THEMIS, L'AMOUR ET LA RAISON
Au temps de la gaieté , l'Amour et la Raison ,
En manière de badinage,
Parièrent un ducaton
A qui pèserait davantage.
Le marché fait, les parieurs sont mis
Dans la balance de Théinis.
Cette déesse, alors, pesait en conscience, Elle av.iit un bandeau. La Raison l'emporta, Et l'emporta si bien que Cupidon sauta
An plus au bout de la balance.
La Raison prit l'enjeu : Cupidon disputa,
S'écria, tempêta 5 mais surtout inventa
Un plaisant moyen de vengeance.
Le lendemain il court chez la Raison :
Air! ah! dit -il, ma belle dame, Vous trichez donc ainsi le pauvre Cupidon ! . . . . Ah! je sais de vos tours ! Allons, tricheuse infâme;
Qu'on me rende mon ducaton.
La Raison répondit : Vous plaisantez , je pense.
— Non , non , je ne ris pas , vous aviez mis du plomb Dans un de vos souliers. — B012, quelle extravagance!
— Eh bien ! ce plomt-là vous confond.
— Allons , mon bon airi , vous êtes en démence ;
Et pour prouver mon innocence, Si vous voulez, rous recommencerons.
Et bien! répond '"Amour , nous nous repeserons :
Voyons, ïiettez au jeu , madame;
Et pou' que vous ne trichiez plus,
Je vf^x qu'on nous pèse tout nus.
Je le ve-lX encore bien reprit la bonne femme, Et je prends à témoin votre mère Vénus.
Ténus sourit; mais on voit qu'elle est mère, infin les voilà nus, chacun dans son plateau. Avant de commencer, dit l'enfant de Cythère,
Thémis ôtera son bandeau
Pour mieux décider de l'affaire.
La Raison y consent sans se douter du tour. Thémis ouvre les yeux; elle aperçoit l'Amour. Elle veut être juste; hélas ! sans qu'elle y pense,
L'Amour a fait tourner la chance.
L'Amour tout nu pèse plus qu'on ne croit. Enfin en rougissant, Thémis, du bout du doigt, Du coté du fripon fait pencher la balance.