la nature et la cause de sa maladie. Tout homme de bon sens conviendra que ces prédictions ne se font point d'après les principes d'Hippocrate ou de Galien , mais en tournant le sas , en tirant les cartes ou en remuant du marc de café. Faut-il achever? Les sept cheveux et la plaque de verre apprirent à la somnambule que le jeune homme avait eu une grande peur dans son enfance , et quelle était la cause de cette peur.

S'il prenait à mes lecteurs quelque envie de se moquer de ces miracles , je vais bientôt faire cesser le rire sur leurs lèvres en leur apprenant le danger auquel ils s'exposent en plaisantant sur le magnétisme. Un beau soir , plusieurs personnes fort incrédules se moquaient de tout ce qu'un jeune homme leur racontait des prodiges opérés par M. de Puységur, c'est-à-dire, par ses somnambules. Le jeune homme neut pas plutôt dirigé son doigt

vers une demoiselle ^or^ jolie, dit l'auteur , et de l'âge de seize à dix-sept ans (notez bien la circonstance), que l'aimable enfantyW^e un en et tombe à la rençerse, éprouve des spasmes convulsifs , et fait une longue maladie : la puissance d'un doigt est incalculable! Pourterminer cette histoire, j'ajouterai que M. de Puységur a entrepris la cure magne'tiquc de cette demoiselle ; «y'e voulus fortement que ses nerfs se calmassent, dit-il , et à V instant ils se calmèrent. Le magne'tisme (voici le plus singulier) prit un tel empire sur la somnambide , que cette jeune personne , même dans son état naturel , voyait et suivait mentalement M. de Puységur dans la rue, pressentait quand il approchait de la maison , et avertissait sa mère qu'il allait frapper à la porte..., et aussitôt on entendait le bruit du marteau. Ce fait , dont je n'ai garde de douter, est un peu contraire à tout ce qui précède , car M. de Puységur a dit plusieurs fois que les somnambules ne conservent , en s' éveillant , aucune trace , aucun souvenir de l'état magnétique ; comment donc l'action du magnétisme subsiste-t-elle quand tout rapport a cessé "^

L'auteur prétend que l'exercice du magnétisme animal n'est qu'une simple faculté , et ne doit pas être considéré comme un art ou comme une science. Je crois , au contraire , qu'il est une science bien réelle et l'une des plus difficiles , comme le lecteur en jugera par les nombreuses conditions exigées pour pouvoir magnétiser avec fruit. La première , et qui n'est pas une bagatelle , est la

nécessité de croire au magnétisme avant de magnétiser. Tout homme qui doute, de sa faculté magnétique, dit M. de Piivségur, ncmasjictiserapas. J'avoue qu'aucune science n'exige cette disposition : un homme aura beau contester les effets de l'électricité , il recevra la commotion tout comme un autre ; mais le magnétisme place la croyance avant la preuve , ce qui est tout nouveau en physique et en histoire naturelle.

Je ne chicanerai point l'auteur sur ce point , puisqu'il est la condition sine quâ non ; mais je lui ferai observer qu'il a tort d'écrire sur le magnétisme , et de vouloir le démontrer. Les incrédules ne croiront jamais , puisqu'ils n'obtiendront jamais d'effets qui puissent les convaincre , et ceux qui croient d'avance n'ont plus besoin de démonstration. Je commence à deviner pourquoi l'auteur ne considère pas le magnétisme comme une science.

Il faut ensuite , continue M. de Puységur, que le magnétiseur veuille sincèrement le bien de son malade, qu 'il le veuille sans passion et sans intérêt personnel. Heureuse faculté , qui ne se développe qu'à l'aide d'une vertu! il faut enfin qu'en magnétisant , il ait la plus ferme confiance de réussir. En récapitulant ces conditions , on trouve la croyance dans l'effet , l'espoir de réussir , et le désir d'être utile à son prochain. Les dévotes peuvent donc magnétiser sans scrupule , puisque le magnétisme est fondé sur la foi, l'espérance et la charité.

ET LE MAGNÉTISME. sSy

ÏLn voyant que les somnambules devenaient touta-coup si savans, et que Minerve entrait tout entière dans leur tête , comme Pallas est sortie de celle de Jupiter, j'avais conçu l'espoir de leur faire expliquer divers pliértomènes qui confondent encore l'orgueil de nos savans : j'aurais e'te' , par exemple , fort curieux d'apprendre la cause de la gravitation universelle ; je leur aurais demandé si la lumière est due aux vibrations d'un fluide élastique, comme Euler le pense , ou si elle est une émanation de la matière solaire , comme le veut Newton ; si notre globe a été autrefois une comète ; si la terre doit se dessécher jusqu'à ce qu'elle s'enflamme , ou se refroidir jusqu'à devenir une boule de glace ; si nous avons été originairement des volvoces , des

poissons, ou de petits morceaux de verre Que

de choses je m'attendais à savoir, et que ne me diront jamais ceux qui savent tout! Mais, hélas! M. de Puységur réprime sévèrement mon indiscrète curiosité , en me déclarant que les somnambules ne répondent juste que sur ce qui concerne leur bien-être , et que les curieux indiscrets ne feront jamais de somnambules.

Malgré cet arrêt , mon espoir n'est pas encore éteint ; M. de Puységur m'apprend lui - même qu'un somnambule a tenu ce beau discours : « Il sera toujours impossible aux somnambules de s'énoncer intelligiblement sur ce qu'ils voient.... Il y a tant de distance des opérations secrètes de la nature aux mots dont on peut se servir pour en

CRITIQUE. T. r. 17

2^)8 LES SOMNAMULES

tracer une idée , qu'il ne faudrait pas moins qu'un nouveau langage pour donner les vrais noms et les justes détails : tout ce que je puis vous dire , c'est que rien ne m'étonne , et que tout me paraît naturel... Un immense océan d'une matière extrêmement subtile m'en\Tronne... Cette matière, qui n'est ni l'air , ni la lumière , mais qui est la base de l'un et de l'autre , pénètre tous les corps...., etc. » Voilà d'abord un somnambule qui n'est ni médecin ni apotliicaire ; mais il parle si bien , que je l'appellerais volontiers le dormeur éveillé.

Un autre curieux ayant eu l'indiscrétion de demander à une somnambule si , dans cet état , les femmes conservaient de la coquetterie. « Si vous pouviez concevoir , dit-elle , à quelle distance les hommes sont de tout vrai somnambule , vous ne seriez pas tenté de croire que nous puissions consen er , dans cet état , ni coquetterie ni désir de plaire , etc. » \ oilà encore une réponse de bon sens et qui n'a aucun rapport à la maladie ; j'ai donc encore un peu d'espérance d'apprendre quelque chose des somnambules.

M. de Puységur a établi un autre principe qui est sans cesse démenti par les faits même qu'il rapporte. Il a dit et répété que , dans le sommeil magnétique, on n'a plus aucune relation avec les objets extérieurs, qu'on n'entend aucun bruit, qu'on ne voit ni feu ni lumière , qu'on ne sent pas les odeurs, etc Comment concilier cette assertion avec l'histoire qui suit.^

Et LE MAGNÉTISME. oSg

Le nommé Aubry s'était ordonné une médecine à lui-même dans l'état de somnambulisme , et M. de Puységur la lui avait fait prendre. Le soir, il est magnétisé , il devient somnambule , sort avec M. de Puységur, passe plusieurs portes, descend des escaliers, toujours les yeux fermés , descend un perron, traverse toutun village, en causant de choses et d'autres , s'aperçoit qu'il a gelé et que la terre est raboteuse , arrive enfin chez un maréchal-ferrant , va se placer auprès du feu et s'y chauffe. S'il n'avait aucune relation avec les objets extérieurs , comment ne s'est-il pas cassé le cou dans le dédale de portes , d'escaliers , de petits chemins où il a fallu passer, descendre , marcher? Si le feu, la lumière n'avaient plus d'action sur lui , comment va-t-il se placer près du feu pour s'y chauffer.^ Je passe la circonstance de la médecine : un médecin vulgaire ne fait pas promener les malades après une purgation , le soir , et quand il gèle ; mais comme il ne doit jamais arriver que ce que le somnambule a prédit, et comme Aubry n'avait pas prédit que le froid l'incommoderait , il pouvait même se baigner dans la rivière sans courir aucun risque.

Pour se débarrasser des questions importunes des incrédules , et pour répondre d'avance aux objections que j'ai faites sur la science anatomique, physiologique et pathologique des somnambules , M. de Puységur établit en principe que leur sagacité , leur justesse d'aperception , leur certitude de prévision, ne sont qu'un m j/mc^, et leurs réponses

une simple manifestation des sensations qu'ils éprouvent. Cette the'orie est contraire à toute logique , comme on va s'en assurer.

Si, dans un grand nombre de remèdes offerts par le magnétiseur , le somnambule choisissait comme machinalement celui qui lui est propre , j'y verrais un instinct semblable à celui qui fait choisir au chien une espèce de gramen au milieu d'une foule de plantes. Mais il n'en est pas ainsi ; un somnambule prescrit des tisanes à un malade , et ne veut pas qu'il se ^ur§^c , pajve qu'il n est pas encore assez rafraîchi ; un autre veut qu'on sèche un cautère , et qu'on en ouvre à tel autre endroit , parce que, dit-il, c'est la seule place où il n'y ait pas de nerfs ; un autre annonce qu'il aura des suffocations, parce que son sang ne circule plus librement. Remarquez bien le parce que, mot qui suppose le raisonnement et qui exclut l'instinct. XJne somnambule dit à une malade : « Comment votre visage et le tour de vos yeux deviendraient-ils jaunes, s'il n'y avait pas d'humeur dans le sang ? » Ce comment est-il de l'instinct ? « Ne vous faites jamais saigner, dit-elle, à un autre , parce que rien ne vous est plus contraire. » La même dormeuse prédit à l'auteur même qu'il sera guéri le 20 août , et que s 7/ n'avait pas fait ce qu'elle lui a prescrit , il serait tombé en paralysie le 22 , et qu'il serait mort le lendemain. La même dit à une dame : « Ces plaques rouges doivent bien être pour vous lapreuve que votre sang ne circule pas. » Un instinct qui parle de preuve !

On trouve encore deux parce que àaiïis les re'ponses sonmambuliques du nommé Morhange , domestique de madame de Genlis. La nommée Françoise Deschamps se prescrit à elle-même cette ordonnance : « Deux gros de follicule , un demi-gros de sel de Glauber (c'est pour le lait cela, ajouta-telle) , et une demi-once de manne (çà c'est pour adoucir ). » Toutes les réponses de mademoiselle L sont remplies de raison et de logique ;

et l'on trouve ans parce que , des si , des car, dans celles de cet Aubry qui se promène quand il gèle , après avoir pris médecine. Tous , enfin , comparent , jugent , raisonnent , discutent , prévoient et préviennent. Si c'est là de \ instinct, la raison humiaine n'est pas autre chose.

Les partisans du somnambulisme verront dans ma critique bien de l'ignorance , de l'aveuglement , de XdLSUperstition, peut-être même de la malveillance et de l'injustice , tandis que d'autres personnes me trouveront bien niais et bien ridicule de m'armer de toutes pièces pour combattre des moulins à vent. Je ne me justifierai ni envers les uns ni envers les autres ; mais je me croirais réellement injuste et de mauvaise foi , si je n'ajoutais qu'au milieu de toutes ces folies (dont je n'ai rapporté qu'une faible partie) on trouve des raisonnemens spécieux , des apparences assez fortes pour inquiéter le scepticisme , des aperçus d'un ordre nouveau qui ne sont pas totalement dépourvus de vraisemblance , des faits surtout, des faits qu'il est impossible de supposer

2f)2 LES SOMNAMBULES ET LE MAGNÉTISME.

entièremunt faux, et qu'il n'est plus permis de nier quand M. de Puysegur rapporte non-seulement ce qiVil a vu (il pourrait être trompé) , mais ce qu'il a opéré lui-même. Il me semble ici qu'on me crie de toutes paris ; Pourquoi donc vous en moquez-vous ? Je réponds : Les systèmes les plus absurdes, les théories les plus lidiculcs, sont toujours fondés sur une vérité ou sur une vraisemblance dont on a tiré des conséquences fausses et déraisonnables. Je crois que c'est le cas du somnambulisme : je ris des conséquences , parce qu'elles me semblent ridicules ; mais je ne ris pas de tous les faits, parce qu'ils ne peuvent pas être tous faux , depuis trente ans qu'on les observe et que l'on persiste à y croire. Au reste , si cette nouvelle maladie de l'esprit humain fait de fâcheux progrès , il faut en accuser les sociétés savantes qui , par indifférence, par orgueil ou par préjugés, refusent si obstinément d'examiner des faits qui peuvent être de la plus grande utilité s'ils sont réels , et causer de grands malheurs s'ils sont le produit du charlatanisme ou d'une imagination déréglée.

TSE SERAIEIST-ILS QUE DES SOMNAMBULES DESORDOISNES ; PAR A.-M.-J. CHASTENET DE PUYSÉGUR , ANCIEN OFFI- CIER-GÉNÉRAL d'artillerie.

Cette brochure fait suite aux différens ouvrages que M. de Puyse'gur a publie's sur le magnétisme animal et le somnambulisme. Les faits contenus ici ne sont ni plus ni moins surprenans que ceux dont j'ai déjà parlé. Il y a cependant entre eux cette différence remarquable que , dans ses autres cents , l'auteur a rapporté les prodiges qu'il avait opérés à telle ou telle époque , tandis que , dans ce dernier mémoire , il expose ceux qu'il opère journellement , et qu'il annonce devoir se reproduire encore dans le cours d'un irsL\\ejnent ma piétique dont il publiera les détails. Avis aux incrédules, qui, doutant des faits antérieurs, pourront se convaincre par leurs yeux de ceux que l'auteur prédit , et dont la manifestation ne doit être enveloppée d'aucun mystère.

Quoique les faits exposés et attestés par M. de Puységur soient extrêmement multipliés , on peut

264 I^ES FOI s , LES INSENSÉS ,

les partager en trois classes distinctes qu'il faut observer sëpare'ment, car leur nt^lure est tout- à-fait différente. On peut même admettre les uns sans être oblige de reconnaître les autres. On a donc eu tort de poser cette question : Croyez-vous au magnétisme P\\ fallait dire : Cjoyez-rous à tel fait que Von attribue au magnétisme animal P

Dans les faits de la première classe , je range les sensations e'prouvées par les malades soumis à l'acte magne'tique : sensations douloureuses ou agre'ables , nuisibles ou salutaires , passagères ou prolongées , et presque toujours sui^ies d'un sommeil pendant lequel le malade devient insensible à tous les objets exte'iieurs comme au plus grand bruit , à la plus \ive lumière , à l'odeur la plus pénétrante , même à un cboc ou à une contusion qu'il recevrait sans s'en apercevoir; sommeil pendant lequel on peut transporter le malade où l'on veut sans qu'il s'en doute, et le placer dans toutes les situations sans qu'il le sente ; sommeil enfin qui cesse quelquefois spontane'ment , mais qui cesse toujours à la volonté du magnétiseur.

Les faits de la seconde classe sont relatifs à ce sens intéiieur que l'on attribue aux sonmambules, qui leur tient lieu de tous les autres sens, et les met en rapport a^ ec toute la nature. Les dieux des gentils avaient des yeux et ne voyaient pas, des oreilles et n'entendaient point : nos somnambules sont tout le contraire ; ils voient sans le secours des yeux, ils entendent sans celui des oreilles. Ils ne voient

LES MANIAQUES ET LES FRÉNÉTIOITES. 2()a

pas seulement des surfaces, comme font les hommes éveillés , mais leur regard rnejif al pénètre les corps les plus denses ; ils y découvrent les plus petites molécules ; ils aperçoivent dans l'intérieur du corps humain la plus légère altération , et ce qu'il y a de plus miraculeux , ils en connaissent et désignent le remède.

Les faits de la troisième classe sont plus merveilleux encore : les somnambules n'ont pas seulement ce sens intérieur qui découvre tout à toutes les distances, mais ils y joignent cette admirable faculté que M. de Puységur nomme Imprécision : ils connaissent l'avenir comme le présent ; ils prédisent tout ce qui arrivera dans un traitement de plusieurs mois , même de plusieurs années ; et , bien plus étonnans que les prophètes , ils annoncent , non-seulement l'événement avec toutes ses circonstances , mais le jour, l'heure , la minute auxquels il doit se manifester, sans que jamais leur prévision soit en défaut d'une seule minute.

Plusieurs faits de la pi'emière classe me paraissent certains : il y a des effets^ on n'en peut douter, sans outrer le pyrrhonisme. Qu'on les attribue à l'imagination , à une aliénation mentale et passagère , au fluide magnétique ou à tout autre ; que cette action se porte sur le sang ou sur les nerfs ; qu'on ressuscite , si l'on veut, cq Jluide nejveux avec lequel on expliquait tout il y a quelques années ; qu'on fasse revivre les espiits animaux qui Jouent un si beau rôle dans les in-folio physiolo-

giques du dix- septième siècle , il faudra toujours convenir qu'il y a des effets ; et comme ils peuvent être pernicieux, s'ils ne sont pas salutaires , il e'tait du devoir des savans de s'en occuper, de dissiper le prestige , de confondre les charlatans , de détromper les hommes sc'duits, et d'expliquer, par des moyens naturels, des effets que le peuple attribuera toujours à une espèce de magie ; ce qui ne favorisera pas le progrès des lumières. M. de Puyse'gur demande : les fous, les insensés, les maniaques ne seraient-ils que des somnambules désordonnés F Je demande, moi, 5/ les somnambules ne sont pas des fous et des insensés dont le magnétisme augmente le nombre F

Les faits de la seconde classe sont incroyables , même quand ils ne seraient pas rigoureusement impossibles. Ils sont contraires à la raison et à toute physique ; mais puisque la raison de tant de gens est blesse'e , c'était encore un devoir pour les savans de les éclairer et de les guérir.

Ceux de la troisième classe sont si extravagans et si absurdes , que l'on fait acte de modestie en les réfutant ; mais les savans de profession se sont si souvent et si grossièrement trompés , qu'on leur aurait su gré d'être modestes.

Si l'on partage en trois classes , comme je l'ai fait, tous les faits allégués par les magnétiseurs, la difficulté se réduit à ces trois questions : 1°. L'acte connu sous le nom de magnétisme produit-il un effet quelconque ? 2". Les somnambules sont-ils

doues de ce sens intérieur qui supplée au sommeil ou à l'inaction des autres sens ? 3". Ces mêmes somnambules ont-ils 1 étonnante faculté que l'on nomme précision , et qui leur fait prédire avec certitude des événemens qui échapperaient à la prévoyance des hommes éveillés , et qui doivent wSe succéder dans un long intervalle de temps ?

J'ai répondu affirmativement à la première question ; la seconde proposition m'a paru contraire à la raison et à la physique , quand même elle ne serait pas rigoureusement impossible. La troisième me paraît absurde , ridicule, et tout-à-fait indigne d'être discutée par des hommes de bon sens. Parmi ceux qui la soutiennent , on compte cependant des personnes qui ne sont ni sottes , ni folles , ni crédules ; ce qui ne donne pas une grande idée de cette raison humaine dont nous sommes si fiers. Mais si une pareille absurdité pouvait devenir seulement douteuse , il faudrait avouer que ne rien croii'e et ne rien nier serait le comble de la philosophie.

Parmi les effets merveilleux que l'on attribue au magnétisme animal , il n'y a donc que ceux de la première classe qui soient certains ; je dis certains , parce que j'en suis convaincu , et je le dis contre l'opinion des savans qui ne se sont pas donné la peine de les examiner. Depuis trente ans qu'on magnétise , il est impossible que tant de personnes de tous les rangs et de tous les caractères se soient constamment réunies pour ne rien voir, et

, se soient accordées à dire qu'elles voyaient. Je sais que des charlatans ont souvent obtenu de nombreuses attestations de l'efficacité de leurs remèdes ; mais je prie mes lecteurs d'obsen^er que je ne parle point ici de remèdes , et que je ne considère pas le magnétisme comme moyen curatif. La nature faisant souvent des cures merveilleuses, et les drogues des charlatans étant toujours utiles dans quelque cas, on a pu attribuer aux empiîiques tout le bien que faisaient la nature et le hasard ; et comme ils n'ont tenu registre que des événemens heureux , le public a pu être trompé sur la prétendue science de ces jongleurs médecins. Sous ce rapport, j'abandonne le magnétisme à tout le mépris de ses adversaires : non-seulement je ne le regarde pas comme une panacée , mais je crois qu'il est pi us souvent nuisible qu'utile ; car les maladies qui affligent l'homme sont mille fois plus nombreuses qu'un seul remède n'en peut guérir.

Je dis donc seulement qu'il produit un effet quelconque ; des milliers de personnes ne sont pas venues sans doute jouer un rôle pénible , difficile et ridicule , uniquement pour flatter l'amourpropre de M. de Puységur ; on ne peut pas supposer ici de la complaisance ou du compérage ; ce rôle de donneur immobile n'est pas aussi aisé à jouer qu'on le pense ; et parmi tant de comédiens, la maladresse de quelques-uns aurait trahi le charlatanisme. La diversité de ses effets est une nou-

LES MANIAQUES ET LES FRÉNÉTIQUES. 269 velle preuve de leur réalité ; ils sont si irréguliers, si bizarres, qu'ils contredisent souvent la théorie des niag^nétiseurs : or , il est évident que des hommes qui s'accorderaient pour nous tromper, ne nous auraient montré que ce qui favorise la doctrine de leurs maîtres.

Parmi les magnétisés , les uns se plaignent de ressentir une vive douleur, d'autres éprouvent du soulagement ; presque tous s'endorment pour plusieurs heures , et leur sommeil est la plus parfaite image de la mort : cette immobilité constante et aussi prolongée serait déjà assez difficile à imiter ; et ce phénomène , répété des milliers de fois , doit au moins fort étonner les incrédules. J'ai vu un de ces dormeurs recevoir accidentellement une contusion si forte , que le fourbe le plus courageux , fût-il un Mutins Scœvola, en aurait jeté des cris de douleur : cependant le dormeur ne sourcilla pas même ; et très-certainement il ne s'attendait pas à ce choc , car c'est moi qui en fus la cause innocente, et, à coup sûr, je n'étais pas un compère.

Des savans , auteurs de gros livres , ont nié ces effets , parce que sans doute ils voulaient avoir le privilège exclusif d'endormir le public, et ils étaient jaloux de la facilité avec laquelle M. de Puységur opérait ce prodige. Cependant, forcés par l'évidence à faire un aveu , ils ont attribué tous ces effets à \ imagination des magnétisés. Cette opinion a été la mienne : je cherche même encore à

la concilier avec ce que j'ai lu et vu; mais j'avoue que M. de Puysegurm'aun peu embairassc quand il m'a répondu que le magnétisme agit également sur des hommes qui dorment et sur des aveugles, qui , conséquemment , ne peuvent voir les gestes du magnétiseur , et sur des sourds et muets de naissance, qui, certainement, n'ont jamais entendu parler du magnétisme. Yoilà donc des preuves que l'on peut acquérir, et que M. de Puységur ne refuse pas de donner.

J'ai dit le pour et le contre , je propose des expériences ; voilà , ce me semble , tout ce qu'on peut attendre de moi sur ce point. Passons au sens iniérieur des somnambules.

Nous entrons ici dans les espaces imaginaires ; mais quoique cette partie de la doctrine me paraisse déraisonnable , je vais néanmoins exposer tout ce qu'on peut alléguer en sa faveur. L'homme n'a que cinq sens ; il n'en connaît , il n'en peut pas même imaginer d'autres : il doit naturellement croire qu'ils sont les uniques moyens par lesquels il peut communiquer avec les objets extérieurs. Cependant il serait téméraire d'affirmer que les bornes de nos facultés sont celles de la nature. Des philosophes ont pensé qu'il pouvait exister d'autres sens que les nôtres. Montaigne , entr'autres , a dit formellement : Nous croyons connaître les objets avec nos cinq sens ; mais , pour juger parfaitement, il nous en faudrait peut-être huit, dix, et davantage.

D'un autre côte , tous ceux qui croient à la spiritualité de l'âme, et certes c'est le plus grand nombre des hommes , n'ont jamais prétendu qu'après la dissolution du corps , l'âme fût un être inerte , prive' d'ide'es et de sentiment. On a donc cru , d'une part , qu'il pouvait exister d'autres sens que les nôtres , et de l'autre , qu'on pouvait avoir des perceptions , des sensations et des ide'es sans l'inten^ention de ces mêmes sens. Sans cela , le dogme de l'immortalité de l'âme serait une absurdité' ; car qu'est-ce que serait une âme qui ne pourrait ni penser ni sentir ? Or , appliquons ces principes au sens intérieur des somnambules ; nous dirons que , dans cet e'tat , leurs sens sont absolument engourdis , n'ont plus aucune fonction , et que le sens inte'rieur supplée aux yeux ,

aux oreilles , etc Les magnétiseurs ajouteront

que ce sens intérieur a plus de certitude , plus de justesse que tous les autres ensemble , parce qu'il n'est ni distrait ni séduit par les illusions qui en\ironnent l'homme éveillé. Je ne désespère pas même qu'on ne bâtisse un jour un beau système sur ce rêve métaphysique. En effet, ne peut-on pas dire que la vie humaine n'est qu'un long somnambulisme, et que la mort en est le réveil ? Après la mort, ajoutera-t-on , l'âme , dégagée de son enveloppe corruptible , n'a plus que des sensations nobles et des notions justes. Le sommeil magnétique est une image anticipée de cet heureux état ; car ceux qui y sont plongés , voient et entendent à des distances

infinies sans le secours des yeux et des oreilles ) tous leurs jugemens sont d'une justesse parfaite , et toutes leurs re'ponses d'une candeur admirable. Jamais on n'a menti dans le sommeil magnétique, parce qu'on n'y est plus soumis à l'empire de ces sens terrestres et grossiers. En veut-on une preuve irre'cusable ? Un homme qui , dans l'e'tat de veille , était avare et fripon , a fait , en donnant , l'aveu d'un dépôt soustrait , et a naïvement de'signé le lieu où il l'avait cache'.

Il n'est point de conse'quences absurdes ou ridicules qu'on ne puisse tirer d'un principe aussi étrange ; cependant les faits alle'gués par M. de Puyscgur sont innombrables. Ils étonneront le plus grand nombre des lecteurs , ils en intéresseront d'autres , et amuseront les plus incrédules. Ici je ne veux rien nier , rien réfuter : mais je propose une expérience dont le succès doit être infaillible , expérience qui , en un seul jour , va démontrer é\idemment la réalité ou le ridicule de ce prétendu sens intérieur.

M. de Puységur nous dit dans quatre volumes différens, que plusieurs somnambules , qu'il nomme , ont la faculté de voir à travers les masses les plus denses , et dans l'intérieur du corps humain. L'un a Ml un dépôt qui allait se lonner ; un autre , du sang épaissi dans les vaisseaux capillaires ; un autre encore , trois vers qui allaient ronger le cœur d'un malade , et le chemin que devaient faire ces vers pour sortir par l'issue naturelle. Ici les anatomistes

doivent être embarrassés ; car la route du cœur nu rectum n'est pas très-facile. Un grossier paysan vit clairement de petites particules de bile concrc!e arrêtées clans h canal qui conduit au duodénum ; je ne sais pourquoi ce paysan , qui connaît le duodénum , n'a pas nommé le cholédoque : il faut croire que le sens intérieur nous rend assez savans pour parler latin , mais qu'il ne va pas jusqu'au grec.

Or, puisque ces somnambules aperçoivent si clairement de si petites choses cachées dans les m.ystérieux replis de l'organisation humaine , je demande qu'on fasse paraître devant eux un certain nombre de femmes enceintes , et qu'on leur demande de quel sexe sera chacun des enfans. Certes, celui qui voit trois vers , quelques gouttes de sang , quelques parcelles de bile dans le péricarde , dans les vaisseaux et dans le cholédoqjie , verra trèscertainement le sexe d'un fœtus de sept à huit mois. Si ces somnambules devinent , nous serons forcés de nous taire et d'admirer; s'ils refusent l'expérience , nous saurons à quoi nous en tenir sur les merveilles du magnétisme.

J'ai dit que je ne discuterais pas la prétendue prévision , c'est-à-dire la faculté prophétique des somnambules: j'aimerais presque autant y croire que la combattre sérieusement. Les endofmem's magnétiques croient nous familiariser avec ce miracle , en disant que ce que nous nommons passé et futur, n'est peut-être qu'une manifestation graduelle d'un étemel présent. Cette phrase est

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belle , il faut en convenir : elle a un air profond et te'nébreux qui étonne le lecteur : il est dommage qu'elle s' écroule au souffle de la raisoil ; car enfin , que je considère le temps comme un fleuve qui s'écoule devant moi , ou comme un lac immobile dont je fais le tour, il suffit de quelques instans où mes pas soient successifs, pour qu'il existe un passe' et un futur. L'auteur de cette phrase aurait dû voir que le mot graduelle de'truit son éternel présent. C'est dommage , je le re'pète ; car Y étemel présent a un air de grandeur qui imprime un certain respect.

Mes lecteurs désirent sans doute connaître tous les ou\Tages d'un homme aussi singulièrement célèbre que M. de Puységur ; en voici les titres : (en 1807) DU MAGNÉTISME ANIMAL, considéré dans ses rapports avec diverses branches de la physique générale ; ( en 1 809 ) deux Mémoires pour servir à V établissement du magnétisme animal; (en 181 1 ) Recherches , expériences et observations physiologiques sur l'homme considéré dans Vétat de somnambulisme naturel , et dans le somnambulisme provoqué par l'acte magnétique; et enfin la brochure que j'annonce , où figurent les Fous et les Insensés qui se sont fait un peu trop attendre , car certainement ils auraient dû paraître plus tôt sur le théâtre magnétique.

Tous ces ouvrages sont un immense répertoire de mers^eilles et de miracles ; on y trouve des faits certains , dont la preuve d'ailleurs peut s'acquérir facilement : mais ils sont bizarres , incohérens : ils

ne tendent pas à une même conclusion ; les raisonnemens qu'ils fournissent à M. de Puyse'gur ne sont point coordonnc's ; il prouvent quelquefois tout autre chose que ce que de'signent les faits mêmes ; les conséquences en sont mal déduites , et offrent souvent des résultats contradictoires. Ces défauts sans doute ne détruisent pas les faits , mais ils font crouler le système ; c'est ainsi que le fantôme du mesmérisme a résisté à toutes les attaques, tandis que le fameux baquet est tombé en javelle.

D'ailleurs M. de Puyse'gur néglige souvent de rapporter des circonstances, et de donner des explications qui font ou qui détruisent tout le merseilleux des expériences. C'est ce que je remarque dans sa dernière brochure , où il expose un traitement qu'il vient d'entreprendre , qui doit être fort long, et dont il donnera le journal tous les mois. En voici le résumé succinct :

Un enfant de douze ans est sujet à des accès de délire pendant lesquels il se frappe la tête aux murs, ou veut se jeter par la fenêtre. Le magnétisme seul peut le calmer et le calme sur-le-champ. Dans l'état de somnambulisme , ce jeune malade apprend à M. de Puységur que ses accès pro^^ennent d'une forte contusion qu'il a reçue à la tête , il y a huit ans, et d'une opération au crâne qui a été mal faite. Dans le sommeil magnétique, le jeune homme prédit ses nouvelles rechutes et l'heure précise à laquelle elles arriveront ; ses prédictions se justifient toutes. Il recommande aussi qu'on se garde bien

de le toucher dans ses accès , et surtout qu'on évite de se laisser mordre par lui , parce que sa morsure causerait la rage. Ceci , comme on le voit , est assez se'neux pour que nos docteurs daignent s'en occuper ; mais je prédis qu'ils ne voudront rien voir , et je prédis plus juste que les somnambules.

Le malade ayant annoncé que la cessation de l'acte magnétique lui causerait la mort , M. de Puységur a eu le courage d'entreprendre cette cure aussi dangereuse que désagréable ; il fait coucher près de lui le petit convuîsionnaire ; il suit , à l'égard du magnétisme , les ordonnances que le somnambule lui-même s'est prescrites : quand il voyage, il le conduit partout avec lui , dans l'état de somnambulisme ; il prévient le public qu'il donnera régidièrement le journal de cette étrange maladie ; il ne fait mystère ni des accès du jeune homme , ni des moyens qu'il emploie pour les calmer; l'enfant, prédisant ce qui doit lui arriver deux, trois et quatre jours d'avance , il est facile de se convaincre ou de la fausseté ou de la réalité du fait : eh bien ! je répète encore que les savans ne voudront ni voir ni entendre , et ils diront qu'il n'y a rien.

Yoici des faits plus extraordinaires : M. de Puységur magnétise l'enfant , et le conduit en cet état à Paris , où il reste cinq jours en somnambulisme. Il s'étonne et s'amuse beaucoup du mouvement de cette grande ville qu'il n'avait jamais vue ; les boulevards l'enchantent , les cabriolets , les voitures

l'occupent : un jour il va se promener aux Chanips- Elyse'es , il y mange des gâteaux ; un autre jour il voit les exercices de Franconi ; il se tient souvent chez une portière où il joue avec d'autres enians ; toujours somnambule , il marche , boit , mange , dort et s'éveille du sommeil naturel ; mais dès que le somnambulisme cesse , il n'a plus aucun souvenir ni des boulevards , ni des gâteaux , ni des chevaux de Franconi ; il ne reconnaît ni la portière , ni les enfans ses camarades ; il s'étonne , il s'effraie , il s'afflige même quand on lui dit qu'il est à Paris.

Je suis loin de nier le matériel de ces faits , et je n'ai pas besoin de voir pour en croire M. de Puységur ; il y a cependant ici des contradictions qui m'embarrassent. Ce petit somnambule avait les yeux ouverts ou fermés. S'il les avait ouverts , comment serais-je assuré qu'il était dans l'état de somnambule , puisqu'il parlait , marchait , buvait et mangeait comme les personnes éveillées ? Mais , qu'ils fussent ouverts ou femiés , si le jeune honnne était vraiment, somnambule , comment pouvait-il répondre à toutes les questions étrangères à sa maladie , manger des gâteaux , assister à un spectacle , jouer avec des enfans , tous objets avec lesquels le magnétiseur ne l'avait point mis en rapport? M. de Puységur a dit dans son volume de i8n , pages 374 et 875, qu'il ne faut interroger les somnambules que sur les choses relatives à leurs maladies ; et il a dit à la page 43 du même

volume : « Le premier caractère distinctif du somnambulisme , que je regarde comme le meilleur et le plus complet, c'est l'isolement; c'est-à-dire, qu'un malade dans cet état n'a de communication et de rapport qp.'açec son magnétiseur , n'entend que lui , et ne conserve aucune relation açec les objets extérieurs. » Comment accorder ces déclarations formelles avec le re'cit qu'on vient de lire? M. de Puységur a-t-il mis l'enfant en rapport avec les cabriolets , les gâteaux et les chevaux de Franconi ? Mon intelligence ne va pas jusqu'à re'soudre celte difficulté.

Quoi qu'il en soit, il y a des faits constans : il s'agit d'une maladie et d'une maladie affreuse , et les médecins ne seraient pas excusables de refuser leur attention à de pareils phénomènes ; mais les savans n'aiment pas à s'expliquer sur les choses qui n'intéressent pas directement leur amour-propre , et le mei'veilleux qu'ils n'opèrent pas eux-mêmes n'est que du charlatanisme. Yoici une anecdote fort curieuse sur ce sujet :

Agnès Burguet , femme du maréchal -ferrant de Buzancy , est attaquée d'une maladie longue et cruelle : dans l'état de somnambuhsme , elle prédit , au mois de décembre, tous les phénomènes qui doivent se manifester en elle jusqu'au mois de mai suivant ; elle désigne les jours et les heures des crises , leur durée , leur nature , leur résultat ; elle prédit , ce qui était plus extraordinaire, le moment , la nature et la durée des évacuations , et enfin tous

les symptômes qui doivent se succéder dans ce long intervalle de temps. M. de Puységur conduit la malade à Paris , avertit des médecins et d'autres savans , les pré\ient des prédictions de la somnambule , les somme de venir vérifier ses pronostics : l'expérience a lieu, tout se passe comme Agnès l'avait annoncé. M. de Puységur en donne le long détail, jour par jour; puis, dans une note, il désigne par trois initiales , et par les qualités , les savans qui assistèrent à cette épreuve. Voici cette note ; « A cette séance et à toutes les autres ont assisté alternativement MM. Bay..., Ail..., Frid..., Dys...,

Pr...., Tour...., médecins; et MM. C Dum....,

Dec... et Sy..., professeurs des classes d'anatomie , de physiologie et d'histoire naturelle. » Eh bien ! qu'est-ce que ces messieurs ont décidé? Le voici : Quand la femme somnambule fut remise dans son état naturel , les savans sortirent promptement de la salle magnétique pour passer à celle du déjeuner ; ils burent et mangèrent fort bien , ne dirent pas un mot de la malade, et sortirent sans signer le procès-verbal , sans même demander qu'il leur fût remis. Ceci est imprimé depuis près de deux ans ; ainsi ces savans ont bien eu le temps de réclamer contre l'anecdote , si elle est fausse. Mais voici une scène plus curieuse encore.

Le petit somnambule de douze ans ayant eu le crâne fêlé , il était naturel que M. de Puységur voulût consulter M. Gall , l'homme du monde qui a vu le plus de choses dans le crâne de l'homme

28o LES FOUS , LES INSENSÉS ,

et des animaux. Il cent donc au docteur qui ne répond pas ; M. de Puységur n'en est point humilie , et il a raison : les savans ont des piiviléges. Il conduit donc le jeune malade chez le physiologiste allemand. M. Gall ne croit point au magnétisme animal , et M. de Puységur ne croit pas plus au système des bosses ; on juge par-là que les deux p: rsonnages étaient en situation. (Je dialogue offre même tout ce qu'on peut exiger dans une bonne scène, car les deux interlocuteurs, diNisés d'opinion , ont encore une opposition de caractère : en elïet , le Français ne dit pas un seul mot contre la crâniologie , tandis que l'Allemand déclare tout net que le somnambulisme n' est qu'un m'^ et nen de plus , et que les sonuiambules ne disent que ce que les magnétiseurs leur font dire. TSotez encore que M. de Puységur ne rétorque rien de tout cela contre la doctrine des protubérances ; mais se contentant de discuter avec cet excellent ton qu'il n'oublie jamais , il se permet une seule malice , et si petite et si douce , que bien des étrangers la prendraient pour un compliment.

Le docteur, ayant tâté la tête du jeune homme , dit qu'à la vérité il y avait eu une ouverture faite , mais que cela ne prouvait rien. Je sens bien, répondit M. de Puységur , que pour vous éclaircir du fait , il vous faillirait son crâne , mais en conscience je ne puis pas vous le donner, (^ctte scène se prolonge encore , et M. Gall sort , laissant M. de Puységur avec M. Spurzheim. Cet autre savant ,

LES MANIAQUES ET LES FRÉNÉTIQUES. 28 1 tout aussi incrédule que le docteur Gall , s'humanise cependant davantage : plus patient dans la discussion , il reconnaît , non sans étonncment , que M. de Puyse'gur n'est point un visionnaire , et un évocateur de revenans , comme vraisemblablement il l'avait pensé. Il va même (voyez ce que c'est q.ue d'écouter avant de prononcer!), il va jusqu'à témoigner le désir de magnétiser lui-même. On lui soumet sur-le-champ le petit malade qui s'endort sous les mains de M. Spurzheim , comme sous celles de M. de Puységur , et répond à toutes ses questions avec une justesse et une candeur dont tout autre qu'un savant aurait été vivement touché. M. Gall rentre ; on lui conte ce qui s'est passé , et il en écoute le récit avec autant de froideur que d'insouciance. Cette fois M. de Puységur se lassa d'être si modéré , et dit au docteur : «Vous devez vous rappeler qu'il y a plus d'un an , lorsque vous vîntes chez moi , et jites agir vous-même la femme du maréchal de Buzancy , dans l'état de somnambulisme , par la seule impulsion de votre volonté, vous me dites, en vous retournant vivement : yéh! ma foi, si cela était vrai, mon système tomberait. » M. Gall avait donc vu , il avait fait agir lui-même une somnambule , par la seule impulsion de sa volonté, et pourtant il nie Cela

est tout simple : il faut que son système passe avant celui des autres.

Malheureusement cette excellente scène ne finit point comme je l'avais espéré. Je croyais voir le

282 LES FOUS , LES INSENSÉS , etc.

savant s'emparer de la tête du magnétiseur pour y chercher certaine bosse , et celui-ci étendre ses mains victorieuses , magnétiser l'anatomiste , l'endormir , et le conduire ensuite chez Franconi , ou le faire jouer avec les enfaiis de la portière. En vérité , je ne puis concevoir qu'on ait de l'indifférence pour le magnétisme , car , s'il n'est pas vrai , il est au moins fort amusant.

HISTOIRE DE LA GITÉRISON , etc. 283

HISTOIKE

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