‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 101 sur 117 · LE BAISER · texte numérisé non relu

LE BAISER

Sur le gazon , dans la prairie, Lycas au déclin d'un beau jour, Demandait à sa douce amie Le salaire de son amour.

Elle se tait 5 c'est faire entendre Que son ami peut tout oser:

Lycas aimait d'amour bien tendre; Il se contenta d'un baiser.

O volupté! bonheur suprême! Combien leurs cœurs furent émus!

Un baiser vaut mieux quand on aime, Que tout, sitôt qu'on n'aime plus.

Couple charmant , dans ton délire, Garde-toi bien de tout oser; Ce doux moment' doit te suffire:

On est heureux par un baiser.

Mais plein du feu qui le dévore , Lycas heureux et non content , Se plaint, demande et veut encore...

Hélas ! nous en ferions autant.

De Cloris l'œil humide et tendre, Lui dit qu'il peut encore oser:

Mais cette fois ce qu'il sut prendre Ne se nomme pas un baiser.

Depuis ce jour, j'entends la bell« Dire partout avec douleur Que son Lycas est infidelle , Qu'il l'abandonne à son malheur.

Je plains l'ennui qui te dévore:

Mais, hélas! pourquoi tant oser !

Ton Lycas t'aimerait encore S'il n'avait reçu qu'un baiser.

Et vous, si près d'une maîtresse, Vous sentez croître le désir, Ah! prolongez sa douce ivresse; Sachez qu'attendre c'est jouir.

Malgré le feu qui vous dévore, Gardez-vous bien de trop oser:

Vous aimerez demain encore Si vous n'obtenez qu'un baiser.

5oO MES SOUVENIRS.

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