CORADIN, LES TROIS SOEURS, ALIBOUR
ALIBOUR , montrant les trois sœurs.
Du comte de Sabran , monseigneur voit les fdles.
CORADIN, froidement.
Salut.
ALIBOUR
Et vos vassaux les trouvant si gentilles. Ont osé pénétrer jusqu'à votre palais, Pour avoir le plaisir de les voir de plus près,
CORADIN. durement.
Je l'avais défendu.
LÉONORE , à part.
Quelle humeur intraitable!
72 EIPHKOSINE^
EUPHROSINE
Eh bien! sil faut punir, c'est moi qui suis coupable; Ils venaient m'apporter quelques petits présens: Je n ai pu résister à leurs soins caressans; Je leur ai dit d'entrer.
COR AD IN
Devaient-ik vous en croire?
De mes ordres déjà perdent-ils la mémoire?
EUPHROSINE
Eh! seigneur, lais$ez-les s'approcher près de vous: Au lieu de leur montrer ces yeux pleins de courroux , Aléritez leur amour, c est un plus doux partage.
Rst-ce à moi que l'on parle? et quel est ce langage?
Ecoutez votre maître et ne répliquez rien. *
J'estimais votre père ; il se battait fort bien :
Je veux de ses enfans protéger la faiblesse;
Je veux vous marier, vous doter toutes trois;
Vous êtes sans appui , votre sort m'intéresse :
Je vais faire bientôt annoncer un tournois ;
Plus de cent chevaliers d'une haute naissance ,
\ N^endront disputer le prix de la vaillance.
Je ferai publier qu'on s'y battra pour vous
Et que les trois vainqueurs deviendront vos époux.
Combien votre destin sera digne d'envie !
EUPHROSINE
Av, nom de mes deux sœurs , je vous en remercie : Si cet époux me plaît , seig'.ieur, j'obéirai.
CORADIN
Et s'il ne vous plaît pas?
EUPHROSINE
Je le refuserai.
CORADIN
Vous le refuserez?
Quand ce serait vous-même.
CORADIN
Quel époux vous faut-il ?
EUPHROSINE
Il m'en faut un que j'aime.
CORADIN
Ainsi donc un amant, présenté par mes mains, Ne recevrait de vous que froideurs et dédains.
EUPHROSINE
S'il ne me plaisait pas, cela pourrait bien être.
CORADIN
Qu'entends je? Oubliez-vous que je suis votre maître?
EUPHROSINE
Non : car vous savez bien m'en faire apercevoir.
CORADIN
Je saurai bien aussi vous forcer au devoir.
EUPHROSINE
Moi, je veux vous forcer à devenir aimable, Car vous ne l'êtes point.
CORADIN
O ciel! est-il croyable?
Une femme à ce point oserait m'avilir!
74 ETJPHROSINE ,
ALIBOUR, à part.
Cela tourne assez mal.
LOUISE , à part.
Elle me fait frémir.
CORADIN s'avance vers Euphrosine.
Ne me trompé-je point? Est-ce bien une femme?
EUPHROSINE
Oui , je suis une femme, et l'on n'en peut douter: Un seigneur plus galant aurait dit une dame,
CORADIN
Eh quoi! si jeune encor, vous osez m'insulter?
EUPHROSINE
Mais, mon cher Coradin, vous êtes en démence,
CORADIN , avec colère.
Eh bien !
EUPHROSINE
Vous nous parlez toujours d'obéissance , De maître , de devoir , de crainte , de respect : Vous ne savez donc pas que cela nous déplaît? Malgré tous vos défauts, je sens que je vous aime: Oui, je vous aime un peu.
CORADIN , Ironiquement.
La faveur est extrême.
EUPHROSINE
Mais plus grande cent fois que vous ne méritez. Vous avez, j'en conviens, de bonnes qualités; Mais le farouche aspect d'une tête ennemie,
Cet appareil de guerre et de la tyrannie, Cet orgueil, cet air dur, vont vous faire haïr.
CORADIN , à part.
D'où vient donc qu'aujourd'hui je ne sais pas punir?
EUPHROSINE
Coradin, soyez hon , si la chose est possible : A l'amour des mortels, êtes-vous insensible? Voulez-vous devenir l'horreur du genre humain? Qui vous hait aujourd'hui peut vous aimer demain. Pour être aimés, les rois ont peu de chose à faire.
CORADIN
Aimé de mes sujets! suis-je né pour levn- plaire? Eh! que m'importe à moi leur insipide amour? .