‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 40 sur 263 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

NEPHTÉ, PHARES.

NEPHTE , voyant venir Phares de loin.

L'horreur qui se répand m'annonce un parricide, Un noir pressentiment me trouble à son aspect. Contraignons ma douleur, et dans l'œil du perfide Pénétrons, s'il se peut, son odieux secret.

PHARES

Eh quoi, belle Nephté ! ce lieu sinistre et sombre A-t-il tant de charmes pour vous?

Faut-il que des cyprès attristent de leur ombre Des traits si nobles et si doux?

TR\GÉDIE. l5

NEPHTÉ.

Le deuil de ces cyprès n'afflige point mon âme; Leur sainte obscurité convient à mon malheur. S'ils sont affreux pour moi , c'est par le crime infâme Que ces tombeaux rappellent à mon cœur.

PHA.RÈS.

Hélas! autant que vous j'en ai gémi moi-même; Mais le temps sait calmer la plus vive douleur.

NEPHTÉ.

Non , quand on a perdu le seul objet qu'on aime.

PHARES

Ah! Nephté, cet amour dont vous brûlez en vain Vous fait-il oublier qu'en fermant la paupière , Séthos nous confia sa volonté dernière , Et vous fit une loi de me donner la main?

NEPHTÉ.

Vous me parlez d'hymen, lorsque le sang d'un frère

Fume encor sur le marbre où ce prince expira;

Vous oubliez bientôt cette scène cruelle.

Oui, je sais qu'en mourant, mon époux désira,

Ou parut désirer que je fusse infidèle;

Il voulait qu'un hymen embellît son trépas;

Il voûtait de ma main payer tout votre zèle ,

Mais mon époux, seigneur, ne nous connaissait pas.

PHARES

Il me connaissait bien; il savait que ma gloire Pourrait de son grand nom ennoblir la mémoire; Il nous trouvait tous deux dignes de nous unir. C'est un prix que Phares mérita d'ttbtenir.

l6 KEPHTÉ ,

Ah! combien cet hymen iUnstrerait ma vie!

Ce bras, combattant sous vos lois, Protégera jMemphis, fera trembler l'Asie, Et pomra de Séthos égaler les exploits.

Mais si mes feux, mais si rien ne vous touche, A votre époux du moins consentez d'obéir, Voyez en moi son frère et daignez accomplir

Le dernier vœu qui sortit de sa bouche.

NEPHTÉ.

Mais, seigneur, n'est-il mort que pour vous rendre heureux? n vous aima toujours, et son trépas affreux

Ne laisserait dans le fond de votre âme D'autre soin plus pressant qu'un projet amoureux? Si vers un fol amour vous tomnez tous vos vœux , Quel sera le vengeiu: que son ombre réclame ! Ce prince, cet époux, ce frère infortuné. Vous le savez , seigneur, mourut assassiné.

PHARES

Eh! pourquoi rappeler sans cesse

'^ Des maux qu'on ne peut» réparer?

C'est au ciel à frapper de sa main vengeresse

Les auteurs des forfaits qu'il nous laisse ignorer.

Vivons pour occuper le trône qu'il nous laisse ,

Vivons

NEPHTÉ.

Pour le venger. Unissez-vous à moi ; Venez sur ce tombeau m'engager votre foi; Jurez-moi d'employer toute votre puissance A punir l'assassin de mon auguste époux;

Jurez-moi que cette vengeance

De vos soins sera le plus doux.

PHARES , à part.

Dieux! serais-je trahi? Quel est donc ce mystère?

Vous hésitez, seigneur, vous l'aimiez votre frère? Pour faire ce serm.ent il m'en a moins coûté. PHARES.

Je jure d'accomplir tous les vœux de Nephté , Sa volonté sera ma loi première.

NEPHTÉ.

Je ne veux rien pour moi. Jurez siu" ce tombeau, Que vous serez vous-même le bourreau Du monstre parricide , impie , Dont le forfait causa le deuil de la patrie.

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