‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 89 sur 263 · CORADIN, EUPHROSINE · texte numérisé non relu

CORADIN, EUPHROSINE

CORADIN

Je pars; je vais chercher la victoire ou la mort. J'ignore quel succès me destine le sort; Mais je pourrai momir dans une paix profonde, Je ne regrette rien , je n'aime rien au monde.

I02 ET PHROSITSE ,

EUPHROSINE

Avec combien de grâce , avec quelle douceur

Vous savez à mes yeux dévoiler voire cœur!

Vous ne regrettez rien! Mais si Ton vous regrette?

CORAUIN.

Perfide !

FXPH ROSINE.

Eh! pourquoi donc cette aimable épithèteî

CORADIN

Oubliez-vous déjà votre beau chevalier?

ELPHKOSINE.

Mon chevalier?

CORADIX.

Eh! oui, le jeune prisonnier.

ELPHROSINË, Quoi! vous êtes jaloux? Ah! j en suis enchantée.

CORADIN, 9Tec fureur.

De vous jouer de moi vous êtes-vous flattée?

EUPHROSINE

Courage, Coradin , j'aime votre courroux; Je vois que vos soupçons ne viennent pas de vous; Et je sais d'un jaloux excuser la faiblesse. Le jeune prisonnier pour qui je m intéresse, N'est point connu de moi; par pure humanité Je voulais, sans le voir, le mettre en liberté. S'il était mon amant, j aurais su vous le dire; Je n'ai point d intérêt à tromper, à séduire; jMon cœur n'eut point encor de tendre sentiment, Et le toucher n'est pas l'affaire d'un moment.

CORADIN , à part.

Quel est donc sur nos coeurs rascendant d'une femme ? Sa voix seule a calmé le trouble de mon âme.

{à Euphrosine.) Quoi! vous ne l'aimez pas? Osez-vous le jurer?

EUPHROSINE

Non, je ne l'aime point, je le jure sans peine; Car il m'est inconnu : pour mieux vous l'assurer, Je ne demande plus que vous rompiez sa chaîne.

CORADIN

Ah! charmante Euphrosine, excusez mon transport. Il faut vous tout céder; l'amour est le plus fort. Vous triomphez de moi, je me rends, je vous aime; Vos charmes sont divins; mon amour est extrême; Vous aimer et vous plaire est mon unique vœu.

EUPHROSINE

Vous m'aimez? est-ce ainsi que l'on fait un aveu? Avec ce bouclier, ce casque et cette lance , D'un amant qui supplie avez-vous l'apparence? Me parlez-vous en maître? Etes-vous mon vainqueur? Eloignez- vous un peu; tout ce fer me fait peur.

CORADIN

Allons, belle Euphrosine, il faut vous satisfaire. Que ne ferait-on pas dans l'espoir de vous plaire ? Me voilà désarmé.

(// quitte son bouclier et sa lance. ) EUPHROSINE.

Ce large baudrier Vous donne encor l'aspect d'un farouche guerrier.

io4 EUPHROSINE,

CORADIN pose son épéc.

Me voilà sans épée? En faut-il davantage?

EUPHROSINE

Oui , ce casque pesant vous convie le visage , Il vous donne un air dur...

CORADîN , étant son casque.

Suis-je bien maintenant?

EUPHROSINE

Pas cncor.

Pas encor?

EUPHROSINE

Je vous trouve trop grand.

CORADIN

^ ous me trouvez trop grand?

EUPHROSINE

Oui , je vous le répète , Il faut, pour vous parler, que je lève la tête.

CORADIN

Eh bien! vous le voulez, je tombe à vos genoux î

Je n'éprouvai jamais un sentiment si doux!

C'est en vain, je le sens, que mon cœur trop rebelle

A voulu secouer une chaîne si belle;

Et ce fier Coradin, de ses fers étonné,

ÎS'est plus qu un faible esclave à vos pieds prosterné.

EUPHROSINE

INÎon cœur est satisfait de votre obéissance; Et vous niérllez bien que je vous récompense.

COMÉDIE. Io5

Je vous ai fait quitter tout l'attirail guerrier, Armez-vous de ma main ; soyez mon chevalier. { Elle lui rend ses armes. )

COR AD IN

Mon bras armé par vous est sur de la victoire.

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