SCÈNE VIL
ANTIOCHUS, puis ÉRASISÏRATE, Gardes,
ANTIOCHUS
Qii'ai-jeentendu?son cœur sensible à mestourmens... Mais on paraît! cachons le trouble de mes sens.
ERASISTRATE, aux gardes.
Laissez-nous seuls. { Les gardes sortent. ) (A Antiochus.) Seigneur, je viens dans l'espérance De mettre un terme aux maux que vous souffrez. Ce soin me sera cher. Ce que vous inspirez
Ne tient pas de l'indifférence.
Daignez vous rassurer sur mon zèle et ma foi.
ANTIOCHUS
Je crains bien que votre art ne puisse rien sur moi.
ERASISTRATE
Seigneur, espérez mieiix; mais avant toute chose, Sur un point important il faudra m'éclaircir : Je connais vos douleurs; j'en ignore la cause;
(// s'assied. ) C'est la cause qu'il faut guérir.
Parlez-moi sans détour sur tout ce qui vous touche.
ANTIOCHUS
Le mensonge jamais n'est sorti de ma bouche.
ERASISTRATE
Eh bien , vous m'en instruirez mieux.
Donnez-moi votre main. Tournez vers moi les yeux.
COMEDIE. l5l
ANTJOCHUS, avec douleur.
Mes yeux!...
ERASISTRATE
Sont abattus , votre main est brûlante.
Dites, que sentez-vous?
ANTIOCHUS
Une soif dévorante.
ERASISTRATE
Comment , et quand ces maux vous sont-ils survenus ?
ANTJOCHUS, en soupirant.
Dès long-temps...
ERASISTRATE
Et comment?
ANTJOCHUS , troublé.
Je., ne., m'en., souviens plus.
ERASISTRATE
La nuit, qu'éprouvez vous?
ANTIOCHUS
Une longue insomnie.
ERASISTRATE
Et dans tous les momens...
ANTIOCHUS , vivement.
Un dégoût de la vie.
Je voudrais être... mort.
ERASISTRATE le considérant , et après un peu de silence.
Vos maux me sont connus.
l52 STRATONICE,
ANTlOCUUS.effiayé.
Quoi!
ERASISTRATE, avec calme.
D'une passion vous ressentez la flamme.
ANTIOCHUS, avec trouble.
Vous croyez?
ERASISTRATE
J'en suis sûr, seigneur; ce ne sont pas Les maux du corps, mais ceux de l'âme Qui font désirer le trépas.
DUO ET MORCEAU n ENSEMBLE»
ERASISTRATE
Parlez, achevez de m'apprendra La cause de tous vos chagrins.
De vous-même, en ce jour, votre sort va dépendre, Votre salut est en vos mains.
ANTIOCHUS
Hélas ! que puis-je vous apprendre?
Aucun chagrin ne trouble mon repos.
Dans la tombe je vais descendre j Mais je ne connais pas la cause de mes maux.
ERASISTRATE
Vous m'avez dit que vous seriez sincère.
ANTIOCHUS
Mes maux ne sont point un mystère.
ERASISTRATE
Quelque désir, quelque regret ,
Sur vous, peut-être, a trop d'empire.
ANTIOCHUS
Un regret! que voulez-vous dire ?
Je souffre, c'est tout Dion secret.
ENSEMBLE'
ERASISTRATE
Révélez ce fatal secret.
ANIIOCHUS.
Je souffre, c'est tout mon secret.
EftASrSTRATE.
L'ambition
ANTIOCHUS
Je la. méprise. * •
ERASISTBATE.
Eli bien! de grâce, expliquez-vous.
ANTIOr.HUS.
Que voulez -vous que je vous dise?
ERASISTRATE
Serait-ce un sentiment plus doux ?
ANTIOCHUS , troublé.
A votre tour expliquez-vous.
ERASISTRATE
Des vœux que vous voulez taire , L'amour n'est-il pas l'objet?
ANTIOCHUS
L'amour
ERASISTRATE
L'amour n'est-il pas l'objet?
ANTIOCHUS , avec impatieîtce.
Mes maux ne sont point un mystère :
Je souffre, c'est tout mon secret.
{Le médecin se lève, s'écarte du prince. )
l54 STRATONICE,