SCÈNE II
LA COMTESSE, un Soldât.
LE SOLDAT
Mad
ame.
LA COMTESSE, avec mystère.
Parle bas,
LE SOLDAT
La lettre est parvenue , Et de ma main déjà monseigneur Va reçue.
LA COMTESSE
Et le geôlier ?
LE SOLDAT
/ INIadame , il s'apprête à partir, J'ai dit que vous vouliez le combler de richesses; Ebloui par votre or, gagné par mes promesses, De quitter sa prison , il se fait un plaisir. A votre château d'Arle , il doit bientôt se rendre.
LA COMTESSE
Ecoute. Aux bords du Rhône il faut aller l'attendre; Ce geôlier, d'un seul mot, peut nous faire trembler, Mettons-le promptement hors d'état de parler,
LE SOLDAT
Rassurez-vous, madame, il ne pourra vous nuire.
LA COMTESSE
Bon ! et le prisonnier, qu'a-t-il dit, qu'a-t-il faitl*
LE SOLDAT
Loin de la tour d'abord il s'est laissé conduire, Mais lorsque hors des murs, je lui dis en secret
IIO EUPHROSINE,
Que la belle Euphrosine est sa libératrice, Qu'à cette belle seule il doit ce grand service , A ces mots 11 paraît s'éloigner à regret , Puis avant de partir il trace ce billet.
LA COMTESSE
Un billet ! ah ! lisons : A la belle Euphrosine.
<f Que le ciel récompense la beauté généreuse qui « a été sensible à mes malheurs ! Le nom d'Eu- » phrosine me sera toujours cher, et jamais il ne » s'effacera de mon cœur. Cependant, en recouvrant « la liberté, ma joie n'est point parfaite, puisqu'il » ne m'est pas permis de me jeter aux pieds de ma li- « bératrice, et de baiser la main qui a brisé mes fers.»
Que ces mots sont charmans ! ah! la lettre divine !
Que je Temploirai bien \ {àla belle Euphrosine. )
Pour la première fois ce nom me semble doux.
llfaut.... j'entends du bruit... on vient... Séparons-nous.
Adieu ! Je te réserve une ample récompense.
Du mystère !
LE SOLDAT
Comptez sur mon obéissance, {il sort.)
LA COMTESSE
Va ! quel que soit ton zèle , ou ton intention , Je saurai m' assurer de ta discrétion.
scÈ^E III.