EN TROIS ACTES ET EN VERS
REPRESENTEE POUR LA PREMIERE FOIS SUR LE THEATRE DE FETDEAU, LE 23 VENTÔSE AN V ( l3 mars 1797.)
PERSONNAGES
MÉDÉE
JASON
CRÉON , roi de Corinthe.
DIRCÉ, fille de Créon.
NÉRIS, esclave Scythe.
Chef des Gardes.
Confidentes de Dircé.
Les deux Fils de .Tason et Médée.
Femmes de Dircé.
Argonautes.
Gardes de Créon.
Peuple de Corinthe.
Prêtres.
La scène est à Corinthe dans le palais de Créon.
Chez les Grecs, Euripide et Néophron; chez les Latins, Ennius, Pacuvius, Accins, Ovide et Sénèqiie; chez les Italiens, Dolcé ; chez les Anglais, Glover; chez les Allemands, Gotter; chez les Français, Jean de la Péruse, Pierre et Thomas Corneille, Longepierre , l'abbé Pellegrin et Clément , avaient mis Médée au théâtre avant M. Hoffman; aussi, n'est-ce point sous le rapport de l'invention que nous parlerons de cet opéra, mais comme un essai de tragédie chantée et parlée , genre qu'on a imité depuis. Le caractère principal est tracé avec vigueur et parfaitement soutenu ; l'entrée de Médée, au premier acte, est d'un effet très - dramatique , et peu d'ouvrages offrent un plus brillant spectacle. Quant à la musique, nous ne saurions mieux en parler qu'en reproduisant une lettre de Méhul dont nous garantissons l'authenticité. Cette lettre, publiée lors des premières représentations de Médée, sera nouvelle pour nos lecteurs; elle fut insérée dans un journal que l'année 1797 vit naître et mourir. Méhul y répond au rédacteur d'une autre feuille :
« Le hasard vient de me faire tomber entre les mains, vm journal intitulé le Censeur; et j y trouve, non sans une extrême surprise, la phrase suivante, à l'article Médée. La musique , qui est de Chénibinl, est souvent mélodieuse et quelquefois mâle. Il me semble que l'auteur de cet article aurait dû ajouter, que cette
THÉÂTRE. T. I. la
musique est toujours riche, toujours grande , toujours belle et toujours viaie. Le Censeur continue , et dit : Mais on y a trouvé des réminiscences et des imitations de la manière de Mehul. Est-ce à Chérnbini qu'un pareil reproche doit s'adresser? A Chérubini, le plus original, le plus fécond de nos musiciens ! O censeur ! tu ne connais pas ce grand artiste. jVlais rnoi qui le connais et qui l'admire , parce que je le connais bien , je dis et je prouverai à toute l'Europe, que linimitable auteur de Démophoon , de Lodoïska, d'Eliza et de Médée , n'a jamais eu besoin d imiter pour être tour à tour élégant ou sensible , gracieux ou tragique, pour être enfin ce Chérubini que quelques personnes pourront bien accuser d'être imitateur, mais qu'elles ne manqueront pas d imiter mcdheureusement à la première occasion. Cet artiste , justement célèbre , peut bien trouver un censeur qui l'attaque; mais il aura pour défenseurs tous ceux qui l'admirent , c'està-dire tous ceux qui sont faits pour sentir et apprécier ses grands talens.
Méhul. «
Une pareille lettre n'a pas besoin de commentaire; elle prouve que le véritable talent est étranger à la jalousie, et que dans la noble carrière des arts, les rivaux peuvent être amis.
MEDEE