LA ROSE ET LE BOUTON
Une rose encor nouvelle Disait un jour au bouton :
Yoyez, petit avorton, Voyez, comme je suis belle!
Moi , dont s'exhale toujours Une odeur suave et pure 5 J'étale aux yeux des amours L'ornement de la nature, Et vois croître tous les jours
Le luxe de ma verdure,
Et l'orgueil de mes atours.
Mais vous, qui commencez d'être,
Dans un berceau resserré ,
Vous végétez ignoré
De Zéphyr qui vous fit naître.
Le bouton ne répond rien
A ce superbe langage ;
Mais le temps le vengea bien
De la rose et de l'outrage.
Déjà, déjà la chaleur
A fait fuir la douce aurore:
Le soleil le fait éclore ,
Le soleil flétrit sa sœur.
La rose est la jouissance,
Le bouton est l'espérance :
Choisissez, ami lecteur.