‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 159 sur 263 · SCÈNE YIIL · texte numérisé non relu

SCÈNE YIIL

ADRIEN , seul.

Où suis-je? et que viens-je d'entendre ? • Du trouble de mes sens je ne puis me défendre. Eh quoi donc! jusque-là je me laisse avilir! Lorsque Flaminlus à l'honneur me rappelle, Faible amant, je ne sais que me taire et rougir! Q douloureux combats ! ô peine trop cruelle! Témoins de ma faiblesse, achevez, justes dieux, D'arracher le bandeau qui me couvre les yeux. Déité des Romains, noble amour de la gloire ,

Dissipe une trop douce erreur :

D'un funeste ascendant viens délivrer mon coeur, C'est de toi que j'attends cette grande victoire; Eclaire ma raison , prends soin de ma mémoire , Et dirige mc^s pas dans les champs de l'honneur.

SCÈISE IX.

ADRIEN, EMIPvÈNE.

ADRIEN , à part.

Justes dieux! je la vois Captive trop chérie,

Faut-il à mon rival que je te sacrifie?

Non , le courroux des dieux me dùt-il menacer,

Mon cœur à tant d'attraits ne saurait renoncer.

É M IRÈNE

Seigneur, je viens à vous, interdite et tremblante.

ADRIEN , à part.

Ciel!

ÉM IRÈNE se jette à genoux.

Laissez-vous toucher à ma voix suppliante.

ADRIEN la relève.

Emirène , que faites-vous?

ÉMIRÈNE.

Non , laissez-moi, seigneur, embrasser vos genoux. On dit qu'à votre char indignement traînée , Dans Rome, avec mépris, je dois être menée. Plutôt que de souffrir cet outrage odieux, Vous verriez Emirène expirer à vos yeux.

ADRIEN

Pour abaisser l'orgueil d'un rival qui me brave, A Pharnaspe , il est vrai, j'ai dicté cet arrêt, ]Mais en le prononçant mon cœur en murmurait; Je sens trop qu'en ces lieux vous n'êtes point esclave. Connaissez mieux votre vainqueur ,

2 44 ADRIEN

Rassurez-vous, belle captive; Rendez le calme à votre âme craintive, Jugez mieux de César, lisez mieux dans son cœur.

Avec moi l'aimable Emirène

Dans Rome doit porter ses pas.

Mais du vainqueur elle est la souveraine, Ce sont les nœuds d'hymen que j'offre à ses appas.

Que dites-vous, seignem?

ADRIEN

Ce que mon cœur m'inspire.

ÉMIRÈNE.

Captive de César

ADRIEN

A vous plaire il aspire.

ÉMIRÈNE.

Que diront les Romains et leur orgueil jaloux? ADRIEN.

Ils tomberont à vos genoux,

ÉMIRÈNE.

Quoi ! César amoureux !

ADRIEN

Et ses exploits?

Vous consacre sa vie.

ÉMIRÈNE.

ADRIEN

Il VOUS les sacrifie.

OPÉBA. 245

ÉM IRÈNE

Sa gloiïe?

Elle s'accroît par un lien si doux.

• ÉM IRÈNE

Sabine impunément sera-t-elle trahie ?

ADRIEN

Adrien ne connaît, ne voit, n'aime que vous.

N'hésitez pas, belle princesse; Ne craignez rien, cédez à ma vive tendresse...

ÉMIRÈNE.

Ciel!

ADRIEN

Venez , suivez-moi , Rome vous tend les bras.

ÉMIRÈNE, vivement.

Seigneur, que dites-vous? non, ne l'espérez pas.

Fidèle à mon amant, à mon père fidèle.

Je ne formerai point une chaîne nouvelle;

Et Phainaspe , l'objet de mon premier amour,

Conservera ma foi jusqu'à mon dernier jour.

ADRIEN

N'abusez point du trouble de mon âme En nommant un rival, objet de mon courroux; Si de César vous méprisez la flamme , Il peut s oublier avec vous.

ÉMIRÈNE.

Je ne puis vous flatter d'une vaine espérance; Seigneur, Pharnaspe seul peut être mon époux.

246 ADRIEN

ADRIEM.

Eh bien! VOUS connaîtrez ce que peut ma vengeance, L'audacieux rival tombera sous mes coups.

ÉMIRENE.

Ayez pitié de moi, seigneur, apaisez-vous.

ADRIEN

Césai' impunément ne sera point jaloux.

ENSEMBLE

ÉM IRÈNE

Faites tomber sur moi toute votre colère , Mais, hélas ! épargnez mon père , mon époux.

ADRIEN

Ingrate, à ma fureur, rien ne peut le soustraire , L'audacieux rival tombera sous mes coups.

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